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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2109605

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2109605

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2109605
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 2e Chambre
Avocat requérantREYNOLDS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 mai 2021, M. B A, représenté par

Me Reynolds, demande au tribunal :

1°)d'annuler la décision du 10 mars 2021, par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer d'une carte de résident portant la mention " résident de longue durée - UE " ;

2°)d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer le titre de séjour demandé, dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa demande et de lui attribuer, le temps du réexamen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°)de condamner l'Etat à lui verser une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences pour sa situation personnelle.

Par un mémoire enregistré le 5 juillet 2021, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant pakistanais, né le 15 mars 1978, qui déclare être entré en France le 18 décembre 2007, a sollicité, le 6 janvier 2021, la délivrance une carte de séjour portant la mention " résident de longue durée - UE ". Par un arrêté du 10 mars 2021, le préfet de police a rejeté sa demande et lui a délivré une carte de séjour pluriannuelle de deux années. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de la décision portant rejet de sa demande de carte de séjour.

2. En premier lieu, par un arrêté en date du 5 janvier 2021, publié au bulletin officiel de la ville de Paris du 5 janvier 2021, préfet de police a donné délégation à Mme D, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision en litige vise les articles L. 314-8 et L. 314-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, dont le préfet a fait application, et indique que M. A ne dispose pas de moyens suffisants au titre de l'année 2015, ses revenus perçus étant inférieurs au salaire minimum de croissance, et que, à défaut d'une attestation linguistique sécurisée délivrée par un organisme certificateur au sens de l'arrêté du 21 février 2018, l'intégration républicaine, appréciée notamment par la maîtrise de la langue française, ne pouvait être tenue pour établie. La décision comportant les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers dans sa version applicable au présent litige : " Une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " est délivrée de plein droit à l'étranger qui justifie : () 2° De ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins. Ces ressources doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ainsi qu'aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail. () / Un décret en Conseil d'Etat définit les modalités d'application du présent article. " Aux termes de l'article R. 314-1-1 du même code : " L'étranger qui sollicite la délivrance de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " doit justifier qu'il remplit les conditions prévues aux articles L. 314-8, L. 314-8-1 ou L. 314-8-2 en présentant, outre les pièces mentionnées aux articles R. 311-2-2 et R. 314-1, les pièces suivantes : () 2° La justification qu'il dispose de ressources propres, stables et régulières, suffisant à son entretien, indépendamment des prestations et des allocations mentionnées au 2° de l'article L. 314-8, appréciées sur la période des cinq années précédant sa demande, par référence au montant du salaire minimum de croissance ; lorsque les ressources du demandeur ne sont pas suffisantes ou ne sont pas stables et régulières pour la période des cinq années précédant la demande, une décision favorable peut être prise, soit si le demandeur justifie être propriétaire de son logement ou en jouir à titre gratuit, soit en tenant compte de l'évolution favorable de sa situation quant à la stabilité et à la régularité de ses revenus, y compris après le dépôt de la demande. "

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 314-2 du même code : " Lorsque des dispositions législatives du présent code le prévoient, la délivrance d'une première carte de résident est subordonnée à l'intégration républicaine de l'étranger dans la société française, appréciée en particulier au regard de sa connaissance suffisante de la langue française et des principes qui régissent la République française. " Et aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 21 février 2018 fixant la liste des diplômes et certifications attestant le niveau de maîtrise du français requis, pour l'obtention d'une carte de résident : " Les diplômes ou certifications nécessaires à l'obtention d'une carte de résident ou d'une carte de résident portant la mention " résident de longue durée - UE " sont les suivants : / 1° Diplômes attestant un niveau de connaissance du français au moins équivalent au niveau A2 du cadre européen commun de référence pour les langues du Conseil de l'Europe ; / 2° Diplômes délivrés par une autorité française, en France ou à l'étranger, sanctionnant un enseignement suivi en langue française ; / 3° Tests ou attestations linguistiques sécurisés, délivrés par un organisme certificateur reconnu au niveau national ou international, qui constatent et valident la maîtrise des compétences écrites et orales visées par le niveau A2 du cadre européen commun de référence pour les langues du Conseil de l'Europe. / Une liste indicative de ces diplômes ou certifications figure en annexe du présent arrêté. "

6. Si M. A ne disposait pas de revenus au moins égaux au salaire minimum interprofessionnel au titre de l'année 2015, il ressort toutefois du pièce du dossier que le niveau de ses revenus au cours de cette année a baissé compte tenu de la prise de congés sans rémunération afin de rendre visite à sa famille restée dans son pays d'origine et que, pour les années suivantes, les revenus de M. A ont dépassé ce niveau et ont cru significativement, si bien que M. A doit être regardé comme disposant de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins. En revanche, M. A ne produit pas, à la date de la décision en litige, l'un des diplômes ou certifications prévus par l'article 1er et l'annexe de l'arrêté du 21 février 2018, permettant de justifier sa maîtrise de la langue française au niveau A2 du cadre européen commun de référence pour les langues, et par conséquent son intégration républicaine dans la société française. C'est donc à bon droit que le préfet a refusé de lui délivrer la carte de résident demandée.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Si le préfet a refusé de délivrer une carte de résident portant la mention " résident de longue durée - UE " à M. A, il lui a toutefois délivré d'office une carte de séjour pluriannuelle d'une validité de deux ans. Dans ces conditions, le préfet n'a ni méconnu les stipulations citées au point précédent, ni commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision pour la situation personnelle de M. A.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et ses conclusions présentés sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 1erdécembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gros, président,

M. Rebellato, premier conseiller,

M. Hélard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.

Le rapporteur,

R. CLe président,

L. Gros

Le greffier,

S. Porrinas

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2/5-

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