jeudi 15 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2111651 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET NEKAA ALLARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er juin 2021, l'association Forum Réfugiés-Cosi, représentée par Me Bouvier, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 7 décembre 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a retiré la subvention accordée par convention conclue le 29 septembre 2014 et portant sur le projet intitulé " Centre de santé ESSOR à destination des publics en souffrance psychiques liées à l'exil et aux victimes de violences et de torture ", ainsi que la décision de rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réintégrer dans son calcul les dépenses éligibles illégalement écartées et de lui verser le solde de la subvention, soit 228 000 euros, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée de l'incompétence de son auteur ;
- elle est entachée d'un vice de procédure, en l'absence de respect du principe du contradictoire ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de l'éligibilité du public cible ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la réalité des dépenses résultant des biens immobiliers, des frais d'équipement, des frais de personnel et des frais de sous-traitance.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Par une ordonnance du 17 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 9 juin 2022.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n°514/2014 du Parlement européen et du Conseil du 16 avril 2014 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n°2015-44 du 21 janvier 2015 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de Mme Baratin, rapporteure publique,
- et les observations de Me Bouvier, représentant l'association Forum Réfugiés-Cosi.
Considérant ce qui suit :
1. Le ministre de l'intérieur a conclu, le 29 septembre 2014, avec l'association Forum Réfugiés-Cosi, une convention lui attribuant une subvention au titre du Fonds " Asile, migration et intégration " (FAMI) pour la réalisation de son projet intitulé " Centre de santé ESSOR à destination des publics en souffrance psychiques liées à l'exil et aux victimes de violences et de torture ". Cette convention a pris effet, de manière rétroactive, au 1er janvier 2014, fixait le coût total prévisionnel éligible du projet à 553 250 euros et un montant prévisionnel maximum de la subvention accordée à ce titre à 380 000 euros. L'association Forum Réfugiés-Cosi a reçu une avance de 152 000 euros au début du projet. A la suite du rapport de contrôle de service fait, établi le 30 novembre 2020 et notifié par courriel à l'association le 7 décembre 2020, le ministre de l'intérieur a retiré la totalité de la subvention et demandé de rembourser l'avance perçue. Le 3 février 2021, l'association a adressé à l'administration un recours gracieux, qui a donné lieu à une décision implicite de rejet. L'association Forum Réfugiés-Cosi demande l'annulation de la décision notifiée le 7 décembre 2020, ensemble la décision rejetant son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens de légalité externe :
2. En premier lieu, par courriel du 7 décembre 2020, l'administration a transmis le rapport de contrôle administratif et informé l'association Forum Réfugiés-Cosi du retrait de la subvention qui lui avait été accordée. Ce courriel doit donc être regardé comme la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a procédé au retrait de cette subvention et a demandé à l'association de rembourser l'avance qui avait été accordée. Ce courriel a été signé par M. A C, chargé de mission programmation-contrôle du bureau de la gestion mutualisée des fonds européens, dont il ressort des pièces du dossier qu'il ne bénéficiait pas de délégation de signature en ce qui concerne les actes relatifs aux demandes de " reversement en cas d'indu constaté à l'issue du contrôle administratif ". Par suite, il y a lieu d'accueillir le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée.
3. En deuxième lieu, le courriel du 7 décembre 2020, qui vise les stipulations de la convention en cause et transmet en pièce-jointe le rapport de contrôle du service fait, énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit donc être écarté.
4. En troisième lieu, la requérante soutient que la procédure a méconnu le respect du principe du contradictoire. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'association Forum Réfugiés-Cosi a été mise en mesure de présenter des observations écrites et orales auprès du ministère de l'intérieur, ce qu'elle admet, sans que la circonstance que l'administration n'aurait pas pris correctement en compte les éléments ainsi transmis n'ait d'incidence sur ce point. Ainsi, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens de légalité externe :
5. En premier lieu, la convention du 29 septembre 2014 entre le ministère de l'intérieur et l'association Forum Réfugiés-Cosi stipule, en son article 4.2, que " le bénéficiaire s'engage à mettre en place, dès le démarrage du projet, un suivi informatisé permettant de suivre et de justifier l'éligibilité des publics-cible et à transmettre à l'administration une liste exhaustive nominative ou, le cas échéant, anonymisée, des personnes prises en charge par le bénéficiaire () Dans le cas où il n'a pas directement adressé les éléments de preuve de l'éligibilité des publics-cible à l'administration, le bénéficiaire devra être en mesure de les produire lors des contrôles sur place ".
