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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2113025

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2113025

mercredi 12 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2113025
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2e Section - 2e Chambre
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juin 2021, M. B A, représenté par Me de Seze, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 13 avril 2021 portant suspension des conditions matérielles d'accueil prise par le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de le rétablir dans le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, avec effet rétroactif, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et ce, depuis la date du refus ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision n'est pas motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- elle méconnaît l'article L.744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de prise en considération de sa vulnérabilité ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation et l'OFII n'établit pas la matérialité des manquements reprochés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mars 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les conclusions de M. Lahary, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan, a déposé, le 4 décembre 2020, une demande d'asile auprès des services de la préfecture de police et a été placé en procédure Dublin. Par un arrêté du 15 janvier 2021, le préfet de police a décidé du transfert de M. A aux autorités autrichiennes responsables de l'examen de sa demande d'asile. Son recours formé à l'encontre de cet arrêté a été rejeté par un jugement du tribunal de céans en date du 9 février 2021. Le 23 mars 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a fait part à M. A de son intention de suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, avant de prononcer cette suspension le 13 avril 2021. M. A demande, par la présente requête, l'annulation de la décision du 13 avril 2021 par laquelle le directeur général de l'OFII lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, motif pris du défaut de présentation aux convocations des autorités chargées de l'asile.

Sur la demande du bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le cadre juridique applicable :

3. D'une part, par une décision n° 428314 du 17 avril 2019, le Conseil d'Etat statuant au contentieux a jugé que si les termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives à la suspension et au rétablissement de conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.

4. En l'espèce, M. A ayant accepté le bénéfice des conditions matérielles d'accueil qui lui étaient proposées par l'OFII le 4 décembre 2020, sa situation n'est pas régie par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.

5. D'autre part, dans sa décision du 31 juillet 2019, association la CIMADE et autres, nos 428530, 428564, le Conseil d'Etat a jugé que, dans l'attente de la modification des articles L. 744 -7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, jugées partiellement incompatibles avec la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, il reste possible à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, au demandeur qui a refusé le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation. Il lui est également possible, dans les mêmes conditions et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. Si le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office, qui devra apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

En ce qui concerne les moyens de la requête :

6. En premier lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments caractérisant la situation personnelle du requérant, vise les articles L. 744-1 et L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont elle fait application, et mentionne les faits qui en constituent le fondement. Dans ces conditions, la décision attaquée est suffisamment motivée et le moyen tiré du défaut de motivation, qui s'apprécie indépendamment de la pertinence des motifs retenus par son auteur, doit être écarté.

7. En deuxième lieu, il ne ressort pas des motifs de la décision attaquée ou des autres pièces du dossier que le directeur territorial de l'OFII n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation M. A avant de prendre la décision litigieuse. Le moyen ne peut donc qu'être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction issue de la loi du 10 septembre 2018 : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. () ".

9. Si ces dispositions prévoient qu'un entretien doit se tenir avec l'étranger qui a déposé une demande d'asile afin d'évaluer sa vulnérabilité et de déterminer ses besoins avant que l'Office ne statue sur son éligibilité aux conditions matérielles d'accueil, aucune disposition n'impose qu'un nouvel entretien ait lieu préalablement à une décision de suspension des conditions matérielles d'accueil. Par suite, et alors qu'il est constant que M. A a bénéficié d'un tel entretien lors de sa demande et a, également, été mis à même de présenter ses observations préalablement à l'édiction de la décision attaquée, le moyen tiré de ce que cette décision aurait été prise au terme d'une procédure irrégulière est inopérant et ne peut qu'être écarté.

10. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 5 de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 : " Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil () sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les États membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs. "

11. La circonstance qu'un demandeur d'asile puisse être privé du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, du fait d'une décision de suspension des conditions matérielles d'accueil suivie d'un refus de rétablissement, dans les hypothèses et conditions rappelées au point 5, n'est pas incompatible avec les dispositions précitées qui prévoient une telle limitation des conditions matérielles d'accueil, sous réserve d'un accès aux soins médicaux et de la garantie d'un niveau de vie digne. Par ailleurs, il résulte de ces conditions rappelées au point 5 que l'absence de présentation aux autorités en charge de l'asile est un des éléments pouvant être pris en compte par l'autorité administrative pour, le cas échéant et après appréciation de la situation particulière de chaque demandeur, refuser le rétablissement des conditions matérielles d'accueil.

12. En l'espèce, pour procéder à la suspension des conditions matérielles d'accueil de M. A, le directeur de l'OFII s'est fondé d'une part, sur la circonstance que l'intéressé ne justifiait pas avoir respecté les obligations auxquelles il avait consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge et d'autre part, sur le fait que sa situation personnelle et familiale ne faisait apparaître aucune vulnérabilité.

13. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des pièces produites en défense par l'OFII, que M. A a refusé de se soumettre à trois reprises, les 12, 13 et 14 mars 2021 à un test PCR nécessaire à son embarquement à bord du vol prévu le 15 mars suivant à destination de l'Autriche et que, par conséquent, il a été regardé comme ayant pris la fuite. Il suit de là que les moyens tirés de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de droit, d'une erreur de fait ou d'une erreur d'appréciation doivent être écartés.

14. En dernier lieu, si M. A fait valoir qu'il est sans ressource, qu'il ne dispose d'aucune solution d'hébergement et qu'il a rencontré des problèmes de santé, il n'assortit ces allégations d'aucun élément permettant d'établir la gravité de sa situation, ni que l'OFII aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa vulnérabilité.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation du requérant doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles qu'il a présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 27 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Errera, premier conseiller,

M. Huin-Moralès, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2023.

Le rapporteur,

A. CLe président,

J. SORINLa greffière,

B. CHAHINE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2113025/2-

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