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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2113431

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2113431

lundi 12 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2113431
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4e Section - 2e Chambre
Avocat requérantNGO

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I°) Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 juin 2021 et 27 juin 2022 sous le

n° 2113431, la société Advocatorum Domus, représentée par Me Vigo, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 avril 2021 par laquelle la maire de Paris a décidé de ne pas s'opposer à la déclaration préalable déposée par M. B pour le changement et l'agrandissement des menuiseries, la création de deux vasistas et d'un garde-corps en terrasse, sur un terrain situé 2 au 12, impasse de Presles, 26, cité Morieux, 10 au 22, rue de Presles, 60 au 76,rue de la Fédération, 9 au 17, cité Morieux dans le 15ème arrondissement de Paris ;

2°) de mettre à la charge de la ville de Paris une somme de 4 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle justifie d'un intérêt à agir au sens des articles L. 600-1-2 et L. 600-1-3 du code de l'urbanisme en sa qualité de voisin et de copropriétaire de lots de copropriété situés dans l'ensemble de bâtiments constituant le sous-groupe F2 ; le projet modifie les parties communes de l'immeuble sans que le pétitionnaire ait obtenu l'accord du syndicat des copropriétaires et cela porte atteinte à son droit de propriété ; ils subissent un préjudice financier dès lors que le pétitionnaire a créé une surface de plancher nouvelle qui n'a pas été autorisée par l'assemblée générale des copropriétaires et aurait dû entraîner un accroissement des charges lui incombant ; elle est voisine des lots 186 et 444, objets de la modification des parties communes par la déclaration préalable ; les associés du cabinet d'avocat requérant exercent leur qualité d'avocat dans des locaux appartenant à la société Advocatorum Domus et les trois fenêtres du cabinet donnent directement sur la cour sous verrière et sur le projet, la transformation d'un local de stockage en logement, créant une nuisance directe constituée par un conflit d'usage de la cour commune ; ce lot d'habitation nouveau et non autorisé contraint leur usage de la cour et des parties communes du fait de son exploitation en meublé de tourisme et aggrave un trouble déjà causé par M. B sans accord de la copropriété ;

- ils ont notifié leur recours contentieux à la ville de Paris conformément à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté de non-opposition à déclaration préalable est illégal dès lors que la déclaration ne comporte pas l'attestation du déclarant qu'il remplit les conditions posées à l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme ; il n'a pas obtenu l'autorisation de l'assemblée générale des copropriétaires de réaliser les travaux et celle-ci s'opposerait à leur réalisation ;

- il est entaché de fraude dès lors que les plans ne sont pas cotés en trois dimensions et qu'il y a eu volonté délibérée de tromper l'administration sur l'application des règles d'urbanisme, notamment celles régissant les prospects sur cour commune ;

- le maire était en situation de compétence liée pour rejeter la demande dès lors que, régularisant la création de 24 mètres carrés de surface de plancher supplémentaire ainsi qu'un changement de destination non autorisé et portant par ailleurs sur la modification de l'aspect de la façade, un permis de construire était nécessaire et que le maire était tenu de s'opposer à la déclaration préalable en application des dispositions du 5° de l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme ;

- le pétitionnaire n'a pas produit le contrat ou la décision relatifs à l'institution d'une servitude de cour commune en violation de l'article R. 431-32 du code de l'urbanisme ; ce vice de procédure a une incidence directe sur le sens de la décision prise qui est manifestement illégale au regard des articles UG.7.2 et UG.8.1 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- le projet porte sur la régularisation d'une construction existante non conforme aux articles UG.7.2 et UG.8.1 du règlement du PLU en vertu desquels les façades comportant des baies constituant l'éclairement premier de pièces principales doivent être situées à au moins 6 mètres de la limite opposée de la cour commune et ne rend pas cette construction plus conforme aux dispositions méconnues ;

- la déclaration préalable aurait dû porter sur la création de la mezzanine et le changement de destination réalisés sans autorisation en application de la jurisprudence de principe Thalamy.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juin 2022, la ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable ; la requérante ne justifie pas de son intérêt à agir ;

- les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Par un mémoire, enregistré le 4 avril 2022, M. B, représenté par Me Ngo, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 4 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable ; la requérante n'a pas respecté le délai de quinze jours prévu à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme pour notifier le recours contentieux au pétitionnaire et à l'auteur de la décision contestée ; la requérante ne justifie pas de son intérêt à agir ;

- les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 28 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 13 juillet 2022.

