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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2112590

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2112590

jeudi 26 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2112590
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET ARENTS, TRENNEC (SCP)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 9 juin 2021 et 15 juillet 2022,

Mme B A, représentée par Me Trennec, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté implicitement sa demande du 18 février 2021 tendant au versement depuis le mois de janvier 2021 de l'indemnité de résidence à l'étranger, de l'indemnité de changement de résidence et de la bonification de l'annuité de retraite ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser depuis le mois de janvier 2021, l'indemnité de résidence à l'étranger, l'indemnité de changement de résidence et la bonification de l'annuité de retraite, assortie des intérêts aux taux légal et de la capitalisation de ces intérêts ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des frais de justice.

Elle soutient que :

- elle aurait dû percevoir, depuis le 1er janvier 2021 l'indemnité de résidence à l'étranger conformément à l'article 5 du décret du 28 mars 1967 modifié, tout comme l'indemnité de changement de résidence prévue par le décret du 12 mars 1986 ;

- elle aurait dû bénéficier également du maintien de l'annuité de retraite ;

- les indemnités qu'elle perçoit de la part de Frontex n'ont pas pour objet ou pour effet de compenser les indemnités qu'elle demande.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 mai 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens de Mme A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 16 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au

13 août 2022.

Un mémoire a été enregistré le 3 janvier 2023 pour Mme A.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- la loi n° 57-444 du 8 avril 1957 ;

- le décret n° 67-290 du 28 mars 1967 ;

- le décret n° 85-986 du 16 septembre 1985 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rebellato, rapporteur,

- et les conclusions de Mme Nikolic, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, brigadier de la police nationale, a été, par un arrêté du

14 décembre 2020 mise à disposition de l'agence européenne Frontex en qualité d'agent du corps permanent de garde-frontière pour une durée de deux ans à compter du 1er janvier 2021. Par un courrier du 18 février 2021, notifié au ministre de l'intérieur le 22 février suivant, elle a sollicité le versement de l'indemnité de résidence à l'étranger, l'indemnité de changement de résidence à l'étranger ainsi que l'attribution de la bonification de l'annuité de retraite durant sa période de mise à disponibilité. Le silence gardé par le ministre de l'intérieur a fait naître une décision implicite de rejet. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision implicite et de condamner l'Etat à lui verser les indemnités précitées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. La décision implicite de rejet de la demande indemnitaire de Mme A en date du 18 février 2021 a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de cette demande qui, en formulant les conclusions susanalysées, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressée à percevoir les indemnités précitées pendant sa période de mise en disponibilité, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux, sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de la décision doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne l'indemnité de résidence à l'étranger et l'indemnité de changement de résidence :

3. Aux termes de l'article 41 de la loi du 11 janvier 1984 : " La mise à disposition est la situation du fonctionnaire qui demeure dans son corps d'origine, est réputé occuper son emploi, continue à percevoir la rémunération correspondante, mais qui exerce des fonctions hors du service où il a vocation à servir " ; qu'aux termes de l'article 7 du décret du 16 septembre 1985 : " II. - Sans préjudice d'un éventuel complément de rémunération dûment justifié, le fonctionnaire mis à disposition peut être indemnisé par le ou les organismes d'accueil des frais et sujétions auxquels il s'expose dans l'exercice de ses fonctions suivant les règles en vigueur dans ces organismes. () "

4. Aux termes de l'article 2 du décret du 28 mars 1967 fixant les modalités de calcul des émoluments des personnels de l'Etat et des établissements publics de l'Etat à caractère administratif en service à l'étranger. : " Les émoluments des personnels visés à l'article 1er [c'est-à-dire des personnels civils employés par l'Etat en service à l'étranger] comprennent limitativement, sous réserve des modalités d'attribution prévues par le présent décret, les éléments suivants : 1° Rémunération principale. Le traitement ; L'indemnité de résidence à l'étranger, qui tient lieu d'indemnité de résidence au sens de l'article 20 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 modifiée portant droits et obligations des fonctionnaires. () 3° Indemnités forfaitaires pour rembourser des frais éventuels ; D'établissement ; () De déplacement. () " Aux termes de l'article 5 du même décret : " L'attribution de l'indemnité de résidence à l'étranger est destinée à compenser forfaitairement les charges liées aux fonctions exercées, aux conditions d'exercice de ces fonctions et aux conditions locales d'existence. () "

