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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2111654

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2111654

lundi 20 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2111654
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4e Section - 2e Chambre
Avocat requérantRYCKEWAERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er juin 2021, le syndicat des copropriétaires du 62, avenue des Gobelins - 2, rue Hovelacque, Mme J C, M. B F et M. G E, représentés par Me Ryckewaert, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2020 par lequel la maire de Paris a délivré un permis de construire à M. et Mme D pour l'extension et la surélévation à destination d'habitation avec modification d'aspect extérieur d'une construction en R+4 située 4, rue Abel Hovelacque dans le 13ème arrondissement de Paris ainsi que la décision du 2 avril 2021 portant rejet de leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la ville de Paris une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté litigieux a été signé par une autorité incompétente ;

- le dossier de permis de construire est insuffisant au regard des dispositions des articles R. 431-8 et R. 431-10 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article UG.7.1 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors qu'aucun élément du dossier ne permet de s'assurer que l'impact porté aux vues et à l'éclairement des avoisinants a été pris en compte, en particulier s'agissant de leur immeuble ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article UG.11.1.3 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que les photomontages ne permettent pas d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement architectural et que l'autorité compétente n'a pu user normalement de son pouvoir d'appréciation s'agissant de l'intégration du projet au tissu existant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2022, la ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués par les requérants ne sont pas fondés.

Par des mémoires, enregistrés les 30 septembre 2021, 15 mars et 27 avril 2022, M. et Mme D, représentés par Me Caillet, concluent au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de chacun des requérants la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la requête est irrecevable ; elle est tardive dès lors que le recours gracieux du syndicat des copropriétaires qui n'a pas été formé et signé par son syndic n'a pu proroger le délai de recours contentieux et que le recours gracieux de Mme C, M. F et M. E n'a pas été formé individuellement et personnellement par les intéressés mais par le conseil syndical de la copropriété au nom des copropriétaires de l'immeuble ; les requérants sont dépourvus d'intérêt à agir au regard de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ; le syndicat des copropriétaires ne justifie pas de l'habilitation donnée à son syndic pour ester en justice ;

- les moyens invoqués par les requérants ne sont pas fondés.

Un courrier a été adressé le 10 juin 2022 aux parties en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, les informant de la période à laquelle il est envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et précisant la date à partir de laquelle l'instruction pourra être close dans les conditions prévues par les derniers alinéas des articles R. 613-1 et R. 613-2 du code de justice administrative.

Par ordonnance du 19 août 2022, la clôture d'instruction a été fixée au même jour.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Alidière, rapporteure publique,

- et les observations de Me Caillet, représentant M. et Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme D ont déposé le 2 juin 2020 une demande de permis de construire pour l'extension et la surélévation à destination d'habitation avec modification de l'aspect extérieur d'une construction existante en R+4 située 4, rue Abel Hovelacque dans le 13ème arrondissement de Paris. Par un arrêté du 8 décembre 2020, la maire de Paris a accordé le permis de construire sollicité. M. E, M. F et Mme C, en tant que conseil syndical de copropriété de l'immeuble situé 62, avenue des Gobelins - 2, rue Abel Hovelacque, ont formé un recours gracieux le 2 février 2021 contre cet arrêté qui a été implicitement rejeté le 2 avril suivant. Par la présente requête, M. E, M. F et Mme C ainsi que le syndicat des copropriétaires de l'immeuble sis 62, avenue des Gobelins - 2, rue Abel Hovelacque à Paris (75013) demandent l'annulation de l'arrêté du 8 décembre 2020 ainsi que la décision implicite portant rejet de leur recours gracieux. Un permis modificatif, non contesté par les requérants, portant sur la modification de l'aspect extérieur de la construction, la modification impactant la végétalisation ou la performance énergétique, la modification du tableau des surfaces, la modification de la verrière et la suppression de l'édicule d'accès à la terrasse, la transformation partielle de la verrière en pergola et la création d'un escalier d'accès à la toiture-terrasse a été délivré le 3 mars 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 2 novembre 2020 publié au bulletin officiel municipal de la Ville de Paris du 10 novembre suivant, la maire de Paris a donné délégation à M. H, adjoint au chef du service du permis de construire et du paysage de la rue, à l'effet de signer les arrêtés de permis de construire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " " Le projet architectural comprend une notice précisant : () b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; ". Aux termes de l'article R. 431-10 de ce code : " Le projet architectural comprend également : () c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse. ".

4. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

5. D'une part, les requérants ne peuvent utilement invoquer la méconnaissance des dispositions du b) de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme qui ne s'appliquent qu'aux constructions nouvelles à l'exclusion des travaux réalisés sur des constructions existantes. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le dossier de permis de construire comporte plusieurs documents graphiques et photographiques conformément aux dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme. En tout état de cause, les requérants n'établissent pas que l'autorité compétente n'aurait pas été mise en mesure grâce à l'ensemble des documents figurant au dossier d'apprécier la conformité du projet à la réglementation applicable.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme : " " La demande de permis de construire comprend : a) Les informations mentionnées aux articles R. 431-5 à R. 431-12 ; b) Les pièces complémentaires mentionnées aux articles R. 431-13 à R. * 431-33-1 ; c) Les informations prévues aux articles R. 431-34 et R. 431-34-1. Pour l'application des articles R. 423-19 à R. 423-22, le dossier est réputé complet lorsqu'il comprend les informations mentionnées au a et au b ci-dessus. Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente. " En outre, aux termes de l'article UG.7.1 du règlement du plan local d'urbanisme : " Nonobstant les dispositions du présent article UG.7 et de l'article UG.10.3,

l'implantation d'une construction en limite séparative peut être refusée si elle a pour effet de

porter gravement atteinte aux conditions d'éclairement d'un immeuble voisin ou à l'aspect du

paysage urbain, et notamment à l'insertion de la construction dans le bâti environnant ". Au sens de ces dispositions, l'atteinte grave aux conditions d'éclairement suppose une obstruction significative de la lumière, qui ne saurait se réduire à une simple perte d'ensoleillement.

7. D'une part, la production d'une étude d'impact d'éclairement n'est pas prévue par les dispositions du code de l'urbanisme fixant de manière limitative les pièces que comprend le dossier de demande de permis de construire et ne pouvait donc être exigée par l'autorité compétente en application des dispositions précitées de l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme. D'autre part, les requérants n'établissent pas que le projet porterait une atteinte grave aux conditions d'éclairement de l'immeuble des requérants. Ce moyen, pris dans ses deux branches, doit donc être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article UG.11.1.3 du règlement du plan local d'urbanisme : " Les constructions nouvelles doivent s'intégrer au tissu existant, en prenant en compte les particularités morphologiques et typologiques des quartiers (rythmes verticaux, largeurs des parcelles en façade sur voies, reliefs) ainsi que celles des façades existantes

(rythmes, échelles, ornementations, matériaux, couleurs) et des couvertures (toitures,

terrasses, retraits). ".

9. Ces dispositions ne s'appliquent pas aux travaux réalisés sur les constructions existantes. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que la construction existante ne s'intègrerait pas au tissu existant. Ce moyen doit donc être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées pour le syndicat des copropriétaires du 62, avenue des Gobelins - 2 rue Abel Hovelacque et autres doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

12. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la ville de Paris et de M. et Mme D, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. E, M. F et Mme C ainsi que du syndicat des copropriétaires du 62, avenue des Gobelins - 2 rue Abel Hovelacque la somme globale de 1 600 euros à verser à M. et Mme D au titre des frais de justice.

D E C I D E :

Article 1er : La requête du syndicat des copropriétaires de l'immeuble sis 62, avenue des Gobelins - 2, rue Abel Hovelacque à Paris et autres est rejetée.

Article 2 : M. E, M. F et Mme C et le syndicat des copropriétaires de l'immeuble sis 62, avenue des Gobelins - 2, rue Abel Hovelacque verseront à M. et Mme D la somme globale de 1 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au syndicat des copropriétaires du 62, avenue des Gobelins - 2, rue Abel Hovelacque, à Mme J C, à M. B F, à M. G E, à M. et Mme B et I D et à la ville de Paris.

Délibéré après l'audience du 6 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Le Roux, présidente,

Mme Madé, première conseillère,

Mme Berland, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2023.

La rapporteure,

C. A

La présidente,

M-O. LE ROUX La greffière,

I. SZYMANSKI

La République mande et ordonne au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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