6. Il ressort des pièces du dossier que, alors que le guide porté à destination des bénéficiaires des subventions FAMI, prescrit de renseigner les dates d'entrée et de sortie du dispositif, l'association Forum Réfugiés-Cosi n'a pas été en mesure de renseigner la date d'introduction de la demande d'asile de près d'un tiers des publics-cible, soit 81 individus sur 224. Ainsi, l'association Forum réfugiés-Cosi a méconnu les stipulations de l'article 4.2 de la convention du 29 septembre 2024 et elle n'est donc pas fondée à soutenir que le ministère aurait commis une erreur d'appréciation en lui retirant le bénéfice de la subvention prévue. Le moyen ainsi invoqué doit donc être écarté.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 13 du décret du 21 janvier 2015 relatif aux règles nationales d'éligibilité des dépenses des programmes cofinancés par le Fonds " Asile, migration et intégration " (FAMI) et le Fonds pour la sécurité intérieure (FSI) pour la période 2014-2020 : " L'achat de biens immobiliers est éligible au cofinancement s'il est essentiel à la réalisation du projet, est manifestement lié à ses objectifs et répond aux conditions suivantes : - une attestation est obtenue auprès d'un expert immobilier indépendant ou d'un organisme officiel agréé confirmant que le prix d'achat n'est pas supérieur à la valeur marchande. Elle certifie que les biens immobiliers sont conformes à la loi ou précise les aspects qui ne sont pas conformes et dont la rectification est prévue par le bénéficiaire dans le cadre du projet ; - le propriétaire du bâtiment fournit une déclaration sur l'honneur, datée et signée, attestant que ce bien n'a pas déjà été financé par une aide européenne au cours des cinq dernières années précédant le démarrage du projet. () La location de biens immobiliers est éligible au cofinancement si elle a un lien direct avec les objectifs du projet concerné, dans le respect des conditions énoncées ci-dessous et sans préjudice de l'application de règles nationales plus strictes : - les biens immobiliers n'ont pas été achetés grâce à une subvention publique européenne ; - ils doivent être utilisés uniquement pour la réalisation du projet. Dans le cas contraire, seule la part des coûts correspondant à l'utilisation pour le projet est éligible ".
8. Si la requérante soutient que les frais immobiliers afférents au projet auraient dû bénéficier de la subvention octroyée en 2014, elle ne produit aucun document comptable, hormis un fichier Excel, permettant d'établir la réalité de ces frais. Ainsi, le moyen tiré de ce que le ministère de l'intérieur aurait commis une erreur dans l'appréciation de l'éligibilité de ces frais au subventionnement en cause doit être écarté.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article 12 du décret du 21 janvier 2015 : " Les dépenses liées à l'acquisition d'équipements ne sont éligibles que si elles sont essentielles à la réalisation du projet. Les équipements doivent avoir les propriétés techniques nécessaires au projet et être conformes aux normes applicables ".
10. Il ressort des pièces du dossier que le ministère de l'intérieur a estimé que les frais d'équipement devaient être partiellement soustraits du calcul du montant éligible à la subvention, à hauteur de 4 172,82 euros, aux motifs que certaines dépenses avaient été réalisées hors période d'éligibilité ou que leur réalité n'était pas établie. Or, la requérante ne produit aucune des factures mentionnées à cet égard par le rapport de contrôle du service fait. Par conséquent, elle n'est pas fondée à soutenir que le ministère de l'intérieur aurait commis une erreur dans l'appréciation de ces frais et le moyen ainsi invoqué doit être écarté.