5. Mme A soutient que l'administration aurait dû lui verser l'indemnité de résidence à l'étranger et l'indemnité de changement de résidence. Toutefois, il résulte de l'article 10 de la décision du conseil d'administration de l'agence Frontex, dans laquelle

Mme A a été mise à disposition, que les frais de transport, ainsi que tous les frais de voyage entre l'Etat membre d'origine et le lieu de déploiement et autres frais pertinents liés au déploiement, des agents sont pris en charge par cette agence. En outre, cette agence qui verse également, au début de chaque déploiement une indemnité de déplacements privés d'un montant de 900 euros. L'agence Frontex verse également une indemnité de séjour. Comme le soutient le ministre, les frais liés à son déménagement ainsi que l'indemnité de résidence sont ainsi pris en charge par l'agence Frontex. Par suite, et contrairement à ce que soutient

Mme A, les sommes qu'elle a perçues à ce titre ne peuvent se cumuler avec l'indemnité de résidence à l'étranger et l'indemnité de changement de résidence. La requérante, qui ne produit d'ailleurs pas ses bulletins de paye, n'allègue pas ne pas avoir perçu ces indemnités de la part de l'agence Frontex ni qu'elles seraient, le cas échéant, insuffisantes. Il en résulte que Mme A n'est pas fondée à soutenir que le ministre de l'intérieur aurait dû lui verser les indemnités litigieuses.

En ce qui concerne l'attribution de la bonification de l'annuité de retraite :

6. Aux termes de l'article 1er de la loi du 8 avril 1957 instituant un régime particulier de retraites en faveur des personnels actifs de police : " Les agents des services actifs de police de la préfecture de police, soumis à la loi n° 48-1504 du 28 septembre 1948 dont la limite d'âge était, au 1er décembre 1956, égale à cinquante-cinq ans, bénéficient, à compter du 1er janvier 1957, s'ils ont droit à une pension d'ancienneté ou à une pension proportionnelle pour invalidité ou par limite d'âge, d'une bonification pour la liquidation de ladite pension, égale à un cinquième du temps qu'ils ont effectivement passé en position d'activité dans des services actifs de police. Cette bonification ne pourra être supérieure à cinq annuités. / () " Le II de l'article 2 du même texte dispose : " Les agents visés au paragraphe I devront justifier, au 1er janvier de l'année considérée, de vingt-cinq années de services effectifs ouvrant droit aux bonifications précitées ou de services militaires obligatoires et se trouver à moins de cinq ans de la limite d'âge de leur grade " ;Aux termes de l'article 6 de cette même loi : " Les dispositions des articles 1er à 3 ci-dessus seront applicables, suivant les mêmes modalités et à l'exception des catégories équivalentes à celles qui, à la préfecture de police n'en sont pas bénéficiaires, aux personnels des services actifs de la sûreté nationale, soumis à la loi n° 48-1504 du 28 septembre 1948. () "

7. La loi susvisée du 8 avril 1957 a institué un régime particulier de retraite en faveur des personnels actifs de la police. En vertu de cette loi, lesdits personnels bénéficient notamment, pour la liquidation de leur pension d'ancienneté ou proportionnelle, d'une bonification d'une durée maximum de 5 ans égale à un cinquième du temps qu'ils ont effectivement passé en position d'activité dans des services actifs de police.

8. Il résulte des dispositions de la loi du 8 avril 1957 susvisée que pour pouvoir bénéficier des bonifications prévues par l'article 1er, les personnels de police doivent totaliser, en application de l'article 2, plus de vingt-cinq ans de services effectifs et être à moins de cinq ans de la limite d'âge de leur grade. Mme A se borne à soutenir sommairement que les fonctionnaires de police se voient attribuer une annuité de retraite tous les cinq ans de services effectifs et que sa mise à disposition en qualité de garde-frontière pour une durée de deux ans la fait servir dans un service actif de police. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A aurait totalisé plus de vingt-cinq ans de services effectifs ni qu'elle soit à moins de cinq ans de la limite d'âge de son grade. Il ne ressort pas plus des pièces du dossier qu'elle bénéficierait d'une pension d'ancienneté ou d'une pension proportionnelle pour invalidité ou par limite d'âge. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le ministre de l'intérieur aurait dû lui octroyer ladite bonification.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gros, président,

M. Rebellato, premier conseiller,

M. Hélard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 26 janvier 2023.

Le rapporteur,

J. REBELLATO

Le président,

L. GROS

La greffière,

S. PORRINAS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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