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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2112710

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2112710

lundi 31 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2112710
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET CAMILLE MIALOT AVOCAT (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 juin 2021 et 18 mai 2022, M. C A, représenté par Mes Mialot et Ehrenfeld, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 avril 2021 par laquelle la maire de Paris a rejeté sa demande de permis de construire valant permis de démolir n° PC 075 111 20 V0047 déposée le 4 septembre 2020 ;

2°) d'enjoindre à la maire de Paris, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, à titre principal, de délivrer le permis de construire sollicité ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge la ville de Paris une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'une erreur de droit au regard de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme, et au regard du principe d'autorité de la chose décidée, dès lors qu'il retire les deux décisions de non-opposition à déclaration préalable du 7 mai 2018 et du 7 octobre 2019 dont il était titulaire pour le même projet ;

- il est entaché d'une erreur de droit au regard de l'article L. 462-6 du code de l'urbanisme, dès lors que l'agent assermenté de la ville a effectué un contrôle avant l'achèvement des travaux ;

- il est entaché d'une erreur de fait, dès lors qu'il mentionne que la remise en bois que le projet prévoit de munir de lames de métal est une remise maçonnée qui sera couverte de lames de bois ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation au regard de l'article UG.11 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 avril 2022, la ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 19 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 20 juin 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le règlement du plan local d'urbanisme de la ville de Paris ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Alidière, rapporteure publique,

- et les observations de Me Margelidon, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Le 4 septembre 2020, M. C A a déposé une demande de permis de construire pour la modification d'aspect extérieur d'une construction existante R+1 sur un niveau de sous-sol située au 12, rue Popincourt dans le 11ème arrondissement de Paris. Par un arrêté du 15 avril 2021, la maire de Paris a refusé d'accorder le permis de construire sollicité. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article UG.11 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris, relatif à l'aspect extérieur des constructions et aménagement de leurs abords, protection des immeubles et éléments de paysage : " UG.11.1. Dispositions générales : / Les interventions sur les bâtiments existants comme sur les bâtiments à construire, permettant d'exprimer une création architecturale, peuvent être autorisées. / L'autorisation de travaux peut être refusée ou n'être accordée que sous réserve de prescriptions si la construction, l'installation ou l'ouvrage, par sa situation, son volume, son aspect, son rythme ou sa coloration, est de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. () / Les matériaux apparents et les dispositifs permettant d'assurer leur végétalisation en façade et en toiture doivent être choisis de telle sorte que leur mise en œuvre permette de leur conserver, de façon permanente, un aspect satisfaisant et respectueux du caractère des lieux. () UG.11.1.1 - Constructions existantes : / () 2° Façades sur rue et cour : / Composées d'un ou de plusieurs niveaux, les façades donnent à la construction son aspect général qui peut résulter de surélévations ou d'additions successives. La recherche d'une bonne cohérence d'ensemble ne doit pas nécessairement conduire à uniformiser le traitement des façades ; leur mise en valeur peut être recherchée à travers la restitution de matériaux d'origine, de reliefs (bow-windows, oriels, loggias, modénatures), d'accessoires ou de décors anciens disparus. L'harmonie de la façade peut être améliorée par le remplacement de garde-corps, de menuiseries ou de volets et persiennes manquants ou disparates. / Des éléments nouveaux à caractère contemporain peuvent contribuer à en qualifier l'aspect. () / UG.11.1.3 - Constructions nouvelles : Les constructions nouvelles doivent s'intégrer au tissu existant, en prenant en compte les particularités morphologiques et typologiques des quartiers (rythmes verticaux, largeurs des parcelles en façade sur voies, reliefs) ainsi que celles des façades existantes (rythmes, échelles, ornementations, matériaux, couleurs) et des couvertures (toitures, terrasses, retraits). L'objectif recherché ci-dessus ne doit pas pour autant aboutir à un mimétisme architectural pouvant être qualifié esthétiquement de pastiche. Ainsi l'architecture contemporaine peut prendre place dans l'histoire de l'architecture parisienne. Les bâtiments sur rue se présentent en général sous la forme de différents registres (soubassement, façade, couronnement), qui participent à leur composition architecturale, en particulier en bordure des voies et des espaces publics. Les traitements architecturaux contemporains peuvent ne pas traduire le marquage de ces registres, qui peuvent toutefois être imposés dans certaines configurations. () / 4°- Matériaux, couleurs et reliefs : La pierre calcaire et le plâtre sont dominants à Paris et donnent à la ville sa tonalité générale. Le respect de cette tonalité majoritairement présente ne doit pas cependant interdire l'emploi de matériaux et teintes pouvant s'insérer dans le tissu existant, en particulier dans des secteurs de constructions nouvelles. A cet égard, le recours à des matériaux et des mises en œuvre innovantes en matière d'aspect et de techniques de construction, liés, par exemple, au choix d'une démarche relevant de la Haute Qualité Environnementale des constructions ou de l'utilisation d'énergie renouvelable, est admis. ".

