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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2110243

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2110243

mercredi 15 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2110243
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 mai 2021, M. A C D, représenté par Me de Seze, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 mars 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de rétablir les conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de le rétablir dans le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de quinze jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard et ce à titre rétroactif à partir de février 2021 ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative.

M. C D soutient que :

La décision attaquée :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet ;

- méconnaît les articles L.744-6 et R. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en l'absence d'entretien personnel avec un agent de l'OFII après l'enregistrement de sa demande d'asile et d'évaluation de sa vulnérabilité ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait les articles L. 744-7 et R. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a respecté toutes les exigences des autorités.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 janvier 2023, le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C D ne sont pas fondés.

M. C D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les conclusions de Mme Belle, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D, ressortissant somalien né le 25 novembre 1994, a fait l'objet, après son placement en procédure Dublin, d'un transfert vers l'Italie, le 19 février 2020. Revenu en France, M. C D s'est présenté le 18 août 2020 au guichet unique des demandeurs d'asile, où il s'est vu remettre une attestation de demandeur d'asile, sous l'intitulé " Procédure Dublin ". M. C D a accepté à la même date les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). L'Italie, informée, ensuite, de la demande d'asile de M. C D, a implicitement donné son accord à la reprise en charge de l'intéressé, le 3 septembre 2020. Ayant eu connaissance par la préfecture de police de ce que M. C D avait été placé en fuite, le 16 février 2021, l'OFII a notifié à ce dernier, le 25 février 2021, son intention de suspendre les conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait. La décision de suspension est intervenue le 16 mars 2021, au motif que M. C D n'avait pas respecté son obligation de se présenter aux autorités. Le 7 mai 2021, le préfet de police a délivré à M. C D une attestation de demandeur d'asile en procédure normale. Par la présente requête, M. C D demande l'annulation de la décision de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil prise par l'OFII le 16 mars 2021.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction résultant de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : () 2 ° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. ". L'OFII, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, peut suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes.

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision du 16 mars 2021 vise les dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et mentionne que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil est suspendu au requérant au motif que " vous n'avez pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en vous abstenant de vous présenter aux autorités ". Il ressort également des pièces du dossier que, préalablement à la décision attaquée, l'OFII a envoyé au requérant un courrier du

25 février 2021 de " notification d'intention de suspension des conditions matérielles d'accueil " qui précisait également le motif d'intention de suspension et invitait M. C D à présenter ses observations. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. Pour les mêmes raisons, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle doit être écarté.

4. En deuxième lieu, si les dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile font obligation à l'OFII de procéder, à la suite d'un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil, elles n'imposent pas la tenue d'un nouvel entretien préalablement à la décision statuant sur une demande de rétablissement de ce bénéfice. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que le requérant a bénéficié d'un réexamen de vulnérabilité le 10 mai 2021. Ainsi, M. C D ne saurait utilement soutenir avoir été privé d'un entretien avant l'intervention de la décision portant refus de rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil.

5. En troisième lieu, pour justifier la décision attaquée, le directeur de l'OFII s'est fondé sur la circonstance que le requérant n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités et sur la situation personnelle du requérant. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. C D ne s'est présenté à aucune des trois convocations prévues les 27 octobre 2020, 16 décembre 2020, 3 février 2021 et

17 mars 2021, qu'il a été déclaré en fuite le 17 février 2021 et qu'il n'apporte aucun élément pour justifier de ces absences. D'autre part, si le requérant soutient que la décision attaquée n'a pas tenu compte de sa vulnérabilité, il ne produit aucun élément pour en justifier et ne démontre ainsi pas l'existence de facteur particulier de vulnérabilité. Par suite, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur de droit ni d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. D tendant à l'annulation de la décision de l'OFII du 16 mars 2021 ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et les conclusions présentées au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de C D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, à Me de Seze et au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 22 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Vidal, présidente,

Mme Merino, première conseillère,

M. Baudat, conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 15 mars 2023.

Le rapporteur,

J-B. B

La présidente,

S. VIDALLa greffière,

S. COULANT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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