vendredi 6 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2111263 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | BUDET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 27 mai 2021, le 3 août 2021, le 12 décembre 2021 et le 25 janvier 2022, M. A C et M. E C, représentés par Me Pouvreau, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le groupement hospitalier universitaire (GHU) Paris psychiatrie et neurosciences a interdit les visites aux patients, révélée par l'affichette visible dans le hall du bâtiment Pierra Aulagnier, à l'hôpital Saint-Anne ;
2°) de condamner le GHU Paris psychiatrie et neurosciences à leur verser la somme de 10 000 euros chacun en réparation du préjudice moral que leur a causé cette interdiction fautive ;
3°) de mettre à la charge du GHU Paris psychiatrie et neurosciences une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils ont été empêchés de visiter leur mère hospitalisée depuis le 16 avril 2021 au sein de l'hôpital Saint-Anne, établissement du GHU Paris psychiatrie et neurosciences ;
- la décision d'interdiction des visites est révélée par l'affichette visible dans le hall du Pierra Aulagnier, à l'hôpital Saint-Anne et par les échanges de courriers électroniques avec le GHU Paris psychiatrie et neurosciences ;
- la décision attaquée méconnaît le droit à la vie privée garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du I de l'article L. 1110-4 du code de la santé publique, ainsi que la charte de la personne hospitalisée et l'article 38 du règlement du GHU Paris psychiatrie et neurosciences ;
- elle n'est ni justifiée par un objectif légitime ni proportionnée dès lors, d'une part, qu'elle est générale et absolue et, d'autre part, que l'état de santé de leur mère ne faisait pas obstacle aux visites, qu'elle était, tout comme ses deux fils, vaccinés contre la covid-19, que le respect des gestes barrières étaient de nature à renforcer la protection des patients et personnels de l'hôpital, que les indicateurs de santé étaient en voie de nette amélioration en avril et juin 2021 et, qu'enfin, leur mère était particulièrement vulnérable, ce qui justifiait la venue régulière de ses enfants et notamment de M. E C, son curateur ;
- ils sont fondés à demander à ce qu'une somme de 10 000 chacun soit mise à la charge du GHU Paris psychiatrie et neurosciences en réparation du préjudice moral que leur a causé l'impossibilité de rendre visite à leur mère.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 29 décembre 2021 et le 16 août 2022, le GHU Paris psychiatrie et neurosciences, représenté par la SELARLU Apex avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de MM. C une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'il n'est pas justifié de la décision interdisant les visites aux patients ;
- les moyens soulevés par MM. C ne sont pas fondés et le GHU Paris psychiatrie et neurosciences n'a commis aucune faute dès lors qu'il ne leur a jamais été interdit de rendre visite à leur mère.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de la santé publique ;
- le règlement intérieur du GHU Paris psychiatrie et neurosciences dans sa version du 28 août 2019 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. F,
- les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique.
- et les observations de Me Budet, pour le GHU Paris psychiatrie et neurosciences.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D B, mère de M. A C et de M. E C, a été hospitalisée sans son consentement à la demande d'un tiers au sein de l'hôpital Sainte-Anne, établissement du GHU Paris psychiatrie et neurosciences, du 16 avril et le 14 juin 2021. Par la présente requête, MM. C demandent au tribunal, d'une part, d'annuler la décision du GHU Paris psychiatrie et neurosciences d'interdire les visites aux patients, révélée par l'affichette visible dans le hall du bâtiment Pierra Aulagnier, à l'hôpital Saint-Anne et par les échanges de courriers électroniques avec le GHU Paris psychiatrie et neurosciences et, d'autre part, de condamner le GHU Paris psychiatrie et neurosciences à leur verser la somme de 10 000 euros chacun en réparation du préjudice moral que leur a causé cette interdiction fautive.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 3211-3 du code la santé publique : " lorsqu'une personne atteinte de troubles mentaux est hospitalisée sans son consentement (), les restrictions à l'exercice de ses libertés individuelles doivent être limitées à celles nécessitées par son état de santé et à la mise en œuvre de son traitement ". Aux termes de l'article R. 1112-47 du code de la santé publique : " Les visiteurs ne doivent pas troubler le repos des malades ni gêner le fonctionnement des services. Lorsque cette obligation n'est pas respectée, l'expulsion du visiteur et l'interdiction de visite peuvent être décidées par le directeur. / () / Les malades peuvent demander aux cadres infirmiers du service de ne pas permettre aux personnes qu'ils désignent d'avoir accès à eux ". Aux termes de l'article 38 du règlement intérieur du GHU Paris psychiatrie et