Par courrier du 22 novembre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce qu'en vertu de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme, le moyen nouveau invoqué par la société Advocatorum Domus, tiré de ce qu'en application de la décision Thalamy du Conseil d'Etat la déclaration préalable de M. B aurait dû également porter sur la création de la mezzanine et le changement de destination de la construction initiale réalisés sans autorisation, présenté par mémoire en réplique enregistré le 27 juin 2022, après l'expiration du délai de deux mois suivant la communication aux parties du premier mémoire en défense, est irrecevable.

Par un mémoire, enregistré le 25 novembre 2022, la société Advocatorum Domus a présenté des observations en réponse à ce moyen d'ordre public.

II°) Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 août 2021 et 24 juin 2022, sous le n° 2117890, M. D C et la société ZS Fédération, représentés par Me Vigo, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 avril 2021 par laquelle la maire de Paris a décidé de ne pas s'opposer à la déclaration préalable déposée par M. B pour le changement et l'agrandissement des menuiseries, la création de deux vasistas et d'un garde-corps en terrasse, sur un terrain situé 2 au 12, impasse de Presles, 26, cité Morieux, 10 au 22, rue de Presles, 60 au 76, rue de la Fédération, 9 au 17, cité Morieux dans le 15ème arrondissement de Paris ;

2°) de mettre à la charge de la ville de Paris une somme de 4 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils justifient d'un intérêt à agir au sens des articles L. 600-1-2 et L. 600-1-3 du code de l'urbanisme en leur qualité de voisins et de copropriétaires de lots de copropriété situés dans l'ensemble de bâtiments constituant le sous-groupe F2 ; le projet modifie les parties communes de l'immeuble sans que le pétitionnaire ait obtenu l'accord du syndicat des copropriétaires et cela porte atteinte à leur droit de propriété ; ils subissent un préjudice financier dès lors que le pétitionnaire a créé une surface de plancher nouvelle qui n'a pas été autorisée par l'assemblée générale des copropriétaires et aurait dû entraîner un accroissement des charges lui incombant ; ils sont voisins des lots 186 et 444, objets de la modification autorisée ; ils ont une vue directe sur le projet dont la réalisation affecte les parties communes, dont l'aspect extérieur de l'immeuble, puisque l'entrée de leur lot et leur groupe de copropriété F2 passe par la cour commune située sous la verrière ; ce lot d'habitation nouveau et non autorisé contraint leur usage de la cour et des parties communes du fait de son exploitation en meublé de tourisme et aggrave un trouble déjà causé par M. B sans accord de la copropriété ;

- ils ont notifié leur recours contentieux à la ville de Paris conformément à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- la requête n'est pas tardive dès lors que le pétitionnaire qui ne produit qu'un seul constat d'huissier n'apporte pas la preuve d'un affichage continu sur le terrain pendant deux mois ; en outre, le panneau a été apposé sur un portail destiné à la sortie des véhicules ouvert plusieurs fois par jour en raison d'allées et venues de véhicules et le dispositif d'affichage n'est donc pas régulier ; de plus, les mentions étaient incomplètes en l'absence de mention de la surface de plancher autorisée, de la hauteur de la construction et de la superficie du terrain ;

- l'arrêté de non-opposition à déclaration préalable est illégal dès lors que la déclaration ne comporte pas l'attestation du déclarant qu'il remplit les conditions posées à l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme ; il n'a pas obtenu l'autorisation de l'assemblée générale des copropriétaires de réaliser les travaux et celle-ci s'opposerait à leur réalisation ;

- il est entaché de fraude dès lors que les plans ne sont pas cotés en trois dimensions et qu'il y a eu volonté délibérée de tromper l'administration sur l'application des règles d'urbanisme, notamment celles régissant les prospects sur cour commune ;

