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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2113113

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2113113

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2113113
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2e Section - 1re Chambre
Avocat requérantPIEROT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 juin 2021, M. C, représenté par Me Pierot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de rétablir ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de lui octroyer les conditions matérielles d'accueil au titre de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de trois jours ouvrés à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 200 euros au bénéfice de Me Pierot au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'erreur de fait en ce qui concerne son état de santé ;

- l'OFII n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en ce qu'il n'a fait l'objet d'aucun entretien de vulnérabilité, en méconnaissance de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à sa vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2022, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 11 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 mars 2022.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Laforêt,

- et les conclusions de M. Mazeau, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant afghan né le 6 novembre 1991, a présenté une demande d'asile en France le 7 février 2019 et a accepté, le même jour, les conditions matérielles d'accueil proposées par l'OFII. Celles-ci ont ensuite été suspendues, en août 2019. M. C a ensuite présenté une nouvelle demande d'asile et une attestation de demande d'asile en procédure accélérée lui a été délivrée le 17 décembre 2020. Par un courriel du 25 février 2022, M. C a demandé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 29 mars 2021, l'OFII a lui a opposé un refus. Par la présente requête, M. C doit être regardé comme demandant l'annulation de la décision par laquelle l'OFII a rejeté sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, M. C soulève un moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision. Toutefois, Mme D B, directrice territoriale à Paris de l'OFII, a reçu délégation de compétence du directeur général de l'OFII pour signer tous actes se rapportant aux missions dévolues à la direction territoriale de Paris. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit, dès lors, être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ".

4. La décision du 29 mars 2021 par laquelle l'OFII a refusé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil de M. C précise les textes dont il est fait application et indique que l'intéressé n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge de l'OFII, notamment l'obligation de se présenter aux autorités. Elle comporte ainsi l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors en vigueur : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile () sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile par l'autorité administrative compétente, en application du présent chapitre. Les conditions matérielles d'accueil comprennent les prestations et l'allocation prévues au présent chapitre. () ". L'article L. 744-6 de code dispose : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables ".

6. Il ressort des pièces du dossier que, à la suite de sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, le requérant a fait l'objet, le 17 mars 2021, d'un entretien d'évaluation de sa vulnérabilité par les services de l'OFII. Par suite, il n'est en tout état de cause pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure.

7. Aux termes de l'article L. 744-8 du même code dans sa rédaction résultant de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile () n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile () ". Si les termes de cet article ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur ensemble qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives à la suspension et au rétablissement de conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.

8. En quatrième lieu, il résulte des dispositions précédemment citées que les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'OFII après l'enregistrement de la demande d'asile auquel il est procédé en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8, dans sa rédaction issue de la loi du 29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'OFII, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil. Dès lors, la circonstance que la demande d'asile de M. C ait été enregistrée en France, pays devenu responsable de sa demande d'asile, n'impliquait pas nécessairement que l'OFII lui rétablisse les conditions matérielles d'accueil qui avaient été suspendues. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile.

9. En cinquième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C souffre d'une hernie ombilicale, a subi plusieurs opérations chirurgicales et bénéficie d'un suivi médical pour une pathologie chronique. Toutefois, l'essentiel des pièces relatives à son état de santé datent de 2019 et sont très peu circonstanciées. S'il produit également un certificat du 21 janvier 2021, celui-ci indique seulement qu'il est régulièrement suivi au centre de santé de Belleville et qu'il présente des pathologies chroniques nécessitant des soins. En outre, il se borne à affirmer qu'il se trouve dans un état de détresse psychologique et sociale, sans apporter aucune précision permettant d'apprécier sa situation. Dès lors, la vulnérabilité dont se prévaut M. C n'est pas établie et les moyens tirés du défaut d'examen, de l'erreur de fait et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité, être rejetées. Il en va même, par voie de conséquence, des conclusions présentées aux fins d'injonction sous astreinte et de celles présentées au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, l'OFII n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Evgénas, présidente,

Mme Laforêt, première conseillère,

M. Halard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.

La rapporteure,

L. LAFORET

La présidente,

J. EVGENAS

La greffière,

M-C. POCHOT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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