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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2112616

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2112616

jeudi 26 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2112616
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 2e Chambre
Avocat requérantSELARL CABANES AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 14 juin 2021, 15 avril 2022 et

16 juin 2022, M. A B, représenté par Me Defieux, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 avril 2021 par laquelle l'université Sorbonne Nouvelle l'a suspendu de fonctions à titre conservatoire à compter de la notification de ladite décision ;

2°) de mettre à a la charge de l'université Sorbonne Nouvelle une somme de

4 500 euros au titre des frais de justice.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- les griefs qui lui sont reprochés ne sont pas établis et ne présentent pas un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 18 mars et 19 mai 2022, l'université Sorbonne Nouvelle, représentée par Me Michelin, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 1 500 euros au titre des frais de justice.

Elle soutient que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 17 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au

12 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rebellato, rapporteur,

- les conclusions de Mme Nikolic, rapporteure publique,

- et les observations de Me Cochelard, représentant l'université Sorbonne Nouvelle.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, maître de conférence à l'UFR langues littératures, cultures et sociétés étrangères à l'université Sorbonne Nouvelle a été suspendu de ses fonctions par un arrêté du 20 avril 2021. Par la présente requête il demande l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa rédaction en vigueur à la date de l'arrêté attaqué : " En cas de faute grave commise par un fonctionnaire, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, l'auteur de cette faute peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline. / Le fonctionnaire suspendu conserve son traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement et les prestations familiales obligatoires () ".

3. Aux termes de l'article L. 951-4 du code de l'éducation : " Le ministre chargé de l'enseignement supérieur peut prononcer la suspension d'un membre du personnel de l'enseignement supérieur pour un temps qui n'excède pas un an, sans suspension de traitement ". La suspension d'un professeur des universités, sur la base de ces dispositions, est une mesure à caractère conservatoire, prise dans le souci de préserver l'intérêt du service public universitaire. Elle ne peut être prononcée que lorsque les faits imputés à l'intéressé présentent un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité et que la poursuite des activités de l'intéressé au sein de l'établissement présente des inconvénients suffisamment sérieux pour le service ou pour le déroulement des procédures en cours.

4. Eu égard à la nature de l'acte de suspension prévu par les dispositions de l'article L. 951-4 du code de l'éducation et à la nécessité d'apprécier, à la date à laquelle cet acte a été pris, la condition de légalité tenant au caractère vraisemblable de certains faits, il appartient au juge de l'excès de pouvoir de statuer au vu des informations dont disposait effectivement l'autorité administrative au jour de sa décision. Les éléments nouveaux qui seraient, le cas échéant, portés à la connaissance de l'administration postérieurement à sa décision, ne peuvent ainsi, alors même qu'ils seraient relatifs à la situation de fait prévalant à la date de l'acte litigieux, être utilement invoqués au soutien d'un recours en excès de pouvoir contre cet acte. L'administration est en revanche tenue d'abroger la décision en cause si de tels éléments font apparaître que la condition tenant à la vraisemblance des faits à l'origine de la mesure n'est plus satisfaite.

5. En premier lieu, une décision de suspension prononcée sur le fondement de l'article L. 951-4 du code de l'éducation est une mesure conservatoire prise dans le souci de préserver le bon fonctionnement du service public universitaire et ne constitue pas une sanction. Dès lors, une telle décision n'est pas au nombre des décisions qui doivent être motivées en application des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

6. En second lieu, la décision de suspension est fondée sur les motifs tirés de ce que M. B aurait utilisé la renommée de l'université pour promouvoir ses intérêts lucratifs personnels, fourvoyé les personnes pensant suivre une formation dispensée par un partenaire de l'université et observé un comportement inapproprié envers une étudiante. Il ressort des pièces du dossier que cette décision a été prise à la suite d'un signalement en date du

13 avril 2021 de la mère d'une étudiante. Cette dernière indique que sa fille, qui suivait les cours de M. B, a conclu une convention de formation, d'une durée de trois ans pour un montant de 300 euros par mois, avec la société Cavalgador, présidé par le requérant.

M. B aurait fait valoir auprès de cette étudiante, l'intérêt de suivre cette formation équestre pour bénéficier d'un soutien personnel sur les plans professionnels et universitaires. Cette convention ayant été rompue par le requérant au bout de six mois, la mère de la requérante, pensant, que l'université Sorbonne Nouvelle était partenaire de cette formation, a informé, par ce signalement, le président de l'université. Il est constant et ressort des pièces du dossier que le logo de l'université apparaissait sur la page d'accueil du site de formation ainsi que sur les attestations de déplacements Covid 19 délivrées par M. B, alors qu'aucun partenariat n'a été formé avec l'université. Il ressort également des pièces du dossier, que M. B a eu un comportement inapproprié envers cette étudiante dans ses échanges des 7 et 8 avril 2021. Par suite, et même si la matérialité de ces faits est contestée par M. Pereira, le président de l'université Sorbonne Nouvelle a pu, en l'état de ces éléments portés à sa connaissance, estimer que les faits imputés à M. B revêtaient un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité. Eu égard à ce caractère suffisant de vraisemblance, l'université Sorbonne Nouvelle n'a, pas par suite fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 951-4 du code de l'éducation en prenant le 20 avril 2020, la mesure attaquée.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, y compris les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. B une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par l'université Sorbonne Nouvelle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à l'université Sorbonne Nouvelle une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'université Sorbonne Nouvelle.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gros, président,

M. Rebellato, premier conseiller,

M. Hélard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 26 janvier 2023.

Le rapporteur,

J. REBELLATO

Le président,

L. GROS

La greffière,

S. PORRINAS

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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