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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2113549

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2113549

vendredi 7 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2113549
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6e Section - 1re Chambre
Avocat requérantVRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 juin 2021 et le 16 février 2022, M. H F, M. L M, Mme BJ G, M. J G, M. D BC, Mme AS BL, M. AU AE, Mme AD BF, Mme BB N, M. AC BG, Mme AY BG, Mme B P, Mme B A, M. AT A, M. C AH, M. AB R, M. Q S, M. AF T, M. AB AW, M. BK U, M. AI AX, Mme AZ AJ, M. AQ AK, M. BA AL, Mme V BH, M. O BD, M. K AM, Mme AV W, M. AG X, M. BI, M. AN BE, Mme I Z, M. E AO, M. AR AP et M. Y AA, représentés par Me Simonnet, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler la décision implicite du 2 mars 2021 par laquelle Voies navigables de France a refusé de leur communiquer les documents administratifs qu'ils avaient sollicités le 28 janvier 2021, ensemble la décision implicite du 6 mai 2021 par laquelle Voies navigables de France a refusé de suivre l'avis de la Commission d'accès aux documents administratifs (CADA) du 6 avril 2021 ;

2°) d'enjoindre à Voies navigables de France de leur communiquer les documents qui ne leur ont pas été transmis en cours d'instance, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de Voies navigables de France une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le refus de communiquer les documents litigieux méconnaît les articles L. 311-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ;

- la communication intervenue le 13 juillet 2021 n'est pas satisfaisante dès lors, d'une part, qu'elle ne porte pas sur le compte prévisionnel d'exploitation et sur le programme de travaux et des travaux projetés, alors que ces documents pouvaient être communiqués avec occultation des mentions protégées et, d'autre part, que les documents transmis étaient occultés des mentions relatives au montant du chiffre d'affaires réalisés par le concessionnaire alors que le chiffre d'affaires généré par l'exploitation du service constitue une donnée communicable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2022, l'établissement public Voies navigables de France, représenté par Me Vray, conclut au non-lieu à statuer en ce qui concerne les documents ayant donné lieu à communication en cours d'instance, au rejet du surplus des conclusions de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est privée d'objet s'agissant des documents qui ont été communiqués en cours d'instance ;

- le refus de communication des autres documents ainsi que les occultations pratiquées sur les documents communiqués sont justifiés par la protection du secret des affaires.

Par ordonnance du 7 février 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 11 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Broussois,

- les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique,

- les observations de Me Perin pour les requérants,

- et les observations de Me Vray pour Voies navigables de France.

Considérant ce qui suit :

1. Par courrier du 28 janvier 2021, M. F et trente-quatre autres usagers du port de plaisance d'Asnières-sur-Seine ont sollicité de Voies navigables de France la communication de divers documents relatifs à la délégation de service public attribuée par cet établissement public à la société Marinov en 2016 pour la création, l'exploitation, l'animation, l'entretien et le développement des ports de plaisance d'Asnières-sur-Seine et de Villeneuve-la-Garenne. Le 11 mars 2021, M. F et autres ont saisi la Commission d'accès aux documents administratifs (CADA) du refus implicite de communication opposé à cette demande. La CADA a émis le 6 avril 2021 un avis favorable à la communication des documents demandés sous réserve de l'occultation des éléments couverts par le secret des affaires. Le silence gardé par Voies navigables de France pendant plus de deux mois à compter de l'enregistrement de la saisine de la CADA par M. F et autres a fait naître, en application des articles R. 343-4 et R. 343-5 du code des relations entre le public et l'administration, une décision implicite confirmant le refus de communiquer les documents en cause. Par la présente requête, M. F et autres doivent être regardés comme demandant au tribunal d'annuler cette décision, qui s'est substituée au refus de communication initial.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Sont considérés comme documents administratifs, au sens des titres Ier, III et IV du présent livre, quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, les documents produits ou reçus, dans le cadre de leur mission de service public, par l'Etat, les collectivités territoriales ainsi que par les autres personnes de droit public ou les personnes de droit privé chargées d'une telle mission. Constituent de tels documents notamment les dossiers, rapports, études, comptes rendus, procès-verbaux, statistiques, instructions, circulaires, notes et réponses ministérielles, correspondances, avis, prévisions, codes sources et décisions. / () ". Aux termes de l'article L. 311-1 du même code : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de publier en ligne ou de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre ". Aux termes de l'article L. 311-5 du même code : " Ne sont pas communicables : () 2° Les autres documents administratifs dont la consultation ou la communication porterait atteinte : () h) () aux autres secrets protégés par la loi ". Aux termes de l'article L. 311-6 du même code : " Ne sont communicables qu'à l'intéressé les documents administratifs : 1° Dont la communication porterait atteinte à la protection de la vie privée, au secret médical et au secret des affaires, lequel comprend le secret des procédés, des informations économiques et financières et des stratégies commerciales ou industrielles et est apprécié en tenant compte, le cas échéant, du fait que la mission de service public de l'administration mentionnée au premier alinéa de l'article L. 300-2 est soumise à la concurrence ; () ". Aux termes de l'article L. 311-7 du même code : " Lorsque la demande porte sur un document comportant des mentions qui ne sont pas communicables en application des articles L. 311-5 et L. 311-6 mais qu'il est possible d'occulter ou de disjoindre, le document est communiqué au demandeur après occultation ou disjonction de ces mentions. ".