3. Ces dispositions fixent, de façon développée et nuancée, les règles relatives à l'aspect extérieur des constructions, aux aménagements de leurs abords, à la protection des immeubles et des éléments de paysage, applicables à la zone UG qui comprend l'essentiel du territoire construit de la ville de Paris. Si les dispositions du début du point UG 11.1.3 sur les constructions nouvelles énoncent que ces constructions doivent s'intégrer au tissu urbain existant, en prenant en compte les particularités des quartiers, celles des façades existantes et des couvertures, ces dispositions ne peuvent être isolées des autres dispositions de l'article UG 11, en particulier de celles du point UG 11.1, qui précisent que peuvent être autorisées des constructions nouvelles permettant d'exprimer une création architecturale et qui n'imposent pas que soit refusée une autorisation de nature à porter atteinte au caractère des lieux avoisinants, et celles du même point UG 11.1.3 qui précisent que l'objectif d'intégration dans le tissu urbain existant ne doit pas conduire à un mimétisme architectural ou faire obstacle à des projets d'architecture contemporaine. Dans cet esprit, les dispositions du point UG 11.1.3 permettent expressément de ne pas reprendre, pour des constructions nouvelles contemporaines, les registres des bâtiments sur rue, entendus comme le soubassement, la façade et le couronnement, tels qu'ils sont habituellement observés pour les bâtiments parisiens. De même, les dispositions du paragraphe 4 du point UG 11.1.3. relatives aux matériaux n'interdisent pas l'emploi de matériaux, ou de teintes, différents de la pierre calcaire ou du plâtre, et admettent le recours à des matériaux innovants en matière d'aspect des constructions.

4. Eu égard à la teneur des dispositions de l'article UG 11 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris, en particulier celles du point UG 11.1.1, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, d'apprécier si l'autorité administrative a pu légalement autoriser la construction projetée, compte tenu de ses caractéristiques et de celles des lieux avoisinants, sans méconnaître les exigences résultant de cet article. Dans l'exercice de ce contrôle, le juge doit tenir compte de l'ensemble des dispositions de cet article et de la marge d'appréciation qu'elles laissent à l'autorité administrative pour accorder ou refuser de délivrer une autorisation d'urbanisme.

5. La maire de Paris a refusé la délivrance du permis de construire sollicité au motif que " par le remplacement d'une remise maçonnée par une véranda munie de lames en bois verticales et de teinte sombre, le projet est de nature à porter atteinte au caractère et à l'intérêt de la cour, des lieux avoisinants et au site inscrit dans lequel la construction est située (article UG.11 du règlement du PLU de Paris ". Il ressort des pièces du dossier, notamment de la notice d'insertion PC6 et de la notice descriptive, que, alors que la ruelle privative dans laquelle se situe le projet comporte des bâtiments de teinte claire, le projet prévoit le remplacement des menuiseries en façade du bâtiment existant, à savoir deux ensembles de portes vitrées et un châssis fenêtre, par des modèles en acier de couleur noir satiné, ainsi que la destruction d'une remise de couleur claire, qui sera remplacée par une véranda munie de lames métalliques verticales de même couleur noir laqué que les châssis neufs. En outre, le projet est situé sur une parcelle signalée pour son intérêt patrimonial, culturel ou paysager comprenant des bâtiments protégés au titre du plan local d'urbanisme ainsi qu'un espace libre protégé, la parcelle étant située dans le site inscrit de la ville de Paris. Toutefois, compte tenu des matériaux et des couleurs utilisés, évocateurs du passé industriel et artisanal de la ruelle, et alors, au demeurant, que l'architecte des bâtiments de France a rendu, le 14 janvier 2021, un avis favorable au projet, la véranda et les châssis projetés sont en harmonie avec les immeubles avoisinants au sens des articles UG.11.1, UG.11.1.1 et UG.11.1.3 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris, qui permettent l'insertion d'éléments nouveaux à caractère contemporain dans les façades existantes, ainsi que l'expression d'une création architecturale pour les constructions nouvelles. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que le projet pour lequel il sollicite une autorisation ne méconnaît pas les dispositions de l'article UG.11 du règlement du plan local d'urbanisme et que l'arrêté attaqué est entaché d'erreur d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 15 avril 2021 doit être annulé.

7. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est de nature à justifier l'annulation des décisions attaquées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ". L'article L. 911-3 de ce code dispose que : " La juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. ".

9. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme, demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

10. Il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée interdiraient la délivrance du permis de construire sollicité par le pétitionnaire pour un autre motif que celui censuré par le présent jugement. Par ailleurs, il ne résulte pas davantage de l'instruction qu'un changement dans les circonstances de fait se soit produit depuis l'édiction de l'arrêté contesté, ni que la situation de fait existant à la date du présent jugement ferait obstacle à la délivrance de ce permis de construire. Dans ces conditions, il y a lieu d'enjoindre à la maire de Paris de délivrer à M. A le permis de construire sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de justice :

11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la ville de Paris la somme réclamée par M. A au titre des frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 15 avril 2021 portant refus de permis de construire est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la maire de Paris de délivrer à M A le permis de construire sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la ville de Paris.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Le Roux, présidente,

Mme Madé, première conseillère,

Mme Berland, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2022.

La rapporteure,

F. B

La présidente,

M.-O. LE ROUXLa greffière,

I. SZYMANSKI

La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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