neurosciences : " Le droit aux visites fait l'objet de dispositions arrêtées par le Directeur sur avis des responsables des structures concernées. () / Le droit aux visites peut être restreint / - pour des motifs liés à l'état des patients. Ces restrictions, par lesquelles les visites sont susceptibles d'être interdites ou limitées en nombre et en durée, peuvent notamment concerner l'accès aux services hospitaliers de visiteurs mineurs âgés de moins de 15 ans et l'accès des visiteurs à des patients hospitalisés dans certaines unités médicales ; ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. /2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 1110-4 du code la santé publique : " Toute personne prise en charge par un professionnel de santé, un établissement ou service, un professionnel ou organisme concourant à la prévention ou aux soins dont les conditions d'exercice ou les activités sont régies par le présent code, le service de santé des armées, un professionnel du secteur médico-social ou social ou un établissement ou service social et médico-social mentionné au I de l'article L. 312-1 du code de l'action sociale et des familles a droit au respect de sa vie privée et du secret des informations la concernant. ". Aux termes du point 9 la charte des personnes hospitalisées : " () La personne hospitalisée peut recevoir dans sa chambre les visites de son choix en respectant l'intimité et le repos des autres personnes hospitalisées. "
4. Il ressort des pièces du dossier que la direction du GHU Paris psychiatrie et neurosciences a décidé, dans le contexte de l'épidémie de la covid-19, de restreindre temporairement les visites aux patients en raison de la détection d'un cluster dans le service accueillant Mme B et afin d'endiguer la propagation du virus et protéger les patients ainsi que le personnel soignant. Les requérants n'apportent aucun élément permettant de contester la réalité de ce cluster. En outre, cette interdiction n'était ni générale ni absolue, ni permanente dès lors que les requérants, à la suite de leur demande formulée par courrier électronique le 14 mai 2022, près d'un mois après le début de l'hospitalisation de leur mère, se sont vu proposer, par un courrier électronique du 17 mai 2020 qu'ils produisent, une visite dès que l'état de santé de leur mère le permettrait, celle-ci étant à cette date accueillie par le service des urgences de l'hôpital Saint-Joseph à la suite d'une chute. Une visite a été initialement programmée le 21 mai 2021, date dont il ressort des courriers électroniques produits par les requérants qu'ils l'ont eux-mêmes refusée en raison de contraintes liées à leur activité professionnelle. Il ressort enfin du dossier médical de Mme B, produit par l'administration, que cette visite a effectivement eu lieu le 25 mai 2022, avant la date d'introduction de la requête, ce qui n'est pas contesté par les requérants. Dans ces conditions, les requérants, qui se bornent à faire valoir qu'ils étaient vaccinés et que la situation épidémique aurait été en voie d'amélioration, ne sont pas fondés à soutenir que la décision attaquée aurait porté atteinte à leur droit à la vie privée une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise ou aurait méconnu les dispositions précitées. Au surplus, les dispositions de la charte de la personne hospitalisée ne sont pas invocables en tant de telles à l'appui d'un recours en excès de pouvoir contre une décision administrative.
5. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision par laquelle le GHU Paris psychiatrie et neurosciences a temporairement restreint les visites aux patients.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
6. Les requérants n'invoquent aucune faute distincte de l'illégalité de la décision restreignant les visites aux patients. Par suite, ils ne sont pas fondés à soutenir que l'administration aurait commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et d'indemnisation présentées par MM. C doivent être rejetées.
Sur les frais de justice :
8. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge du GHU Paris psychiatrie et neurosciences, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par les requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas davantage lieu de mettre à la charge des requérants la somme demandée par le GHU Paris psychiatrie et neurosciences au titre du même article.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de MM. C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le GHU Paris psychiatrie et neurosciences au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à M. E C et au Groupe hospitalier universitaire Paris psychiatrie et neurosciences.
Délibéré après l'audience du 9 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Marino, président,
M. Thulard , premier conseiller,
M. Lautard-Mattioli, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 janvier 2023.
Le rapporteur,
B. F
Le président,
Y. Marino Le greffier,
A. Lemieux
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/6-1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026