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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2111173

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2111173

vendredi 20 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2111173
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5e Section - 1re Chambre
Avocat requérantNOMBRET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 mai 2021, M. A C, représenté par Me Nombret, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 26 mars 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de le rétablir dans ses droits aux conditions matérielles d'accueil dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou, à défaut, si sa demande d'aide juridictionnelle est rejetée, à lui verser.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'a pas été procédé à un examen de sa vulnérabilité et qu'il n'a pas bénéficié d'un délai suffisant avant la décision de suspension du 26 mars 2021 ;

- la procédure contradictoire n'a pas été respectée, en méconnaissance des dispositions de l'article D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'a pas été informé des conséquences du refus de la proposition d'hébergement qui lui a été faite ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2022, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris du 24 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les conclusions de M. Schaeffer, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant afghan né le 1er janvier 1992, a sollicité le bénéfice de l'asile le 18 janvier 2021 et a accepté le même jour les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Par une décision du 26 mars 2021, l'OFII a décidé de suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil de l'intéressé au motif qu'il avait refusé une proposition d'hébergement qui lui avait été faite le 2 mars 2021. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 septembre 2021. Ses conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle ont dès lors perdu leur objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Par une décision n° 428530 et n° 428564 du 31 juillet 2019, le Conseil d'Etat statuant au contentieux a jugé que dans l'attente de la modification des articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, jugées partiellement incompatibles avec la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, il reste possible à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, au demandeur qui a refusé le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation. Il lui est également possible, dans les mêmes conditions et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. Si le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office, qui devra apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce qu'il allègue, M. C a bien bénéficié, le 18 janvier 2021, d'un entretien de vulnérabilité lors duquel il s'est d'ailleurs engagé à accepter tout hébergement proposé, en étant informé des modalités de suspension des conditions matérielles d'accueil et avec l'assistance d'un interprète professionnel en langue pachto. Dès lors, le moyen tiré d'un vice de procédure au regard des dispositions précitées de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 2 mars 2021, notifié le jour même par remise en mains propres, l'OFII a informé M. C de son intention de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil en raison de son refus d'une proposition d'hébergement le 2 mars 2021 et lui a indiqué qu'il disposait d'un délai de quinze jours pour présenter ses observations, ce que l'intéressé n'a pas fait. Dans ces conditions, et alors, en outre, que la décision attaquée a été adoptée après l'expiration de ce délai, le moyen tiré de la méconnaissance de la procédure contradictoire manque en fait et doit être écarté.

8. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été informé des conditions et modalités de suspension, de retrait et de refus des conditions matérielles d'accueil lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge par l'OFII le 18 janvier 2021, de sorte qu'il ne saurait valablement se prévaloir de son ignorance quant aux conséquences du refus de la proposition d'hébergement qui lui a été faite. Eu égard aux principes énoncés au point 4 du présent jugement, l'OFII était fondé, compte tenu de ce refus, à suspendre à M. C le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil et n'a dès lors pas entaché sa décision sur ce point d'une erreur de droit.

9. En dernier lieu, si M. C soutient que la décision contestée entraîne des conséquences d'une gravité exceptionnelle sur sa situation notamment en raison de ses problèmes de santé, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé n'a jamais informé l'OFII de la situation médicale dont il se prévaut, laquelle est d'ailleurs postérieure à la décision de l'OFII prononçant la suspension de ses conditions matérielles d'accueil.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C à fin d'annulation de la décision de l'OFII du 26 mars 2021 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. C tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Nombret.

Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Riou, présidente,

Mme Lambrecq, première conseillère,

Mme Kanté, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2023.

La rapporteure,

C. B

La présidente,

C. RiouLa greffière,

A. Louart

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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