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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2111524

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2111524

mardi 13 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2111524
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2e Section - 1re Chambre
Avocat requérantBIDAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 mai 2021, la société Institut anti-âge, représentée par Me Bidault, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 22 décembre 2020, 18 janvier 2021, 30 mars 2021 et 16 mai 2021 par lesquelles le directeur général des finances publiques a rejeté ses demandes d'aide au titre du premier volet du fonds de solidarité institué pour aider les entreprises particulièrement touchées par les conséquences de l'épidémie de Covid-19, pour les mois de septembre, novembre et décembre 2020 et les mois de février et avril 2021.

2°) d'enjoindre à l'administration de réexaminer sa demande afin que les aides sollicitées lui soient accordées, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement et ce, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'article L.212-1 du code des relations entre le public et l'administration est méconnu, les décisions attaquées n'étant pas signées ; concernant les mois de décembre 2020, février 2021 et avril 2021, elles ne mentionnent ni les noms, ni les prénoms, ni les qualités de leur auteur ;

- l'administration ne justifie pas de la compétence de l'auteur des décisions concernant les mois de septembre et novembre 2020 ;

- les décision attaquées ne sont pas motivées ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors que la société remplissait toutes les conditions pour pouvoir bénéficier des aides au titre du fonds de solidarité ; en particulier, elle exerce une activité éligible de commerce de gros, a fait l'objet d'une interdiction d'accueil du public et a subi une perte de son chiffre d'affaires.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juillet 2021, le directeur régional des finances publiques d'Ile de France et de Paris conclut au rejet de la requête pour les mois de septembre, novembre et décembre 2020 et au prononcé d'un non-lieu à statuer au titre des mois de février et avril 2021.

Il soutient que, pour les mois de septembre, novembre et décembre 2020, les conclusions sont tardives et donc irrecevables.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;

- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020, modifié ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Evgénas,

- les conclusions de M. Mazeau, rapporteur public,

- et les observations de Me Gaury, représentant la société Institut anti-âge.

Considérant ce qui suit :

1. La société Institut anti-âge demande au tribunal d'annuler les décisions du 22 décembre 2020, 18 janvier 2021, 30 mars 2021 et 16 mai 2021 par lesquelles le directeur général des finances publiques a rejeté ses demandes d'aide au titre du premier volet du fonds de solidarité institué pour aider les entreprises particulièrement touchées par les conséquences de l'épidémie de covid-19, pour les mois de septembre, novembre et décembre 2020 et les mois de février et avril 2021.

Sur la fin de non-recevoir invoquée en défense :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

3. Si l'administration invoque la tardiveté de la requête s'agissant des décisions du 22 décembre 2020 et du 18 janvier 2021, complétées par celles du 26 janvier 2021, elle ne justifie pas que ces décisions, qui se bornent à indiquer qu'un délai de 15 jours est laissé pour présenter des observations à l'administration, comportaient l'indication des voies et délais de recours ouverts contre ces décisions. La fin de non-recevoir invoquée en défense doit donc être rejetée.

Sur l'exception de non-lieu à statuer sur la requête invoquée par l'administration pour les mois de février et avril 2021 :

4. Si, dans son mémoire en défense, l'administration invite la société Institut anti-âge à formuler une nouvelle demande d'aide auprès de ses services pour les mois de février et avril 2021, cette circonstance qui ne donne pas satisfaction à la société qui demande l'annulation des décisions lui refusant l'aide en cause ne prive pas d'objet le présent litige. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer opposée par le directeur régional des finances publiques d'Ile de France et du département de Paris doit être écartée.

Sur les conclusions de la société Institut anti-âge :