En ce qui concerne les documents communiqués en cours d'instance :

3. Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l'introduction de la requête, Voies navigables de France a communiqué aux requérants, par courrier du 13 juillet 2021, plusieurs des documents dont les intéressés avaient sollicité la communication, à savoir les annexes 2-4, 3-2 et 6 au contrat de concession en litige, les rapports annuels d'activité du délégataire pour les exercices 2016, 2017, 2018, 2019 et 2020, certaines des informations prévues par l'article 12 du cahier des charges de la concession relatives aux travaux de réaménagement ainsi que le bilan de fin de délégation.

4. Si Voies Navigables de France soutient que, dans cette mesure, la requête de M. F et autres est désormais privée d'objet, les requérants affirment sans être contredits que les documents qui leur ont ainsi été communiqués étaient occultés des mentions ayant trait au chiffre d'affaires de la société concessionnaire. Or, si les articles L. 311-6 et L. 311-7 précités du code des relations entre le public et l'administration permettent l'occultation des mentions protégées par le secret des affaires, qui comprend notamment le secret des informations économiques et financières, il y a lieu de distinguer, en matière de concession de service public, et ainsi que la CADA l'a notamment précisé dans son avis n° 20212474 du 31 mai 2021, entre les données financières relatives à l'exécution des missions de service public du concessionnaire, qui sont communicables de plein droit à toute personne qui en fait la demande, et les informations économiques portant sur la société dans son ensemble, qui ne sont communicables qu'à l'intéressée. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir que c'est en méconnaissance des dispositions citées au point 2 du présent jugement que Voies navigables de France a occulté, dans les documents susmentionnés, la mention du chiffre d'affaires afférent à l'exploitation de la mission de service public confiée au titulaire de la concession en litige. Ils sont, par voie de conséquence, fondés à demander l'annulation de la décision attaquée, en tant qu'elle leur refuse la communication de cet élément.

En ce qui concerne les autres documents :

5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que Voies navigables de France a refusé de communiquer aux requérants l'annexe 3-1 au contrat de concession en litige, correspondant au compte d'exploitation prévisionnel du concessionnaire, au motif que celui-ci était couvert par le secret des affaires. Toutefois, si les charges d'exploitation, la masse salariale détaillée compte tenu des moyens humains affectés à l'exécution de la convention, et les dépenses de fonctionnement estimées, contenus dans les comptes d'exploitation prévisionnels, reflètent les moyens techniques et humains de l'entreprise délégataire et ne peuvent être communiqués sans révéler des éléments essentiels de sa stratégie commerciale, il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est d'ailleurs pas allégué par Voies navigables de France que la communication dudit compte d'exploitation prévisionnel n'aurait pas pu être effectuée après occultation des seules mentions protégées à ce titre. Les requérants sont dès lors fondés à soutenir que le refus de leur communiquer ledit document, occulté des mentions protégées, est entaché d'illégalité et à en demander l'annulation pour ce motif.

6. En second lieu, si Voies navigables de France, qui a également refusé de communiquer aux requérants l'annexe 2-2 relative au programme des travaux ainsi que les dossiers relatifs aux projets de travaux visés à l'article 12 du cahier des charges de la concession, soutient que ces documents contiennent le détail des solutions techniques du concessionnaire, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier et n'est pas allégué que les documents litigieux, à supposer qu'ils comportent effectivement des mentions couvertes par le secret des affaires, n'auraient pas pu être communiqués après occultation de ces seules mentions. Les requérants sont dès lors fondés, pour les mêmes raisons, à demander l'annulation du refus de communication desdits documents.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

7. Le présent jugement implique nécessairement que Voies navigables de France communique aux requérants, d'une part, les documents déjà communiqués le 13 juillet 2021 sans occultation des mentions du chiffre d'affaires afférent à l'exploitation du service public concédé à la société Marinov, d'autre part, l'annexe 3-1 au contrat de concession correspondant au compte d'exploitation prévisionnel du concessionnaire, après occultation des mentions protégées au titre de l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration, et, enfin, l'annexe 2-2 relative au programme des travaux ainsi que les dossiers relatifs aux projets de travaux visés à l'article 12 du cahier des charges de la concession, après occultation des mentions protégées au même titre. Il y a lieu d'enjoindre à Voies navigables de France de procéder à cette communication dans un délai de deux mois à compter de la mise à disposition au greffe du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de Voies navigables de France, partie perdante dans la présente instance, une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens. En revanche, les conclusions présentées au même titre par Voies navigables de France ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions des requérants en tant qu'elles portent sur les mentions non occultées des documents qui leur ont été communiqués le 13 juillet 2021.

Article 2 : La décision implicite par laquelle Voies navigables de France a confirmé son refus de communiquer aux requérants les mentions et documents énumérés dans les motifs du présent jugement est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à Voies navigables de France de communiquer aux requérants les documents mentionnés au point 7 du présent jugement dans un délai de deux mois à compter de la mise à disposition au greffe dudit jugement.

Article 4 : Voies navigables de France versera aux requérants une somme globale de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Les conclusions présentées par Voies navigables de France sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. H F, premier dénommé, en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative et à Voies navigables de France.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Marino, président,

M. Le Broussois, premier conseiller,

M. Lautard-Mattioli, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.

Le rapporteur,

N. Le Broussois

Le président,

Y. Marino

Le greffier,

A. Lemieux

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2113549/6-1

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