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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2111694

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2111694

jeudi 27 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2111694
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET CASSEL (SELAFA)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er juin 2021, M. B D, représenté par Me Cassel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 15 décembre 2020 d'intégration directe dans le corps des ingénieurs de recherche du ministère chargé de l'enseignement supérieur et de la recherche en tant qu'il été classé au grade de 1ère classe.

2°) d'enjoindre au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche de procéder au réexamen de sa situation et de le réintégrer dans le grade des ingénieurs de recherche hors classe ou dans un grade équivalent d'un autre corps, de procéder à son avancement dans le dernier échelon du grade des ingénieurs de recherche de 1ère classe, dans un délai de trente jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des frais de justice.

Il soutient que :

- le signataire de l'arrêté était incompétent ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 septembre 2022, le ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens invoqués par M. D ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 5 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au

22 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 85-986 du 16 septembre 1985 ;

- le décret n° 85-1534 du 31 décembre 1985 ;

- le décret n°2002-1569 du 24 décembre 2002 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rebellato, rapporteur,

- et les conclusions de Mme Nikolic, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D a été titularisé, par arrêté du 23 octobre 2003, dans le corps des inspecteurs des affaires sanitaires et sociales. Le 1er janvier 2014, il a été nommé au grade d'inspecteur principal dans ce même corps à la suite de sa réussite à l'examen professionnel d'accès à ce grade puis inspecteur hors classe de l'action sanitaire et sociale depuis le

1er janvier 2017. Le 18 novembre 2020, il a fait part de son souhait d'intégrer directement le corps des ingénieurs de recherche du ministère chargé de l'enseignement supérieur et de la recherche. Par un arrêté du ministère chargé de l'enseignement supérieur et de la recherche en date 15 décembre 2020, il a été intégré dans le corps des ingénieurs de recherche du ministère chargé de l'enseignement supérieur et de la recherche au grade de 1ère classe. Par la présente requête, M. D demande au tribunal d'annuler cet arrêté en tant qu'il a été classé au grade de 1ère classe.

2. En premier lieu, l'arrêté du 15 décembre 2020 a été signé par M. C A, administrateur civil, chef du bureau des personnels ingénieurs, techniques, administratifs, de recherche et de formation, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature consentie par décision du 29 octobre 2019, régulièrement publiée au Journal officiel de la République française du 7 novembre 2019. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. Aux termes de l'article 39-1 du décret du 16 septembre 1985 : " L'intégration directe est prononcée par décision de l'autorité ayant pouvoir de nomination dans le corps auquel accède le fonctionnaire, après accord de l'administration d'origine et du fonctionnaire. " Aux termes de l'article 39-2 du même décret : " L'intégration directe du fonctionnaire est prononcée dans les conditions de classement prévues aux articles 26-1 et 26-4 du présent décret. " Selon l'article 26-1 : " Lorsque le détachement est prononcé dans un corps de fonctionnaires de l'Etat, il est prononcé à équivalence de grade et à l'échelon comportant un indice égal ou, à défaut, immédiatement supérieur à celui dont l'intéressé bénéficie dans son grade d'origine. Lorsque le corps de détachement ne dispose pas d'un grade équivalent à celui détenu dans le corps ou cadre d'emplois d'origine, il est classé dans le grade dont l'indice sommital est le plus proche de l'indice sommital du grade d'origine et à l'échelon comportant un indice égal ou, à défaut, immédiatement supérieur à celui qu'il détenait dans son grade d'origine. () "

4. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions combinées que l'intégration directe d'un fonctionnaire dans un cadre d'emploi de la fonction publique, distinct de celui de son cadre d'origine, doit s'accomplir à un grade équivalent à son grade antérieur et, en l'absence de grade équivalent, ce fonctionnaire doit être classé dans le grade dont l'indice maximal est le plus proche de son grade d'origine. Dans son nouveau grade, le fonctionnaire est classé à l'échelon comportant un indice égal ou à défaut immédiatement supérieur à celui qu'il détenait précédemment