- le pétitionnaire n'a pas produit le contrat ou la décision relatifs à l'institution d'une servitude de cour commune en violation de l'article R. 431-32 du code de l'urbanisme ; ce vice de procédure a une incidence directe sur le sens de la décision prise qui est manifestement illégale au regard des articles UG.7.2 et UG.8.1 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- le projet porte sur la régularisation d'une construction existante non conforme aux articles UG.7.2 et UG.8.1 du règlement du PLU en vertu desquels les façades comportant des baies constituant l'éclairement premier de pièces principales doivent être situées à au moins 6 mètres de la limite opposée de la cour commune et ne rend pas cette construction plus conforme aux dispositions méconnues ;

- le maire était en situation de compétence liée pour rejeter la demande dès lors que, régularisant la création de 24 mètres carrés de surface de plancher supplémentaire et un changement de destination et portant par ailleurs sur la modification de l'aspect de la façade, un permis de construire était nécessaire et que le maire était tenu de s'opposer à la déclaration préalable en application des dispositions du 5° de l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme ;

- la déclaration préalable aurait dû porter sur la création de la mezzanine et le changement de destination réalisés sans autorisation en application de la jurisprudence de principe Thalamy.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juin 2022, la ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable ; les requérants ne justifient pas de leur intérêt à agir ;

- les moyens invoqués par les requérants ne sont pas fondés.

Par un mémoire, enregistré le 4 avril 2022, M. B, représenté par Me Ngo, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 4 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable ; les requérants ne justifient pas avoir notifié leur recours contentieux à la ville de Paris conformément à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ; la requête est tardive dès lors que la décision de non-opposition à déclaration préalable a été affichée sur le terrain à compter du 28 avril 2021 et sur une période consécutive de deux mois ; les requérants ne justifient pas de leur intérêt à agir ;

- les moyens invoqués par les requérants ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 24 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 8 juillet 2022.

Par courrier du 22 novembre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce qu'en vertu de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme, le moyen nouveau invoqué par M. C et la société ZS Fédération, tiré de ce qu'en application de la décision Thalamy du Conseil d'Etat la déclaration préalable de M. B aurait dû également porter sur la création de la mezzanine et le changement de destination de la construction initiale réalisés sans autorisation, présenté par mémoire en réplique enregistré le 24 juin 2022, après l'expiration du délai de deux mois suivant la communication aux parties du premier mémoire en défense, est irrecevable.

Par un mémoire, enregistré le 25 novembre 2022, M. C et la société ZS Fédération ont présenté des observations en réponse à ce moyen d'ordre public.

Vu :

- les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Alidière, rapporteure publique,

- et les observations de Me Joubert, représentant la société Advocatorum Domus, M. C et la société ZS Fédération.

Considérant ce qui suit :

1. Le 6 mars 2021, M. B a déposé une déclaration préalable pour le changement et l'agrandissement des menuiseries, la création de deux vasistas et d'un garde-corps en terrasse. Par arrêté du 19 avril 2021, la maire de Paris a décidé de ne pas s'opposer à cette déclaration préalable. Par les deux requêtes susvisées, la société Advocatorum Domus, d'une part, et M. C et la société ZS Fédération, d'autre part, contestent cette décision.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées nos 2113431 et 2117890 ont fait l'objet d'une instruction commune et sont dirigées contre le même arrêté du 19 avril 2021. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : / a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux ; / b) Soit, en cas d'indivision, par un ou plusieurs co-indivisaires ou leur mandataire ; / c) Soit par une personne ayant qualité pour bénéficier de l'expropriation pour cause d'utilité publique ". Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 431-35 du même code : La déclaration comporte également l'attestation du ou des déclarants qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R*423-1 pour déposer une déclaration préalable.". En vertu de l'article R. 431-4 du même code, le dossier est réputé complet lorsqu'il comprend les informations et pièces limitativement énumérées aux articles R. 431-5 à R. 431-33-1, aucune autre information ou pièce ne pouvant être exigée par l'autorité compétente. Par ailleurs, la déclaration préalable étant délivrée sous réserve du droit des tiers, l'autorité compétente vérifie la conformité du projet aux règles et servitudes d'urbanisme, elle ne vérifie pas si le projet respecte les autres réglementations et les règles de droit privé. Toute personne s'estimant lésée par la méconnaissance du droit de propriété ou d'autres dispositions de droit privé peut donc faire valoir ses droits en saisissant les tribunaux civils, même si la déclaration respecte les règles d'urbanisme.

