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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2112654

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2112654

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2112654
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3e Section - 2e Chambre
Avocat requérantLOYER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 juin 2021, M. A F, représenté par Me Loyer, demande au tribunal :

1°) de lui octroyer le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de police a accordé le concours de la force publique pour qu'il soit procédé à son expulsion ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à M. F en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le courrier du 1er février 2021 a été signé par une autorité incompétente ;

- la décision est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière dans la mesure où, d'une part, il n'est pas établi que l'huissier aurait transmis au préfet le commandement de quitter les lieux et ou, d'autre part, il n'est pas établi que la commission spécialisée de Coordination des Actions de Prévention des Expulsions Locatives a été saisie pour avis par le préfet de police, ce qui l'a privé d'une garantie ;

- la décision d'octroi du concours de la force publique est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; à ce titre, la survenance de circonstances postérieures à la décision judiciaire aurait dû conduire le préfet à refuser le concours de la force publique.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 décembre 2021, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 11 janvier 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 4 février 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des procédures civiles d'expulsion ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Privet, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. F était locataire d'un appartement situé au n°8 passage de Crimée dans le 19e arrondissement de Paris. Par un jugement du 16 décembre 2019, le tribunal d'instance de Paris a prononcé son expulsion. Le 1er février 2021, le concours de la force publique a été octroyé à compter du 1er avril 2021. Par la présente requête, M. F demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Il ne résulte pas de l'instruction que M. F a déposé une demande d'aide juridictionnelle. Par ailleurs, le présent litige ne relève pas de ceux qui, en raison de l'urgence qui s'y attache, justifient que l'aide juridictionnelle provisoire soit accordée au requérant. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu d'accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire à M. F.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, la décision litigieuse a été signée par Mme C D, adjointe au chef de service du cabinet, qui, en vertu d'un arrêté n° 2020-01076 du 21 décembre 2020 régulièrement publié, disposait d'une délégation de signature pour signer au nom du préfet de police les autorisations de concours de la force publique en matière d'expulsions locatives. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 412-1 du code des procédures civiles d'expulsion : " Si l'expulsion porte sur un lieu habité par la personne expulsée ou par tout occupant de son chef, elle ne peut avoir lieu qu'à l'expiration d'un délai de deux mois qui suit le commandement, sans préjudice des dispositions des articles L. 412-3 à L. 412-7 () ". L'article L. 412-5 du même code dispose que : " Dès le commandement d'avoir à libérer les locaux, l'huissier de justice chargé de l'exécution de la mesure d'expulsion en saisit le représentant de l'Etat dans le département afin que celui-ci en informe la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives prévue à l'article 7-2 de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, et qu'il informe le ménage locataire de la possibilité de saisir la commission de médiation en vue d'une demande de relogement au titre du droit au logement opposable. A défaut de saisine du représentant de l'Etat dans le département par l'huissier, le délai avant l'expiration duquel l'expulsion ne peut avoir lieu est suspendu. / La saisine du représentant de l'Etat dans le département par l'huissier et l'information de la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives par le représentant de l'Etat dans le département s'effectuent par voie électronique par l'intermédiaire du système d'information prévu au dernier alinéa du même article 7-2 ".

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police a accusé réception, dès le 19 février 2020, de la copie du commandement de quitter les lieux qui lui a été transmise par l'huissier. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le délai de deux mois mentionné à l'article L. 412-1 précité aurait été suspendu. D'autre part, M. F ne peut utilement faire valoir que le préfet n'aurait pas informé la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives, cette circonstance étant sans incidence sur la légalité de la décision d'octroi du concours de la force publique. En tout état de cause, la commission a été informée, via la plate-forme EXPLOC, de la réception du commandement de quitter les lieux. Dans ces conditions, M. F n'est pas fondé à soutenir que la décision est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière.

6. En dernier lieu, en cas d'octroi de la force publique, il appartient au juge de rechercher si l'appréciation à laquelle s'est livrée l'administration sur la nature et l'ampleur des troubles à l'ordre public susceptibles d'être engendrés par sa décision ou sur les conséquences de l'expulsion des occupants compte tenu de la survenance de circonstances postérieures à la décision de justice l'ayant ordonnée, n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. En se bornant à invoquer, d'une part, les problèmes de santé dont il souffre et ses faibles revenus - circonstances de fait qui préexistaient au moment où le jugement prononçant son expulsion est intervenu - et, d'autre part, le dépôt d'une demande de logement dans le cadre du droit au logement opposable, M. F n'établit pas que la décision attaquée serait susceptible d'entraîner des troubles à l'ordre public ou un risque d'atteinte à la dignité humaine. Dans ces conditions, la décision du préfet de police n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 1er février 2021 par laquelle le préfet de police a accordé le concours de la force publique à l'exécution du jugement prononçant son expulsion.

Sur les frais liés au litige :

9. L'Etat n'étant pas la partie perdante, il n'y a pas lieu de mettre à sa charge la somme demandée par le requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ni, en tout état de cause, celle demandée sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A F, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à M. et Mme E.

Copie pour information sera adressée au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Amat, présidente,

Mme Armoët, première conseillère,

Mme Nguyen, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

La rapporteure,

E. B

La présidente,

N. AMATLa greffière,

P. TARDY-PANIT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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