5. Pour apprécier si le grade détenu par l'intéressé dans son corps d'origine et celui dans lequel il a été classé lors de son détachement dans un autre corps sont équivalents au sens et pour l'application des dispositions du décret du 16 septembre 1985 citées au point précédent, il y a lieu de prendre en compte non seulement l'indice terminal des deux grades, mais aussi notamment, la place des grades dans les deux corps et leur échelonnement indiciaire. Ni la circonstance que le grade dans lequel a été prononcé le détachement d'un fonctionnaire comporte un indice terminal inférieur à celui du grade détenu par l'intéressé dans son corps d'origine, ni celle que la structuration par grades du corps d'accueil du fonctionnaire détaché soit différente de celle de son corps d'origine ne font obstacle, par elles-mêmes, à ce que les deux grades soient regardés comme équivalents.

6. Aux termes de l'article 8 du décret n° 85-1534 du 31 décembre 1985 : " Les ingénieurs et les personnels techniques de recherche et de formation du ministère chargé de l'enseignement supérieur sont répartis en cinq corps : le corps des ingénieurs de recherche, le corps des ingénieurs d'études, le corps des assistants ingénieurs, le corps des techniciens de recherche et de formation et le corps des adjoints techniques de recherche et de formation. " Aux termes de l'article 10 du décret n°85-1534 du 31 décembre 1985 fixant les dispositions statutaires applicables aux ingénieurs et aux personnels techniques et administratifs de recherche et de formation du ministère chargé de l'enseignement supérieur : " Le corps des ingénieurs de recherche est classé dans la catégorie A prévue à l'article 13 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée. Il comporte trois grades : le grade d'ingénieur de recherche de 2e classe comprenant onze échelons ; le grade d'ingénieur de recherche de 1re classe comprenant cinq échelons ; le grade d'ingénieur de recherche hors classe comprenant quatre échelons et un échelon spécial. "

7. L'article 2 du décret n°2002-1569 du 24 décembre 2002 portant statut particulier du corps de l'inspection de l'action sanitaire et sociale dispose que : " Le corps de l'inspection de l'action sanitaire et sociale comprend trois grades : 1° Le grade d'inspecteur qui comporte onze échelons et un échelon d'inspecteur-élève ; 2° Le grade d'inspecteur hors classe qui comporte dix échelons ; 3° Le grade d'inspecteur de classe exceptionnelle qui comporte cinq échelons et un échelon spécial. "

8. M. D fait valoir qu'il aurait dû être reclassé au grade hors classe du corps des ingénieurs de recherche ou, à titre subsidiaire dans le dernier échelon du grade d'ingénieur de recherche de 1ère classe. Toutefois, les circonstances invoquées sommairement par le requérant, qui ne sont d'ailleurs pas établies, selon lesquelles il " n'a pas vu ses attributions et responsabilités diminuer ", que les perspectives de carrière étaient plus avantageuses dans son corps d'origine et que ses compétences et ses missions justifient qu'il soit reclassé au grade d'ingénieur de recherche hors classe ou à tout le moins au dernier échelon du grade d'ingénieur de recherche ne sont pas de nature à entacher l'arrêté attaqué d'une erreur de droit ou d'une erreur d'appréciation. De même, la circonstance que l'indice brut terminal du grade des ingénieurs de recherche hors classe est équivalent à celui du grade des inspecteurs de l'action sanitaire et sociale hors classe n'est pas de nature à elle seule, à entacher l'arrêté d'illégalité. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que le ministre aurait commis une erreur de droit ou une erreur d'appréciation, au regard des dispositions du décret du 16 septembre 1985, en classant M. D à l'échelon immédiatement supérieur, soit à l'échelon 3 doté de l'indice brut 930.

9. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 15 décembre 2020 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Riou, présidente,

M. Rebellato, premier conseiller,

M. Hélard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 27 avril 2023.

Le rapporteur,

J. REBELLATO

La présidente,

C. RIOU

La greffière,

S. PORRINAS

La République mande et ordonne au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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