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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2110925

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2110925

lundi 26 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2110925
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2e Section - 2e Chambre
Avocat requérantSOUIDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire complémentaire et un mémoire en réplique enregistrés respectivement les 21 mai, 5 juillet et 26 juillet 2021, M. E A, représenté par Me Souidi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 avril 2021 par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour, dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de condamner l'État au paiement d'une somme de 1 500 euros à son avocat au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

la décision portant refus de titre de séjour :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît les dispositions des articles L. 313-11 2 bis, L. 313-11 7° et L. 313-11 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

la décision fixant le pays de renvoi :

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense et trois mémoires en réplique, enregistrés les 1er et 6 juillet 2021, 17 août 2021 et 21 septembre 2021, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 6 septembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 27 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 27 décembre 1998 à Conakry, a formé une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-11 2° bis du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté en date du 29 avril 2021 dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire, a fixé le pays de renvoi et a assorti cette décision d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2020-00508 du 16 juin 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du 23 juin 2020, le préfet de police a donné délégation à Mme D C, attachée principale d'administration, à l'effet de signer notamment les décisions de refus de titre de séjour, portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré du défaut de compétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet de police a fait application ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il mentionne également, avec suffisamment de précision, les circonstances de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet de police, qui n'avait pas à mentionner tous les éléments caractérisant la situation du requérant. Il est, par suite, suffisamment motivé.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 2° bis A l'étranger dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entrant dans les prévisions de l'article L. 311-3, qui a été confié, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance et sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. " Lorsqu'il examine une demande d'admission au séjour présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

5. Pour refuser à M. A la délivrance du titre de séjour qu'il demandait sur le fondement des dispositions précitées, le préfet de police s'est fondé sur le fait qu'il n'avait pas été placé auprès de services de l'aide sociale à l'enfance avant ses seize ans et qu'il était âgé de plus de dix-neuf ans à la date de sa demande. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été provisoirement confié aux services de l'aide sociale à l'enfance par un jugement du juge des enfants du tribunal de grande instance de Caen en date du 26 mars 2015, soit après avoir atteint l'âge de seize ans. M. A ne relevait donc pas du champ d'application des dispositions du 2° bis de l'article L. 313-11 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut donc qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A est célibataire, sans enfant, et n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. S'il se prévaut de l'exercice d'une activité professionnelle, et produit des bulletins de salaire au titre des années 2019 et 2020, cette activité revêt un caractère récent. Il n'établit pas avoir noué en France de liens d'une particulière intensité. Dans ces conditions, la décision attaquée ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'elle poursuit. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit en conséquence être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit à " l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. "

9. M. A invoque son état de santé et fait état d'une panuvéite de l'œil gauche, non contrôlée sous corticoïdes. Toutefois, s'il produit une attestation d'un médecin guinéen faisant état du " faible niveau " du plateau technique d'un centre médical guinéen, ce document ne vaut que pour un établissement donné et ne permet pas de regarder comme établie l'impossibilité de bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Guinée. Par ailleurs, si l'avis du collège de médecins de l'OFII du 20 août 2019, produit au dossier et élaboré dans le cadre d'une précédente demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade, admet l'existence de conséquences d'une exceptionnelle gravité en cas d'absence de traitement, ainsi que l'indisponibilité du traitement en Guinée, ce document précisait également que les soins ne devaient être poursuivis que pour une période de douze mois, soit jusqu'au 20 août 2020, c'est-à-dire une date antérieure de dix mois à la décision attaquée. Enfin, le certificat en date du 7 juin 2021 produit par le requérant émane d'un médecin généraliste et se borne à décrire les conséquences possibles " en l'absence de prise en charge spécifique ", sans se prononcer sur la disponibilité du traitement en Guinée. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté méconnaîtrait les dispositions précitées du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 2 et 3, les moyens tirés de l'incompétence du signataire de la décision attaquée et de l'insuffisance de motivation doivent être écartés.

11. En deuxième lieu, M. A n'établissant pas qu'il encourrait des risques particuliers en cas de retour dans son pays d'origine, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

12. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police ne pouvait édicter à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français au regard de son état de santé.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

13. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 7 et 11 ci-dessus, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent qu'être écartés.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

14. En se bornant à soutenir qu'il encourrait des risques en cas de retour dans son pays d'origine, M. A ne critique pas utilement la décision litigieuse en tant qu'elle prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi relative à l'aide juridique et ses conclusions aux fins d'injonction.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. E A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Evgénas, présidente,

M. Errera, premier conseiller,

M. Huin-Moralès, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2022.

Le rapporteur,

A. B

La présidente,

J. EVGÉNASLa greffière,

B. CHAHINE

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2110925/2-

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