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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2111167

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2111167

vendredi 21 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2111167
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 1re Chambre
Avocat requérantORHANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 mai 2021, M. C B, représenté par Me Orhant, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 29 mars 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de rétablir ses conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir ses conditions matérielles d'accueil à compter de sa demande de rétablissement dans un délai de trois jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à Me Orhant, son conseil, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut d'octroi de l'aide juridictionnelle, à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée de l'entretien prévu à l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il n'a pas été mis à même de présenter ses observations, en méconnaissance de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle fait une inexacte application de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a respecté toutes les exigences des autorités chargées de l'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à son état de vulnérabilité.

Par une ordonnance du 16 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au

30 janvier 2023 à 12 heures.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration a présenté un mémoire enregistré le 3 avril 2023 qui n'a été, ni communiqué, ni pris en compte en l'absence de toute mention d'un moyen d'ordre public.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision

du 17 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Sueur, greffière d'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant afghan né le 10 mars 1994, a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée en procédure " Dublin " le 11 juin 2019 et a accepté, le même jour, les conditions matérielles d'accueil qui lui ont été proposées. Après avoir fait l'objet d'un transfert à destination de l'Allemagne, Etat membre responsable de l'examen de sa demande, il est revenu en France et a déposé une nouvelle demande d'asile. Par une décision du 18 août 2020, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil. A la suite de la requalification de sa demande en procédure accélérée le 27 janvier 2021, M. B en a sollicité le rétablissement. Par la présente requête, il demande l'annulation de la décision du 29 mars 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté sa demande.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 septembre 2021. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur ses conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le cadre juridique du litige :

3. Aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : () / 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. () ".

4. Dans sa décision nos 428530, 428564 du 31 juillet 2019, le Conseil d'Etat a jugé que, dans l'attente de la modification par le législateur des articles L. 744 -7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, déclarées partiellement incompatibles avec les objectifs de l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, il reste possible à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, au demandeur qui a refusé le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation. Il lui est également possible, dans les mêmes conditions et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. Si le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office, qui devra apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

En ce qui concerne la légalité de la décision attaquée :

5. En premier lieu, la décision du 29 mars 2021 vise la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquels elle se fonde. Elle mentionne également que M. B ne justifie pas de son manquement aux obligations auxquelles il avait consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge et que sa situation ne fait apparaître aucun facteur particulier de vulnérabilité. Ainsi, et bien qu'elle ne précise pas la date à laquelle le requérant a été transféré vers l'Etat membre responsable de l'examen de sa demande d'asile, ni l'identité de ce dernier, la décision attaquée comporte les circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle repose. Par suite, le moyen tiré de son insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que tout demandeur d'asile doit bénéficier d'un entretien personnel destiné à évaluer sa vulnérabilité lors de la présentation de sa première demande d'asile. En revanche, elles n'imposent pas qu'il soit procédé à un nouvel entretien, préalablement à la décision refusant de rétablir les conditions matérielles d'accueil d'un demandeur. Dès lors, M. B ne peut utilement soutenir que la décision attaquée aurait dû être précédée d'un tel entretien.

7. En troisième lieu, il ne résulte pas des dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne concernent que les décisions de retrait des conditions matérielles d'accueil, ni d'aucune autre disposition législative ou réglementaire, que l'Office français de l'immigration et de l'intégration serait tenu, avant de refuser de rétablir ces conditions, de mettre le demandeur à même de présenter ses observations. Par suite, le moyen tiré de ce vice de procédure ne peut qu'être écarté comme inopérant.

8. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que, après avoir fait l'objet d'un transfert à destination de l'Allemagne, M. B est revenu en France et a déposé une nouvelle demande d'asile, méconnaissant ainsi les exigences de la procédure de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale, telle qu'elle résulte du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. A cet égard, s'il soutient que les autorités allemandes ont refusé de réexaminer sa demande et l'ont renvoyé vers son pays d'origine, il ne produit aucun élément à l'appui de ses allégations, de même qu'il n'établit pas ne pas avoir été en mesure de faire valoir devant ces autorités ses craintes en cas de retour en Afghanistan. Dans ces conditions, en refusant de rétablir ses conditions matérielles d'accueil, l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas fait une inexacte application de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En cinquième et dernier lieu, M. B fait valoir que la décision attaquée emporte des conséquences d'une gravité excessive sur sa situation personnelle. Toutefois, il n'apporte aucune précision quant à sa vulnérabilité ou ses besoins en matière d'accueil. Il suit de là que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation quant à son état de vulnérabilité.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 29 mars 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de rétablir ses conditions matérielles d'accueil. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées. L'Office français de l'immigration et de l'intégration n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Orhant.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023 à laquelle siégeaient :

- Mme Riou, présidente,

- Mme Kante, première conseillère,

- M. Coz, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 21 avril 2023.

La présidente-rapporteure,

C. AL'assesseure la plus ancienne,

C. Kante

La greffière,

L. Sueur

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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