5. Aux termes de l'ordonnance du 25 mars 2020 portant création d'un fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation : " Il est institué, jusqu'au 16 février 2021, un fonds de solidarité ayant pour objet le versement d'aides financières aux personnes physiques et morales de droit privé exerçant une activité économique particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation du covid-19 et des mesures prises pour en limiter la propagation. / Sa durée d'intervention peut être prolongée par décret pour une durée d'au plus six mois. " Aux termes de l'article 3 de la même ordonnance : " Un décret fixe le champ d'application du dispositif, les conditions d'éligibilité et d'attribution des aides, leur montant ainsi que les conditions de fonctionnement et de gestion du fonds. / () ". Aux termes de l'article 5 du décret du 30 mars 2020 : " Le directeur général des finances publiques est chargé de la gestion du fonds. Il est chargé de l'ordonnancement des aides financières prévues par le présent décret () ". Aux termes de l'article 2 du décret du 16 juin 2009 relatif aux services déconcentrés de la direction générale des finances publiques : " les directions départementales des finances publiques assurent la mise en œuvre, dans le ressort territorial du département, sans préjudice des compétence dévolues à d'autres services déconcentrés et services à compétence nationale de la direction générale des finances publiques, des missions dévolues à cette direction générale en ce qui concerne notamment : / () / L'action économique et financière en direction des agents économiques. / () ".

S'agissant des décisions attaquées du 22 décembre 2020 portant sur les mois de septembre et novembre 2020 :

6. Il ressort des pièces du dossier que les décisions attaquées du 22 décembre 2020, portant sur les mois de septembre et novembre 2020 notifiées par l'intermédiaire d'un téléservice, ne sont pas signées mais indiquent qu'elles ont été prises par Mme B A, inspecteur des finances publiques. L'administration n'établissant pas que Mme B A était compétente, en vertu de son grade, de son échelon ou d'une délégation de signature pour prendre la décision attaquée, la société est fondée à soutenir que les décisions attaquées du 22 décembre 2020 ayant rejeté ses demandes d'aide présentées ont été prises par une autorité incompétente et à obtenir pour ce motif, leur annulation.

S'agissant des décisions attaquées des 18 janvier, 30 mars et 16 mai 2021 portant sur les mois de décembre 2020, février 2021 et avril 2021 :

7. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. " Aux termes de l'article L. 212-2 du même code : " Sont dispensés de la signature de leur auteur, dès lors qu'ils comportent ses prénom, nom et qualité ainsi que la mention du service auquel celui-ci appartient, les actes suivants : / 1° Les décisions administratives qui sont notifiées au public par l'intermédiaire d'un téléservice conforme à l'article L. 112-9 et aux articles 9 à 12 de l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives ainsi que les actes préparatoires à ces décisions ; / () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que les décisions attaquées des 18 janvier, 30 mars et 16 mai 2021 concernant respectivement les mois de décembre 2020, février 2021 et avril 2021, notifiées par l'intermédiaire d'un téléservice, ne sont pas signées et ne comportent pas la mention du prénom, du nom et de la qualité de leur auteur, mais uniquement la mention " direction générale des finances publiques ". L'absence d'une telle mention ne permet pas de s'assurer de la compétence de leur auteur. Dans ces conditions, la société requérante est fondée à soutenir que ces décisions ayant rejeté ses demandes d'aide présentées au titre des mois de décembre 2020, février 2021 et avril 2021 méconnaissent les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration.

9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés, que la société Institut anti-âge est fondée à demander l'annulation des décisions du 22 décembre 2020, 18 janvier 2021, 30 mars 2021 et 16 mai 2021 par lesquelles le directeur général des finances publiques a rejeté ses demandes d'aide exceptionnelle au titre du fonds de solidarité institué pour aider les entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie du covid-19, pour les mois de septembre, novembre et décembre 2020 et les mois de février et avril 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Compte tenu du motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre à l'administration de réexaminer les demandes de la société Institut anti-âge tendant à bénéficier de l'aide exceptionnelle pour les mois de septembre, novembre et décembre 2020 et les mois de février et avril 2021 au titre du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à la société requérante sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions attaquées du 22 décembre 2020, 18 janvier 2021, 30 mars 2021 et 16 mai 2021 par lesquelles le directeur général des finances publiques a rejeté les demandes d'aide exceptionnelle de la société Institut anti-âge au titre du fonds de solidarité institué pour aider les entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie du covid-19 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et du département de Paris de réexaminer les demandes de la société Institut anti-âge dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à la société Institut anti-âge une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de la société Institut anti-âge est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Institut anti-âge et au directeur régional des finances publiques d'Ile de France et de Paris, pôle juridictionnel administratif.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Evgénas, présidente,

Mme Laforêt, première conseillère,

M. Halard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.

La présidente,

J. EVGENAS

L'assesseure la plus ancienne,

L. LAFORET

La greffière,

M.-C. POCHOT

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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