mercredi 17 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2112557 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | NOMBRET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 juin 2021 et le 11 avril 2023, M. B A, représenté par Me Nombret, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision née du silence gardé par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) sur sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de le rétablir dans son droit aux conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile à titre rétroactif dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
- le mémoire en défense, produit tardivement, doit être écarté du débat ;
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en ce qu'il n'a pas été procédé à un examen de sa vulnérabilité lors de l'enregistrement de sa demande d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 20 de la directive (UE) 2013/33 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 dès lors qu'il n'a pas été informé des motifs de cessation des conditions matérielles d'accueil et se trouve en situation de vulnérabilité ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation en raison de sa vulnérabilité.
La clôture de l'instruction est intervenue le 18 février 2022.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mars 2023, le directeur de l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens du requérant n'est fondé.
L'instruction a été rouverte le 29 mars 2023.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 octobre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive (UE) 2013/33 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rezard, rapporteur,
- et les conclusions de Mme Privet, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant afghan, né le 1er janvier 1982, a déposé une demande d'asile auprès de la préfecture de police et a accepté le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le 14 septembre 2020, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a cessé de le faire bénéficier des conditions matérielles d'accueil. M. A a sollicité leur rétablissement. Par décision née le 10 avril 2021 du silence gardé sur cette demande, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration l'a rejetée. M. A en demande l'annulation.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 octobre 2021. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur le mémoire en défense :
3. M. A soutient que le mémoire en défense présenté par l'OFII le 28 mars 2023, doit être écarté des débats dès lors qu'il a été produit postérieurement à la date initiale de clôture de l'instruction, le 18 février 2022. Toutefois, il demeure loisible au juge, dans l'intérêt d'une bonne administration de la justice, de tenir compte d'un mémoire présenté postérieurement à la clôture de l'instruction, même en l'absence de circonstances de droit ou de fait nouvelles ou de moyens qui doivent être relevés d'office, à la condition qu'il communique ce mémoire et laisse un délai suffisant aux parties. En l'espèce, le mémoire en défense de l'OFII a été communiqué à M. A et l'instruction rouverte le 29 mars 2023. M. A n'est donc pas fondé, en tout état de cause, à soutenir que les écritures en défense devraient être écartées des débats.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ". Le requérant n'allègue ni ne justifie avoir demandé communication des motifs de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables () ". Il ressort des pièces du dossier que M. A a fait l'objet d'un entretien de vulnérabilité, conformément aux dispositions précitées, le 5 août 2019. Le moyen tiré du vice de procédure doit donc, en tout état de cause, être écarté.
6. En troisième lieu, si le requérant soutient que la décision par laquelle le directeur général de l'OFII a suspendu les conditions matérielles d'accueil ne lui a pas été notifiée, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, qui se prononce sur une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Au demeurant, l'OFII justifie que l'accusé de réception du pli contenant la décision de suspension est revenu avec la mention " avisé et non réclamé ", de sorte qu'il est réputé avoir été régulièrement notifié à l'intéressé.
7. En quatrième lieu, par sa décision n° 428530, 428564 du 31 juillet 2019, le Conseil d'Etat, statuant au contentieux, a jugé que les dispositions des articles L. 744-7 et L.744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui créaient, dans leur rédaction issue de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, des cas de refus et de retrait de plein droit des conditions matérielles d'accueil sans appréciation des circonstances particulières et excluaient, en cas de retrait, toute possibilité de rétablissement de ces conditions, étaient incompatibles avec les objectifs de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale. Il a, par suite, annulé les dispositions réglementaires prises pour leur application. Ainsi, le Conseil d'Etat a, par la même décision, précisé que cette incompatibilité des dispositions des articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction issue de la loi du 10 septembre 2018, avec les objectifs de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013, implique notamment que les demandeurs d'asile ayant été privés du bénéfice des conditions matérielles d'accueil en vertu d'une décision, prise après le 1er janvier 2019, y mettant fin dans un cas mentionné à l'article L. 744-7 du code puissent demander le rétablissement de ce bénéfice. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de statuer sur une telle demande de rétablissement en appréciant la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.
8. D'une part, l'OFII fait valoir en défense que la décision implicite attaquée est fondée sur le motif tiré de ce que M. A, sans en justifier les raisons, s'est abstenu de fournir les informations utiles à l'instruction de sa demande d'asile. Il ressort des pièces du dossier que dans le cadre de l'examen de l'État responsable de sa demande d'asile, le ministre de l'intérieur italien a informé les autorités françaises du fait que l'intéressé faisait l'objet d'une protection internationale en Italie, ce dont il ne les avait pas averties. M. A ne fait état d'aucun élément justifiant l'absence de respect des obligations qui pesaient sur lui. D'autre part, si le requérant indique être sans domicile et faire l'objet d'un suivi médical en raison de son état cardiaque et produit un certificat médical du 4 février 2021 indiquant qu'il présente un état de vulnérabilité sur les plans social et psychologique, il ne produit aucune pièce suffisamment circonstanciée permettant de caractériser une situation de particulière vulnérabilité nécessitant le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le directeur général de l'OFII a commis une erreur d'appréciation en refusant de rétablir ses conditions matérielles d'accueil.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que de celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 27 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Amat, présidente,
M. Rezard, premier conseiller,
Mme Guglielmetti, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2023.
Le rapporteur,
A. Rezard
La présidente,
N. Amat
La greffière,
C. Yahiaoui
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026