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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2112520

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2112520

vendredi 30 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2112520
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3e Section - 2e Chambre
Avocat requérantSMATI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 10 juin 2021 et le 30 novembre 2022, M. B F B, représenté par Me Smati, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 juillet 2020 lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, ensemble la décision implicite par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté son recours gracieux contre cette décision ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil rétroactivement à compter du 29 juillet 2020 et ce dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de sept jours et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 800 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision du 29 juillet 2020 est entachée d'insuffisance de motivation ;

- l'Office français de l'immigration et de l'intégration a méconnu les dispositions des articles L. 744-8 et D. 744-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen tenant compte de sa vulnérabilité.

Par ordonnance du 28 novembre 2022, l'instruction a été rouverte.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 décembre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions dirigées contre le rejet implicite de son recours gracieux sont irrecevables ;

- il était en compétence liée pour refuser les conditions matérielles d'accueil dès lors que M. D B avait déposé sa demande d'asile plus de 90 jours après son arrivée en France ;

- en tout état de cause, les moyens ne sont pas fondés.

M. D B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Nguyen,

- les conclusions de Mme Privet, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant malien né en 1998, est arrivé en France le 15 septembre 2019 muni d'un visa long séjour portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 7 septembre 2020. Le 29 juillet 2020, il a déposé une demande d'asile. Par une décision du même jour, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par un courrier du 8 septembre 2020, reçu le 15 septembre par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, M. D B a formé un recours gracieux contre cette décision. Ce recours, dont l'administration n'a pas accusé réception en mentionnant les voies et délais de recours, a fait l'objet d'une décision implicite de rejet née le 15 novembre 2020. Par la présente requête, M. D B demande au tribunal d'annuler la décision du 29 juillet 2020, ensemble le rejet implicite de son recours gracieux.

Sur la fin de non-recevoir :

2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

3. En l'espèce, si M. D B demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a implicitement rejeté son recours gracieux, il a également sollicité expressément l'annulation de la décision initiale du 29 juillet 2020. Il suit de là que les conclusions à fin d'annulation sont recevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : () 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 () ". L'article D. 744-37 du même code dispose que : " Le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile peut être refusé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration : () 2° Si le demandeur, sans motif légitime, n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. D B est arrivé en France sous couvert d'un visa portant la mention " étudiant " pour y poursuivre ses études. M. D B, qui bénéficiait en vertu d'une décision du Haut-Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies d'une protection internationale en Mauritanie, indique qu'en raison de circonstances de fait nouvelles portées à sa connaissance au cours de l'été 2020, il a souhaité solliciter l'octroi d'une protection en France. Il fait valoir qu'il a eu connaissance de menaces nouvelles pesant sur lui en cas de retour au Mali ou en Mauritanie. La survenance de circonstances de fait nouvelles faisant craindre à l'intéressé des risques de persécution dans son pays d'origine et dans le pays où il bénéficiait d'une protection internationale constitue un motif légitime justifiant que M. C a déposé une demande d'asile en France plus de dix mois après son arrivée. Dans ces conditions, contrairement à ce qu'il soutient, l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'était pas, du seul fait du dépassement du délai de quatre-vingt-dix jours, en situation de compétence liée pour refuser d'octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Il suit de là que M. D B est fondé à soutenir que la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 29 juillet 2020 est entachée d'une erreur d'appréciation. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 29 juillet 2020, ensemble la décision de rejet implicite de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 551-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile désormais applicable : " Pour les personnes qui se sont vu reconnaître la qualité de réfugié prévue à l'article L. 511-1 ou accorder le bénéfice de la protection subsidiaire prévue à l'article L. 512-1, le bénéfice de l'allocation prend fin au terme du mois qui suit celui de la notification de la décision ".

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'accorder rétroactivement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. C à compter du 29 juillet 2020 et jusqu'au terme prévu en application des dispositions précitées de l'article L. 551-13 - soit en l'espèce jusqu'au 31 mars 2022 compte tenu de la notification, le 24 février 2022, de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 28 janvier 2022 lui accordant le statut de réfugié -, et ce dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. M. D B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, Me Smati, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Smati renonce à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 29 juillet 2020 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé d'accorder à M. D B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, ensemble le rejet implicite du recours gracieux, sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'accorder rétroactivement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. C à compter du 29 juillet 2020 et jusqu'au 31 mars 2022 compte tenu de la notification, le 24 février 2022, de la décision du 28 janvier 2022 lui accordant le statut de réfugié, et ce dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera une somme de 1 500 euros à Me Smati, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Smati renonce à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B E D B, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Smati.

Délibéré après l'audience du 15 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Amat, présidente,

Mme Armoët, première conseillère,

Mme Nguyen, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.

La rapporteure,

E. Nguyen

La présidente,

N. AMATLa greffière,

P. TARDY-PANIT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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