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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2112450

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2112450

jeudi 8 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2112450
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET ARENTS, TRENNEC (SCP)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 juin 2021 et 11 mars 2022, M. G C, représenté par Me Trennec, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande de mutation au titre du mouvement 2021 ;

2°) d'annuler les décisions de mutation de MM. Mathieu, D, E, B et F ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à sa mutation à La Réunion et de réaffecter les fonctionnaires dont la mutation est annulée dans leur administration d'origine, dans un délai de trois mois à compter du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus de sa mutation méconnaît l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 modifié par l'article 85 de la loi n°2017-526 du 28 février 2017 ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il bénéficiait de plus de points que ses collègues pour obtenir une mutation à La Réunion ;

- elle méconnaît le principe d'égalité de traitement des fonctionnaires d'un même corps ;

- les décisions de mutations de MM. Mathieu, D, E, B et F sont entachées d'incompétence en l'absence de signature ;

- elles sont entachées d'absence d'examen individuel ;

- elles méconnaissent l'article 85 de la loi n°2017-526 du 28 février 2017 ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juillet 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les conclusions de M. Abrahami, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. G C, gardien de la paix affecté à la direction centrale de la police aux frontières depuis le 1er septembre 2013, a sollicité le 8 décembre 2020 son affectation à La Réunion dans le cadre du mouvement outre-mer 2021. En l'absence de réponse du ministre de l'intérieur, une décision implicite de rejet de cette demande est née. M. C sollicite l'annulation de cette décision, ainsi que des arrêtés de mutation à La Réunion des gardiens de la paix D, E, B et F en date des 11 juin 2021, 16 juin 2021 et 30 juin 2021.

Sur la décision de refus de mutation de M. C :

2. Aux termes de l'article 60 de loi du 11 janvier 1984 : " () II. Dans toute la mesure compatible avec le bon fonctionnement du service, les affectations prononcées doivent tenir compte des demandes formulées par les intéressés et de leur situation de famille. Priorité est donnée aux fonctionnaires séparés de leur conjoint pour des raisons professionnelles, aux fonctionnaires séparés pour des raisons professionnelles du partenaire avec lequel ils sont liés par un pacte civil de solidarité (), aux fonctionnaires handicapés relevant de l'une des catégories mentionnées aux 1°, 2°, 3°, 4°, 9°, 10° et 11° de l'article L. 5212-13 du code du travail et aux fonctionnaires qui exercent leurs fonctions, pendant une durée et selon des modalités fixées par décret en Conseil d'Etat, dans un quartier urbain où se posent des problèmes sociaux et de sécurité particulièrement difficiles, ainsi qu'aux fonctionnaires qui justifient du centre de leurs intérêts matériels et moraux dans une des collectivités régies par les articles 73 et 74 de la Constitution ainsi qu'en Nouvelle-Calédonie. () ".

3. Pour apprécier la localisation du centre des intérêts matériels et moraux d'un fonctionnaire, il peut être tenu compte de son lieu de naissance, du lieu où se trouvent sa résidence et celle des membres de sa famille, du lieu où le fonctionnaire est, soit propriétaire ou locataire de biens fonciers, soit titulaire de comptes bancaires, de comptes d'épargne ou de comptes postaux, ainsi que d'autres éléments d'appréciation parmi lesquels le lieu du domicile avant l'entrée dans la fonction publique de l'agent, celui où il a réalisé sa scolarité ou ses études, la volonté manifestée par l'agent à l'occasion de ses demandes de mutation et de ses affectations ou la localisation du centre des intérêts moraux et matériels de son conjoint ou partenaire au sein d'un pacte civil de solidarité. Il incombe ainsi à l'administration d'apprécier la localisation du centre des intérêts matériels et moraux d'un fonctionnaire sur la base d'un faisceau d'indices. Les dispositions de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 ne subordonnent la légalité des mutations prononcées lors des mouvements de personnels, ni au respect d'un régime de priorité, ni à l'observation d'un barème de mutation, lequel, quand bien même il serait mentionné dans une instruction ministérielle, est purement indicatif.

4. Il ressort des pièces du dossier que MM. D et E, mutés à La Réunion, ont bénéficié de cette mutation au titre du rapprochement de conjoint, tandis que MM. B et F disposaient du centre de leurs intérêts matériels et moraux à La Réunion en raison de leurs attaches familiales. Par suite, contrairement à ce que soutient M. C, ils remplissaient les conditions fixées à l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984. La circonstance que MM. B et F aient été moins bien classés que M. C au barème de points est sans incidence sur la légalité de ces décisions de mutation. En outre, M. C ne démontrant pas qu'il se trouvait placé dans la même situation que celle des agents ayant obtenu leur mutation, il n'est pas fondé à soutenir que ce refus de mutation a méconnu le principe d'égalité de traitement entre fonctionnaires d'un même corps. Enfin, le service d'affectation de M. C avait émis un avis favorable à sa mutation " sous réserve de remplacement " dans son service d'origine. Par suite, au regard des motifs des décisions de mutation des collègues de M. C et de l'intérêt de son service d'origine, la décision de refus de mutation de M. C ne peut être regardée comme entachée d'erreur manifeste d'appréciation, d'erreur de droit ou de violation du principe d'égalité de traitement.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision de refus de mutation de M. C doivent être rejetées.

Sur les arrêtés de mutation de MM. D, E, B et F :

6. En premier lieu, les arrêtés de mutations de MM. Mathieu, D, E, B et F ont été signés par Mme Sylvie Hervé-Magne, conseillère d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature en date du 22 mai 2019 et régulièrement publiée au Journal officiel de la République française du 29 mai 2019. Par suite, le moyen tiré du défaut de signature et de l'incompétence de l'auteur des actes doit être écarté.

7. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment de la motivation des arrêtés litigieux, que le ministre de l'intérieur n'aurait pas procédé à l'examen individuel des situations de MM. D, E, B et F avant de prendre ses décisions. Le moyen tiré de l'absence d'examen individuel doit, par suite, être écarté.

8. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 5 que les arrêtés de mutations de MM. Mathieu, D, E, B et F ne sont pas entachés d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G C, au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à M. D, à M. E, à M. B et à M. F.

Délibéré après l'audience du 24 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Versol, présidente,

M. Pény, premier conseiller,

M. Doan, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2022.

Le rapporteur,

R. A

La présidente,

F. Versol La greffière,

A. Cardon

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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