mercredi 27 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2110413 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET MORDANT, FILIOR, SERRE (ASSOCIATION) |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 mai 2021 et 13 juin 2022, Mme A de Pillot Comte de Coligny Chatillon, représentée par Me Emmanuelli et Me Odin, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 16 mars 2021 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a rejeté sa demande tendant au changement de son nom " De Pillot comte de Coligny Chatillon " en " de Coligny " ;
2°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, de présenter au Premier ministre un projet de décret autorisant le changement de nom sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ; à défaut de réexaminer sa demande dans un délai de six mois ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée de l'incompétence de son auteur ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été rendue dans un délai excessif et déraisonnable, en méconnaissance des stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 61 du code civil, la complexité de son nom actuel, l'usage constant et continu du nom sollicité sur au moins trois générations, la volonté d'assurer la survivance d'un patronyme et de préserver l'unité du nom familial lui conférant un intérêt légitime à changer de nom.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
La clôture de l'instruction a été prononcée trois jours avant l'audience.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 mai 2021 et 10 juin 2022, Mme C de Pillot Comte de Coligny Chatillon, représentée par Me Daude, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 16 mars 2021 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a rejeté sa demande tendant au changement de son nom " De Pillot comte de Coligny Chatillon " en " de Coligny " ;
2°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, de réexaminer favorablement sa demande dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 5 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 61 du code civil, la complexité de son nom actuel et l'usage constant et continu du nom sollicité sur au moins trois générations lui conférant un intérêt légitime à changer de nom.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Par une ordonnance du 13 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 juin 2022.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de Mme Baratin, rapporteure publique,
- et les observations de Me Riolacci, représentant Mme A de Pillot comte de Coligny , et de Me Tarain, représentant Mme C de Pillot comte de Coligny.
Considérant ce qui suit :
1. Mmes A et C de Pillot comte de Coligny Chatillon, nées respectivement le 20 août 1989 et le 30 novembre 1983, ont sollicité du garde des sceaux, ministre de la justice, le changement de leur patronyme " de Pillot comte de Coligny Chatillon " en " de Coligny ". Par deux décisions du 16 mars 2021, le garde des sceaux, ministre de la justice, a rejeté leur demande. Elles demandent l'annulation de ces décisions pour excès de pouvoir.
Sur la jonction :
2. Les requêtes visées ci-dessus présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article 6 du décret du 20 janvier 1994 relatif à la procédure de changement de nom : " Le refus de changement de nom est motivé. Il est notifié au demandeur par le garde des sceaux, ministre de la justice ".
4. Pour motiver ses décisions de refus, le garde des sceaux, ministre de la justice se borne à soutenir que le nom sollicité par les requérantes correspond au " prédicat du titre de comte, accessoire du nom, porté à titre d'usage par les branches féminines, qui n'est pas transmissible et ne saurait être relevé ", sans mentionner les dispositions législatives ou réglementaires sur lesquelles il fonde cette énonciation. Ainsi, le garde des sceaux, ministre de la justice, ne se prononce pas sur l'intérêt légitime des requérantes à changer leur nom de famille, dont il ne conteste pas la complexité, mais sur l'opportunité du choix du nom sollicité. Il ne se prononce pas davantage sur les quatre motifs que les requérantes avaient invoqués au titre de l'article 61 du code civil. Dans ces conditions, le garde des sceaux, ministre de la justice, ne permet pas aux destinataires des décisions attaquées de connaître les motifs du refus qui leur a été opposé. Il y a donc lieu d'accueillir le moyen tiré de l'insuffisance de motivation.
5. Aux termes de l'article 61 du code civil : " Toute personne qui justifie d'un intérêt légitime peut demander à changer de nom. / La demande de changement de nom peut avoir pour objet d'éviter l'extinction du nom porté par un ascendant ou un collatéral du demandeur jusqu'au quatrième degré ".
6. La possession d'état, qui résulte du caractère constant et ininterrompu, pendant plusieurs dizaines d'années, de l'usage d'un nom, peut caractériser l'intérêt légitime requis par l'article 61 du code civil pour déroger aux principes de dévolution et de fixité du nom établis par la loi.
7. Mmes A et C de Pillot comte de Coligny Chatillon se prévalent de la possession d'état du nom " de Coligny ", depuis leur naissance. Elles produisent de très nombreuses pièces, telles que des documents scolaires, universitaires, médicaux, associatifs, assurantiels, professionnels, des cartes de sécurité sociale et de mutuelle, des bulletins de paie, des factures attestant de leur usage constant du nom " de Coligny ". En outre, elles produisent de très nombreuses attestations de proches et des courriers de leur fille, beaux-frères et beaux-parents témoignant à la fois de leur soutien à leur démarche de changement de nom et de cet usage. Dans ces conditions, en refusant les demandes des intéressées, le garde des sceaux a entaché ses décisions d'une erreur dans l'appréciation de leur intérêt légitime à changer de nom. Il y a donc lieu d'annuler les décisions du 16 mars 2021.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. L'article L. 911-1 du code de justice administrative dispose : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".
9. L'annulation des décisions litigieuses implique nécessairement que le garde des sceaux, ministre de la justice, présente au Premier ministre un projet de décret autorisant Mmes de Pillot comte de Coligny Chatillon à changer leur nom en " de Coligny ". Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à chacune des requérantes au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions du 16 mars 2021 du garde des sceaux, ministre de la justice, sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au garde des sceaux, ministre de la justice, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, de présenter au Premier ministre un projet de décret autorisant Mmes de Pillot comte de Coligny Chatillon à changer leur nom en " de Coligny ".
Article 3 : L'Etat versera à Mmes de Pillot comte de Coligny Chatillon une somme de 1 500 euros chacune au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C de Pillot comte de Coligny Chatillon, à Mme A de Pillot comte de Coligny Chatillon et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Viard, présidente,
M. Perrot, conseiller,
M. Palla, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juillet 2022.
Le rapporteur,
V. B
La présidente,
M-P. VIARD
La greffière,
S. BALTIMORE
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/4-1 ; 2110552/4-1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026