11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 10 du décret du 21 janvier 2015 : " I. - Les frais de personnel payés et acquittés par le bénéficiaire, nécessaires à la réalisation du projet et comportant un lien démontré avec celle-ci, sont éligibles. Sont compris dans les frais de personnel les salaires, les gratifications ou indemnités (pour les stagiaires) et les charges liées (taxes, cotisations sociales patronales et salariales), les variations de provisions pour congés payés enregistrées dans les comptes annuels ainsi que les traitements accessoires et les avantages divers prévus par la loi, les conventions collectives, le contrat de travail ou, le cas échéant, la convention de stage. II. - Ces dépenses sont proportionnées au temps effectivement passé par le personnel du bénéficiaire à la réalisation du projet cofinancé ".
12. Il ressort des pièces du dossier que le contrôleur a relevé un écart de 7 464,30 euros entre les dépenses déclarées par l'association et les dépenses retenues, en raison d'erreurs de report de la part de l'association et de l'exclusion des indemnités compensatrices de congés payés pour les agents ayant quitté la structure, ce que la requérante ne conteste pas. Dès lors que les indications du rapport provisoire concernant la médecine du travail et le compte épargne temps, qui ne sont pas reprises dans le rapport définitif, constituent des précisions méthodologiques et non l'explication de l'écart constaté, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le ministère de l'intérieur aurait commis une erreur dans l'appréciation de ces faits et le moyen ainsi invoqué doit être écarté.
13. En cinquième lieu, aux termes de l'article 6 du décret du 21 janvier 2015 : " Les dépenses sont éligibles dans le respect des règles sectorielles européennes et nationales applicables, le cas échéant, aux projets et aux bénéficiaires concernés. Lorsque le bénéficiaire est soumis aux règles de la commande publique, le choix des prestataires est assuré conformément à la réglementation en vigueur assurant la liberté d'accès à la commande publique, l'égalité de traitement des candidats et la transparence des procédures. / Lorsque le bénéficiaire n'est pas soumis aux règles de la commande publique, il s'assure néanmoins de la mise en concurrence de toute prestation supérieure à 5 000 euros hors taxe. ".
14. Il résulte des dispositions précitées que toute prestation d'un montant supérieur à 5 000 euros hors taxe doit être soumise à une mise en concurrence. Au sens de ces dispositions, la prestation doit s'entendre de l'ensemble des prestations, quels que soient leur nombre ou le nombre d'opérateurs auquel il est fait appel, qui présentent des caractéristiques similaires et homogènes.
15. La requérante se prévaut de " l'impossibilité de mise en concurrence des prestations informatiques ", sans établir une telle impossibilité. Elle n'est donc pas fondée à soutenir que le ministère de l'intérieur aurait commis une erreur d'appréciation en soustrayant ces dépenses du montant éligible à la subvention.
16. En revanche, si le ministère fait valoir que la requérante n'a pas respecté son obligation de mise en concurrence en ce qui concerne les prestations d'art thérapie, il ressort au contraire des pièces du dossier que l'association Forum Réfugiés-Cosi a fait établir trois devis par des prestataires distincts et justifié de son choix dans une note d'analyse transmise au contrôleur du service fait, conformément aux prescriptions du guide des porteurs de projet FAMI. Ainsi, la requérante est fondée à soutenir qu'en soustrayant ces dépenses du montant éligible au subventionnement, le ministère de l'intérieur a commis une erreur d'appréciation.
17. Il résulte de ce qui a été dit au point 2 que la décision de retrait de la subvention accordée par le ministère de l'intérieur à l'association Forum Réfugiés-Cosi au titre de la convention FAMI A-14-61 doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
18. Le motif d'annulation retenu implique seulement que le ministère de l'intérieur et des outre-mer réexamine le calcul du solde à verser à l'association Forum Réfugiés-Cosi au regard de la convention citée au point 1. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
19. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à l'association Forum Réfugiés-Cosi au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 7 décembre 2020 par laquelle le ministère de l'intérieur a retiré la subvention accordée à l'association Forum Réfugiés-Cosi au titre de la convention FAMI A-14-61 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de réexaminer le calcul du solde à verser à l'association Forum Réfugiés-Cosi au regard de la convention FAMI A-14-61 dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à l'association Forum Réfugiés-Cosi une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association Forum Réfugiés-Cosi et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Rohmer, président,
Mme Berland, conseillère,
M. Perrot, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.
Le rapporteur,
V. B
Le président,
B. ROHMER La greffière,
I. SZYMANSKI
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026