4. Il résulte de ces dispositions que, sous réserve de la fraude, le pétitionnaire qui fournit l'attestation prévue à l'article R. 431-35 du code de l'urbanisme selon laquelle il remplit les conditions fixées par l'article R. 423-1 du même code doit être regardé comme ayant qualité pour présenter sa demande. Il résulte également de ces dispositions qu'une demande d'autorisation d'urbanisme concernant un terrain soumis au régime juridique de la copropriété peut être régulièrement présentée par son propriétaire, son mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par lui à exécuter les travaux, alors même que la réalisation de ces travaux serait subordonnée à l'autorisation de l'assemblée générale de la copropriété, une contestation sur ce point ne pouvant être portée, le cas échéant, que devant le juge judiciaire. Une contestation relative au défaut d'autorisation des travaux par l'assemblée générale de la copropriété ne saurait caractériser une fraude du pétitionnaire visant à tromper l'administration sur la qualité qu'il invoque à l'appui de sa demande d'autorisation d'urbanisme, l'absence d'une telle autorisation comme un refus d'autorisation des travaux envisagés par l'assemblée générale étant, par eux-mêmes, dépourvus d'incidence sur la qualité du copropriétaire à déposer une demande d'autorisation d'urbanisme et ne pouvant être utilement invoqués pour contester l'autorisation délivrée.

5. Les requérants contestent la qualité de M. B pour déposer la déclaration préalable en litige en faisant valoir, d'une part, que la déclaration préalable ne comporte pas la déclaration du pétitionnaire qu'il remplit les conditions posées à l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme et d'autre part, qu'il n'a pas obtenu l'autorisation de l'assemblée générale des copropriétaires pour réaliser les travaux et que celle-ci s'opposerait à leur réalisation. Toutefois, la déclaration préalable en litige comporte bien l'attestation du demandeur qu'il remplit les conditions définies à l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme pour déposer une demande d'autorisation. Par ailleurs, il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'absence d'autorisation des travaux par l'assemblée générale de la copropriété est dépourvue d'incidence sur la qualité du copropriétaire à déposer une demande d'autorisation d'urbanisme. Par suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant.

6. En deuxième lieu, si les requérants relèvent que le plan de masse n'est pas côté dans les trois dimensions et soutiennent que le dossier de permis de construire est entaché de fraude, il ne ressort pas des pièces du dossier que le pétitionnaire aurait eu l'intention de tromper l'administration sur son appréciation portée sur le respect des règles d'urbanisme applicables, notamment les règles de prospect sur cour commune. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 421-32 du code de l'urbanisme : " Lorsque l'édification des constructions est subordonnée, pour l'application des dispositions relatives à l'urbanisme, à l'institution sur des terrains voisins d'une servitude dite de cours communes, la demande est accompagnée des contrats ou décisions judiciaires relatifs à l'institution de ces servitudes. ".

8. Les requérants soutiennent que M. B n'a pas joint à sa déclaration préalable de document justifiant de l'institution d'une servitude de cour commune en violation de ces dispositions. Toutefois, la cour de l'immeuble, commune aux copropriétaires et établie sur une seule parcelle, ne saurait donner lieu à l'institution d'une servitude de cour commune qui ne peut être établie qu'en présence de parcelles distinctes. Au surplus, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une servitude de cour commune aurait été conclue avec le propriétaire de la parcelle cadatrée DL 16 jouxtant le terrain d'assiette du projet.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article UG.7.2 du réglement du plan local d'urbanisme : " Cour commune et servitude contractuelle d'implantation :1°- Cour commune : Les propriétaires de terrains contigus ont la possibilité de ménager entre leurs bâtiments des cours communes. Dans ce cas, aucune des limites d'une cour commune faisant vis-à-vis à une limite séparative ne peut être située à une distance inférieure à 2 mètres de celle-ci. L'édification des constructions en limite d'une cour commune relève de l'application des dispositions des articles UG.8 et UG.10.4 ci-après (implantation et gabarit-enveloppe des constructions en vis-à-vis sur un même terrain).La servitude de cour commune est instituée par acte authentique. "

10. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7., ce moyen doit être écarté comme inopérant.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 421-14 du code de l'urbanisme : " Sont soumis à permis de construire les travaux suivants, exécutés sur des constructions existantes, à l'exception des travaux d'entretien ou de réparations ordinaires : a) Les travaux ayant pour effet la création d'une surface de plancher ou d'une emprise au sol supérieure à vingt mètres carrés ; b) Dans les zones urbaines d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu, les travaux ayant pour effet la création d'une surface de plancher ou d'une emprise au sol supérieure à quarante mètres carrés ; toutefois, demeurent soumis à permis de construire les travaux ayant pour effet la création de plus de vingt mètres carrés et d'au plus quarante mètres carrés de surface de plancher ou d'emprise au sol, lorsque leur réalisation aurait pour effet de porter la surface ou l'emprise totale de la construction au-delà de l'un des seuils fixés à l'article R. 431-2 ; c) Les travaux ayant pour effet de modifier les structures porteuses ou la façade du bâtiment, lorsque ces travaux s'accompagnent d'un changement de destination entre les différentes destinations et sous-destinations définies aux articles R. 151-27 et R. 151-28 ; d) Les travaux nécessaires à la réalisation d'une opération de restauration immobilière au sens de l'article L. 313-4. Pour l'application du c du présent article, les locaux accessoires d'un bâtiment sont réputés avoir la même destination que le local principal. ".

12. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la déclaration préalable litigieuse aurait pour objet d'autoriser la réalisation de la mezzanine ou un changement de destination des locaux. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que la surface de la mezzanine est de 17,8 mètres carrés. De plus, si le projet tend à modifier la façade du bâtiment en agrandissant les menuiseries et en créant deux vasistas, le changement de destination de la construction existante en habitation n'est pas établi par les requérants. Par suite, le moyen tiré de ce que l'obtention d''un permis de construire était nécessaire doit être écarté.

13. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme : " Par dérogation à l'article R. 611-7-1 du code de justice administrative, et sans préjudice de l'application de l'article R. 613-1 du même code, lorsque la juridiction est saisie d'une requête relative à une décision d'occupation ou d'utilisation du sol régie par le présent code, ou d'une demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant une telle décision, les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense. Cette communication s'effectue dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article R. 611-3 du code de justice administrative. ".

14. Dans le cadre de leurs mémoires en réplique, enregistrés plus de deux mois après la communication du premier mémoire en défense, les requérants ont invoqué un moyen nouveau tiré de ce qu'en application de la jurisprudence Thalamy, la déclaration préalable aurait dû porter sur la création de la mezzanine et le changement de destination réalisés sans autorisation et qu'en conséquence, l'autorité compétente aurait dû s'opposer à la déclaration préalable au motif qu'elle ne régularisait pas l'ensemble des travaux irrégulièrement réalisés. Toutefois, ce moyen, invoqué plus de deux mois après la communication aux parties du premier mémoire en défense, doit être écarté comme irrecevable.

15. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées pour la société Advocatorum Domus et autres doivent être rejetées.

Sur les frais de justice :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la ville de Paris, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme réclamée par les requérants au titre des frais qu'ils ont exposés et non compris dans les dépens. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions au bénéfice de M. B.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes susvisées n° 2113431 et 2117890 sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions de M. B tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Advocatorum Domus, M. C, à la société ZS fédération, à la ville de Paris et à M. B.

Copie du jugement sera adressée au Syndicat de Copropriétaires du 74 Rue de La Fédération à Paris 15ème.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Le Roux, présidente,

Mme Madé, première conseillère,

Mme Berland, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2022.

La rapporteure,

C. A

La présidente,

M-O. LE ROUX La greffière,

I. SZYMANSKI

La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2117890,2113431

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