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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2111108

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2111108

lundi 10 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2111108
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCAOUDAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 mai 2021, M. A B, représenté par Me Caoudal, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 4 mai 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, ensemble la décision du 26 avril 2021 par laquelle le directeur de l'OFII a refusé de lui rétablir le bénéfice de ces conditions ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII, à titre principal, de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à titre rétroactif à compter du 7 avril 2021 dans un délai de trois jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII, à titre principal, une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, Me Caoudal, au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, à titre subsidiaire, la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter ses observations écrites à l'Office français de l'immigration et de l'intégration dans un délai de quinze jours ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elles méconnaissent les dispositions des articles L. 522-1 et R. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 décembre 2021, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 17 juin 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 19 juillet 2021.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, d'une part, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les décisions relatives à la suspension et au rétablissement des conditions matérielles d'accueil demeuraient régies par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables dans leur version antérieure à la loi du 10 septembre 2018 et, d'autre part, de ce que les décisions attaquées doivent être regardées comme étant fondées sur les dispositions du 3° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable à la date de la première demande d'asile de M. B.

Des observations en réponse au moyen relevé d'office ont été produites par l'Office français de l'immigration et de l'intégration et enregistrées le 22 septembre 2022.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 29 septembre 2021 du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Huin-Morales, conseiller,

- et les conclusions de M. Lahary, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant afghan né le 1er janvier 1990 selon ses déclarations, est entré en France au mois d'août 2018. Il a formulé une demande d'asile le 17 août 2018 et a accepté le même jour les conditions matérielles d'accueil. Par un arrêté du 5 octobre 2018, le préfet de Seine-et-Marne a décidé de son transfert vers la Belgique, en application du règlement UE n°604/2013 du 26 juin 2013. Revenu en France, M. B a déposé une nouvelle demande d'asile le 7 avril 2021. Par un courrier du même jour, le directeur général de l'OFII l'a informé de son intention de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 26 avril 2021, le directeur général de l'OFII a rejeté sa demande de rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 4 mai 2021, le directeur général de l'OFII a abrogé sa décision du 26 avril 2021 et a suspendu à M. B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 4 mai 2021 par laquelle le directeur général de l'OFII lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, ensemble la décision du 26 avril 2021 par laquelle le directeur de l'OFII a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions tendant à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 29 septembre 2021. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur ses conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la substitution de base légale :

4. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans la rédaction, alors en vigueur, issue de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; / 2° Retiré si le demandeur d'asile a dissimulé ses ressources financières ou a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ou en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement ; / 3° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. / La décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. / La décision est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites dans les délais impartis. / Lorsque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration. " Aux termes de l'article D. 744-38 du même code, dans sa rédaction alors en vigueur : " La décision de suspension, de retrait ou de refus de l'allocation est écrite, motivée et prise après que l'allocataire a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans le délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. (). "

5. La première demande d'asile de M. B ayant été enregistrée le 17 août 2018, sa situation au regard du droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil s'apprécie à l'aune des dispositions en vigueur à cette date. La décision attaquée du 4 mai 2021 porte suspension des conditions matérielles d'accueil et celle du 26 avril 2021 refus de rétablissement de ces conditions. Toutefois, il est constant qu'à la date de sa nouvelle présentation en préfecture, M. B ne bénéficiait plus des conditions matérielles d'accueil dont l'octroi avait cessé le 5 octobre 2018 lors de son transfert aux autorités belges. Dès lors, l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne pouvait prendre à son égard ni une décision de suspension des conditions matérielles d'accueil, ni une décision en refusant le rétablissement, mais devait adopter une décision portant refus d'attribution de ces conditions.

6. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.

7. Ainsi que le fait valoir l'Office français de l'immigration et de l'intégration, il a pu refuser à M. B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, sur le fondement du 3° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, dès lors que l'intéressé a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile en France après son transfert vers l'Etat membre responsable de l'instruction de sa demande. Il y a par suite lieu de substituer aux bases légales des décisions attaquées les dispositions de l'article L. 744-8, 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction antérieure à la loi du 10 septembre 2018.

En ce qui concerne les moyens soulevés :

8. En premier lieu, les décisions en litige visent les articles L. 744-1, L. 744-6, L. 744-7 et R. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que la décision du Conseil d'Etat n° 428530 du 31 juillet 2019. Elles mentionnent également que M. B n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en présentant une nouvelle demande d'asile en France après avoir été transféré vers l'Etat-membre responsable de l'instruction de sa demande. Partant, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au présent litige : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. "

10. Il ne résulte pas de ces dispositions ni d'aucune autre applicable en l'espèce, notamment celles de l'article L. 744-8 précitées, que l'OFII était tenu d'organiser un nouvel entretien destiné à apprécier la vulnérabilité du requérant avant l'édiction de la décision attaquée, l'intéressé n'établissant, au demeurant, pas avoir apporté d'éléments nouveaux relatifs à sa vulnérabilité lors de sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Au surplus, d'une part, M. B a bénéficié d'un entretien de vulnérabilité le 17 août 2018 lors de sa première demande d'asile. D'autre part, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée ainsi que des pièces du dossier, en particulier de la fiche d'évaluation de la vulnérabilité en date du 7 avril 2021, que l'OFII a procédé à un nouvel examen de sa vulnérabilité avant de prendre la décision attaquée. Partant, les moyens tirés du vice de procédure et du défaut d'examen particulier de sa demande doivent être écartés.

11. Pour adopter les décisions attaquées, le directeur général de l'OFII a estimé que l'intéressé n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en revenant présenter une nouvelle demande d'asile en France après avoir été transféré vers l'Etat membre responsable de l'instruction de sa demande, en l'espèce la Belgique. Il ressort des pièces du dossier que M. B est revenu sur le sol français et a de nouveau sollicité l'asile après avoir exécuté l'arrêté de transfert édicté dans le cadre de sa première demande d'asile enregistrée selon la procédure Dublin. Cette deuxième demande, enregistrée le 7 avril 2021 selon la procédure Dublin, est assimilable à une demande de réexamen. Il en résulte que, dès lors que les autorités françaises n'ont pas décidé d'examiner cette demande, l'OFII était en droit de refuser à M. B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, sauf s'il était établi que l'Etat responsable aurait refusé d'examiner sa demande d'asile. Le requérant n'apporte toutefois aucun élément permettant de démontrer que l'Etat responsable aurait refusé d'examiner sa demande d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.

12. M. B soutient que les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle, notamment médicale. Toutefois, la seule circonstance qu'il souffre d'angoisse et qu'il présente, à l'appui de ses allégations, un certificat médical postérieur à la date des décisions attaquées ne suffit pas à caractériser la vulnérabilité qu'il allègue. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées. Ses conclusions à fin d'injonction, et celles présentées au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent, par conséquent, qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Errera, premier conseiller,

M. Huin-Morales, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2022.

Le rapporteur,

B. HUIN-MORALES

Le président,

J. SORINLa greffière,

B. CHAHINE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2/2-

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