lundi 26 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2110261 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | SARHANE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 mai 2021, M. D B, représenté par Me Sarhane, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler les décisions implicites par lesquelles le préfet de police a prolongé le délai de transfert aux autorités suédoises de six à dix-huit mois, l'a placé en fuite et a refusé de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile ;
3°) d'annuler la décision du 11 mars 2021 par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ensemble la décision révélée du 11 mars 2021 par laquelle le préfet de police a refusé d'enregistrer de sa demande d'asile ;
4°) d'enjoindre au préfet de police d'enregistrer sa demande d'asile et de lui remettre une attestation de demandeur d'asile ainsi que le formulaire de demande d'asile dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) d'enjoindre au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à titre rétroactif à compter du 11 mars 2021 dans un délai de trois jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
6°) de mettre à la charge de l'OFII, à titre principal, une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, Me Sarhane, au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, à titre subsidiaire, la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision par laquelle le préfet de police a prolongé son délai de transfert aux autorités suédoises de six à dix-huit mois, l'a placé en fuite et a refusé de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle ne lui est pas opposable faute de lui avoir été notifiée ;
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 2 de l'article 9 du règlement n° CE/1560/2003 ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur de fait au regard des stipulations de l'article 29 du règlement n° UE/604/2013 ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des dispositions de l'article 17 du règlement n° UE/604/2013 ;
- la décision par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 744-1, 744-6 et 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît son droit à l'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juin 2021, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'elle est irrecevable, la décision de prolongation du délai de transfert n'étant pas susceptible de recours et, au surplus, que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2021, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 30 juillet 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 23 août 2021.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juin 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°2018-778 du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie ;
- la décision n°428530 du Conseil d'Etat du 31 juillet 2019 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Huin-Morales, conseiller,
- et les conclusions de M. Lahary, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. D B, ressortissant afghan né le 21 mars 1993, est entré en France le 9 septembre 2020. Il a formulé une demande d'asile le 6 octobre 2020 et a accepté le 7 octobre 2020 les conditions matérielles d'accueil. Par un arrêté du 18 novembre 2020, le préfet de police a décidé de son transfert vers la Suède, en application du règlement UE/604/2013 du 26 juin 2013. Le 11 février 2021, M. B a été déclaré en fuite par le préfet de police. Par une décision du 11 mars 2021, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, OFII, lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 11 mars 2021 par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, ensemble les décisions implicites par lesquelles le préfet de police a prolongé le délai de transfert aux autorités suédoises de six à dix-huit mois, l'a placé en fuite et a refusé de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile.
Sur les conclusions tendant à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juin 2021 du bureau de l'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Paris. Il n'y a, par suite, plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur la prolongation du délai de transfert, le placement en fuite et le refus de délivrance d'une attestation de demandeur d'asile :
3. La prolongation du délai de transfert, qui résulte du seul constat de fuite du demandeur et qui ne donne lieu qu'à une information de l'Etat responsable de la demande d'asile par l'État membre qui ne peut procéder au transfert du fait de cette fuite, a pour effet de maintenir en vigueur la décision de transfert aux autorités de l'Etat responsable et ne suppose pas l'adoption d'une nouvelle décision. Cette prolongation n'est ainsi qu'une des modalités d'exécution de la décision initiale de transfert et ne peut être regardée comme révélant une décision susceptible de recours. Par conséquent, ses conclusions dirigées à l'encontre de la prolongation du délai de transfert sont irrecevables. Il en va de même de la décision de refus de délivrance d'une attestation de demandeur d'asile, qui se borne à tirer les conséquences du placement en fuite.
Sur la décision de suspension des conditions matérielles d'accueil :
En ce qui concerne la légalité externe :
4. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme C A, directrice territoriale de Paris, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature consentie par décision du directeur général de l'OFII du 2 octobre 2020. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
5. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui cite les articles L. 744-1 et L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précise que M. B n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile auxquelles il avait consenti lors de l'acception de l'offre de prise en charge de l'OFII, en particulier celle de répondre aux convocations des autorités. Elle énonce ainsi les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
6. En troisième lieu, l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, dispose que : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. "
7. Il ne résulte pas de ces dispositions ni d'aucune autre applicable en l'espèce que l'OFII était tenu d'organiser un nouvel entretien de vulnérabilité avant l'édiction de la décision de suspension attaquée. Au surplus, d'une part, l'OFII démontre avoir réalisé l'entretien de vulnérabilité au moment de l'enregistrement de la demande d'asile de l'intéressé et, d'autre part, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée du 11 mars 2021 que l'OFII a procédé à un examen de la vulnérabilité du requérant avant de prendre cette décision. Partant, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile par l'autorité administrative compétente, en application du présent chapitre. Les conditions matérielles d'accueil comprennent les prestations et l'allocation prévues au présent chapitre. " Aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, applicable au litige dès lors que la décision attaquée porte sur des conditions matérielles d'accueil accordées après le 1er janvier 2019 : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : / 2° au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. / Le demandeur est préalablement informé que () le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile prévues au 2° entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. "
9. Dans sa décision du 31 juillet 2019, association La CIMADE et autres, nos 428530 et 428564, le Conseil d'État a jugé que dans l'attente de la modification des articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, jugée partiellement incompatible avec la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, il reste possible à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil d'un demandeur d'asile, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, au demandeur qui a refusé le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation. Il lui est également possible, dans les mêmes conditions et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes.
10. En l'espèce, si M. B soutient avoir été dans l'impossibilité de se rendre à la convocation du 2 février 2021 à 13h00 en raison d'un examen médical fixé ce même jour à 9h30 ce dont il avait informé la préfecture, il n'établit ni l'urgence qui s'attachait à la réalisation de l'examen en cause, ni l'impossibilité de le décaler de quelques jours ni, en tout état de cause, l'impossibilité dans laquelle il se serait trouvé de se rendre à la convocation de la préfecture de police à 13h00 alors qu'il résulte du compte-rendu de l'examen que celui-ci a pris fin à 10h38 et que M. B n'a pas été admis en hospitalisation. Par ailleurs, M. B n'apporte aucun élément de nature à établir les raisons pour lesquelles il ne s'est pas rendu à la convocation du 9 février 2021. Dans ces conditions, eu égard à ces deux absences, M. B doit être regardé comme n'ayant pas respecté les exigences de l'autorité de l'asile. Les moyens tirés de l'erreur de droit et l'erreur de fait commise par l'OFII doivent donc être écartés.
11. En deuxième lieu, si le requérant invoque la méconnaissance de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces dispositions concernent l'attribution des conditions matérielles d'accueil et non leur cessation. Ce moyen inopérant doit donc être écarté.
12. En troisième lieu, si M. B soutient que la décision attaquée porte atteinte à son droit à l'asile, il n'apporte aucune précision ni aucun élément permettant d'apprécier le bien-fondé de ses allégations.
13. Enfin, le requérant n'établit pas l'existence d'une situation de vulnérabilité particulière au regard de sa pathologie et n'établit donc pas que l'OFII aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ni d'une méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qui prévoit que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de l'OFII du 11 mars 2021. Ses conclusions à fin d'injonction, et celles présentées au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent, par conséquent, qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Sarhane, conseil de M. B, au préfet de police et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Evgénas, présidente,
M. Errera, premier conseiller,
M. Huin-Morales, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2022.
Le rapporteur,
B. HUIN-MORALES
La présidente,
J. EVGENASLa greffière,
B. CHAHINE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026