mercredi 25 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2111465 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | ATGER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 31 mai 2021 et le 8 décembre 2022, ce dernier mémoire n'étant pas communiqué, Mme B E C, représentée par
Me Atger, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 13 avril 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a suspendu ses conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'OFII, à titre principal, de rétablir rétroactivement ses conditions matérielles d'accueil dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre à l'OFII, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, ou à défaut d'admission à l'aide juridictionnelle, à verser à elle-même.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'un vice de procédure tiré de l'absence d'entretien d'évaluation de sa vulnérabilité d'une part, et de la méconnaissance du principe du contradictoire d'autre part, dès lors qu'elle n'a pas été mise à même de faire valoir ses observations préalablement à l'adoption de la décision ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 744-7 et R. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une violation des stipulations de l'article 20 de la directive 2013/33/UE ;
- elle est entachée d'erreur de fait et d'erreur de droit, dès lors qu'elle n'a méconnu aucune obligation à l'égard des autorités chargées de l'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 décembre 2022, le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 21 octobre 2021, Mme E C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique:
- le rapport de Mme D, présidente- rapporteure ;
- et les conclusions de Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B E C, ressortissante somalienne née le 1er janvier 1974, a présenté une demande d'asile le 26 août 2020, demande enregistrée en procédure Dublin.
Le 27 août 2020, elle a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'OFII. Le
8 octobre 2020, Mme E C a fait l'objet d'un arrêté de transfert vers la Suède, dont elle a sollicité l'annulation devant le présent tribunal, qui a rejeté sa requête par jugement du10 novembre 2020. Par décision du 13 avril 2021, l'OFII a suspendu les conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait Mme E C, au motif que cette dernière s'était abstenue de se présenter aux autorités chargées de l'asile. Elle avait alors sollicité la suspension de l'exécution de cette décision, demande rejetée par ordonnance du juge des référés du
23 juin 2021. Par la présente requête, Mme E C sollicite l'annulation de la décision du 13 avril 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines () ".
3. Il résulte de ces dispositions que tout demandeur d'asile doit bénéficier d'un entretien personnel, destiné à évaluer sa vulnérabilité, lors de la présentation de sa première demande d'asile. En revanche, elles n'imposent pas la tenue d'un nouvel entretien préalablement à une décision de suspension des conditions matérielles d'accueil. Il ressort des pièces du dossier que Mme E C a bénéficié d'un entretien afin de procéder à l'évaluation de sa vulnérabilité le 27 août 2020 lors de l'enregistrement de sa première demande d'asile au guichet unique. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'absence d'entretien d'évaluation de sa vulnérabilité doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du 1° de l'article L. 744-8 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature. ". Si la requérante soutient qu'elle n'a pas disposé d'un délai de 15 jours pour formuler ses observations, au motif qu'elle n'aurait reçu que le 30 mars 2021, le courrier du 23 mars 2021 par lequel l'OFII l'informait de son intention de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil dont elle bénéficiait, il ressort des pièces du dossier qu'elle a pu formuler ses observations le 12 avril 2021 soit antérieurement à la décision prise par l'OFII le 13 avril 2021. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile par l'autorité administrative compétente, en application du présent chapitre. Les conditions matérielles d'accueil comprennent les prestations et l'allocation prévues au présent chapitre. ". Aux termes de l'article L. 744-7 du même code : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : / () 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. / Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le fait de refuser ou de quitter le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation mentionnés au 1° du présent article ainsi que le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile prévues au 2° entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. () ".
6. Dans sa décision du 31 juillet 2019, association La CIMADE et autres, n°428530 et n°428564, le Conseil d'État a jugé que dans l'attente de la modification des articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, jugée partiellement incompatible avec la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, il reste possible à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil d'un demandeur d'asile, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, au demandeur qui a refusé le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation. Il lui est également possible, dans les mêmes conditions et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes.
7. Si Mme E C soutient que l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lequel la décision litigieuse se fonde ne prévoyait pas d'hypothèse de suspension des conditions matérielles d'accueil, mais uniquement de retrait et de refus, il résulte de ce qui a été dit au point 6 que l'administration peut suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsque le demandeur n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que
Mme E C, a été informée dans une langue qu'elle comprend de ce que son refus de consentir à un test PCR obligatoire dans le cadre de son éloignement pourrait être analysé comme une obstruction au dit éloignement. Ayant refusé à trois reprises de se soumettre à ce test PCR, sans faire état de raison médicale particulière justifiant une absence de consentement, elle a alors été placée en fuite le 16 mars 2021. Par suite, en suspendant les conditions matérielles d'accueil de Mme E C au motif que cette dernière ne respectait pas les exigences des autorités chargées de l'asile, l'OFII n'a ni méconnu les stipulations de l'article 20 de la directive du 26 juin 2013, ni les dispositions des articles L. 744-7 et L. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni commis d'erreur de fait.
8.Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 13 avril 2021 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction, et celles tendant à l'application combinée de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E C, à Me Atger et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 11 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Vidal, présidente,
M. Baudat, conseiller,
M. Khansari, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2023.
La présidente,
S. D
L'assesseur le plus ancien,
J-B. BAUDAT
La greffière,
S. COULANT
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision./1-1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026