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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2112126

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2112126

vendredi 27 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2112126
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 4e Chambre
Avocat requérantGOEAU-BRISSONNIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 juin 2021, M. A B, représenté par Me Goeau-Brissoniere, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 9 avril 2021 par laquelle l'office français de l'immigration et de l'intégration (l'OFII) lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de le rétablir dans son droit aux conditions matérielles d'accueil, notamment à l'allocation pour demandeur d'asile, à compter du jugement à intervenir dans un délai de sept jours, sous une astreinte de 20 euros par jours de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait tirée de ce que l'OFII a suspendu le bénéfices des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'a pas fourni les documents demandés sans justifier de la nature de ces documents et du défaut de transmission de certains d'entre eux.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 décembre 2022, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une décision du 14 décembre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a rejeté la demande d'aide juridictionnelle de M. B .

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Blusseau, conseiller ;

- et les conclusions de M. Degand, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tchadien né le 17 octobre 1994, a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée le 8 mars 2021 et a accepté le même jour les conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 9 avril 2021, l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. M. B demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. La demande d'aide juridictionnelle de M. B ayant été rejetée en cours d'instance par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 14 décembre 2022, sa demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire est devenue sans objet en cours d'instance. Dès lors, il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Les Etats membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur : / a) abandonne le lieu de résidence fixé par l'autorité compétente sans en avoir informé ladite autorité ou, si une autorisation est nécessaire à cet effet, sans l'avoir obtenue ; / ou b) ne respecte pas l'obligation de se présenter aux autorités, ne répond pas aux demandes d'information ou ne se rend pas aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile dans un délai raisonnable fixé par le droit national ; /ou c) a introduit une demande ultérieure telle que définie à l'article 2, point q), de la directive 2013/32/UE. En ce qui concerne les cas visés aux points a) et b), lorsque le demandeur est retrouvé ou se présente volontairement aux autorités compétentes, une décision dûment motivée, fondée sur les raisons de sa disparition, est prise quant au rétablissement du bénéfice de certaines ou de l'ensemble des conditions matérielles d'accueil retirées ou réduites (). / 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les Etats membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs. /6. Les Etats membres veillent à ce que les conditions matérielles d'accueil ne soient pas retirées ou réduites avant qu'une décision soit prise conformément au paragraphe 5 ".

4. Dans sa décision du 31 juillet 2019, association La CIMADE et autres, n° 428530, 428564, le Conseil d'Etat a jugé que les termes précités de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ne s'opposent pas à ce que les demandeurs d'asile ne bénéficient des conditions matérielles d'accueil que sous réserve de respecter les exigences des autorités chargées de l'asile. Il a également jugé qu'en créant des cas de refus et de retrait de plein droit des conditions matérielles d'accueil sans appréciation des circonstances particulières et en excluant, en cas de retrait, toute possibilité de rétablissement de ces conditions, les articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction résultant de la loi du 10 septembre 2018, s'avèrent incompatibles avec les objectifs de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013. Compte tenu des motifs d'incompatibilité retenus dans cet arrêt, il reste notamment possible à l'OFII, comme l'a précisé le Conseil d'Etat dans sa décision du 24 février 2022 n°451437, de suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, au demandeur qui, après les avoir acceptées, n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes.

5. En l'espèce, pour suspendre les conditions matérielles d'accueil dont M. B bénéficiait, l'OFII s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'intéressé n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de fournir les documents demandés dans le cadre de l'instruction de sa demande. L'OFII précise dans son mémoire en défense que le dossier d'exemption d'orientation en région produit étant incomplet, faute pour l'intéressé d'avoir produit le dossier de location.

6. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a demandé à être exempté de l'orientation régionale qui lui a été proposée au motif qu'il est hébergé de manière stable chez une tierce personne en Ile-de-France et que, par un courrier du 9 mars 2021 remis en mains propres à l'intéressé le jour même et qu'il a signé, l'OFII lui a demandé, afin de mettre à jour son dossier administratif, de produire dans un délai de cinq jours notamment une copie du titre de propriété de son hébergeur ou son contrat de location. L'administration fait valoir sans être contestée par le requérant, qu'à la suite de cette demande, le dossier de location n'a pas été présenté par l'intéressé et elle produit le dossier d'exemption qu'il a fourni et qui ne comporte ni titre de propriété ni contrat de location. S'il ressort des pièces du dossier que M. B a produit dans le dossier d'exemption une attestation d'hébergement du bailleur et manifesté son désaccord à l'intention de suspension de l'OFII en lui indiquant qu'il lui a fait parvenir l'ensemble des pièces, ces circonstances ne sont pas de nature à le regarder comme ayant fourni les pièces demandées. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à ce qu'il soit admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII).

Délibéré après l'audience du 13 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Aubert, présidente,

M. Julinet, premier conseiller,

M. Blusseau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2023.

Le rapporteur,

A. BLUSSEAU

La présidente,

S. AUBERT

La greffière,

A. LOUART

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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