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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2114160

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2114160

mercredi 1 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2114160
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET GINKGO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 30 juin 2021 et 4 juillet 2022, M. C A, représenté par Me Aumont, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 30 avril 2021 par laquelle la maire de Paris a refusé de retirer l'arrêté du 24 mars 2004 délivrant à l'association Institut européen de coopération et de développement un permis de construire pour le changement de destination à usage de bureau en habitation de locaux au 1er étage d'un bâtiment situé 23 rue de Constantinople à Paris (75008) ;

2°) de mettre à la charge de la Ville de Paris la somme de 1 500 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête n'est pas dirigée contre l'arrêté du 24 mars 2004, mais uniquement contre la décision du 30 avril 2021 par laquelle la maire de Paris a rejeté sa demande de retrait de cet arrêté ;

- l'arrêté du 24 mars 2004 a été obtenu par fraude, le bénéficiaire ayant trompé l'administration sur la réalité du projet qui, portant en apparence uniquement sur une zone du local dénommé " zone 1 ", portait en réalité également sur l'autre partie du local, désigné " zone 2 " ; cette dissimulation s'est traduite, sur le plan versé au service chargé de l'instruction de la demande de permis de construire, par le fait que les zones 1 et 2 ne sont pas expressément identifiées et qu'il n'est pas possible de distinguer, parmi les surfaces non concernées par le projet, celles faisant partie intégrante des locaux de celles concernant l'appartement d'un tiers ; entre outre, la surface du local mentionnée dans la demande de permis de construire ne correspond pas au métré de la " zone 1 ", mais approximativement à celui de l'addition des zones 1 et 2, soit de l'ensemble de la surface du local ; aucune information ne permet de déterminer que la " zone 1 " du permis de construire ne correspond pas à 144 m2, mais bien à 109 m2 et qu'une des surfaces exclues fait partie de ces locaux ;

- l'avis de préfet de police du 22 septembre 2003 visé par l'arrêté du 24 mars 2004 a été émis sur la base d'un plan erroné, excluant une partie des locaux faisant l'objet de la demande de permis de construire ; la coexistence de surface de bureaux et de surface d'habitation a été dissimulée au préfet de police ;

- la dissimulation de la " zone 2 " a permis la délivrance d'un permis de construire au mépris des règles de sécurité et sans que cette zone bénéficie d'un accès depuis les parties communes ;

- cette dissimulation intentionnelle s'explique par le souhait du bénéficiaire d'éviter de se voir, de nouveau, refuser la délivrance d'un permis de construire ;

- ni les autres pièces de la demande de permis de construire, ni la déclaration d'achèvement des travaux, ni la cession de commercialité ne remettent en cause le fait que le permis de construire délivré le 24 mars 2004 a été obtenu par fraude, dans le but de contourner plusieurs règles d'urbanisme.

Par un mémoire enregistré le 22 octobre 2021, l'association Institut européen de coopération et de développement, représentée par Me Lvovschi-Blanc, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conclusions de la requête dirigées contre l'arrêté du 24 mars 2004 sont tardives, et donc irrecevables ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 juillet 2022, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- les conclusions de la requête dirigées contre l'arrêté du 24 mars 2004 sont tardives, et donc irrecevables ;

- aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Grandillon, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme de Schotten, rapporteure publique ;

- les observations de Me Aumont, avocat de M. A ;

- et les observations de Me Lucet, représentant de l'association Institut européen de coopération et de développement.

Considérant ce qui suit :

1. Le maire de Paris a, par un arrêté du 24 mars 2004, délivré à l'association Institut européen de coopération et de développement (IECD) un permis de construire autorisant le changement de destination de locaux au 1er étage d'un immeuble situé au 23 rue de Constantinople à Paris (75008) d'usage de bureau en habitation. Le 6 octobre 2010, cette association a vendu à M. A ces locaux. Par une décision du 30 avril 2021, la maire de Paris rejeté la demande de M. A tendant au retrait de l'arrêté du 24 mars 2004. M. A, qui a expressément abandonné ses conclusions dirigées contre l'arrêté du 24 mars 2004, par son mémoire enregistré le 4 juillet 2022, demande uniquement l'annulation de la décision du 30 avril 2021 précitée.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

2. Il ressort du mémoire en réplique produit par M. A qu'il a décidé d'abandonner ses conclusions dirigées contre l'arrêté du 24 mars 2004. Il s'ensuit qu'il n'y a pas lieu de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par l'association IECD et la Ville de Paris à ces conclusions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Un tiers justifiant d'un intérêt à agir est recevable à demander, dans le délai du recours contentieux, l'annulation de la décision par laquelle l'autorité administrative a refusé de faire usage de son pouvoir d'abroger ou de retirer un acte administratif obtenu par fraude, quelle que soit la date à laquelle il l'a saisie d'une demande à cette fin. Dans un tel cas, il incombe au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, d'une part, de vérifier la réalité de la fraude alléguée et, d'autre part, de contrôler que l'appréciation de l'administration sur l'opportunité de procéder ou non à l'abrogation ou au retrait n'est pas entachée d'erreur manifeste, compte tenu notamment de la gravité de la fraude et des atteintes aux divers intérêts publics ou privés en présence susceptibles de résulter soit du maintien de l'acte litigieux soit de son abrogation ou de son retrait.

4. Il ressort des pièces du dossier, et plus particulièrement du plan communiqué par l'association IECD dans le cadre de sa demande de permis de construire déposée le 24 juin 2003, qu'au 1er étage de l'immeuble situé au 23 rue de Constantinople à Paris (75008) se trouvaient deux lots. Le premier, qui bénéficiait d'une entrée individuelle desservant un premier appartement qui n'appartenait pas à l'association, était totalement exclu du projet. Le second lot, qui appartenait à l'association précitée, était partiellement concerné par celui-ci, comme en témoigne la représentation des différentes pièces de vie destinée à l'habitation, lesquelles s'étendaient jusqu'au couloir desservant une chambre et une salle de bain et qui menait, ensuite, à une grande surface qui, bien que faisant partie intégrante du lot en cause, était expressément exclue du projet. Ainsi, contrairement à ce que soutient M. A, ce plan a permis au service d'instruction d'appréhender correctement le projet de changement d'usage de bureau en habitation, qui portait bien uniquement sur une partie seulement du second lot appartenant à l'association. Par ailleurs, si le pétitionnaire a, par erreur, indiqué dans le formulaire CERFA de sa demande de permis de construire que la surface hors œuvre nette concernée par le projet était de 152 m2 alors qu'elle était en réalité de 109 m2 calculée selon la loi Carrez, une telle erreur, dont l'intentionnalité n'est au demeurant pas établie, ne suffit pas pour démontrer que l'auteur de cette demande aurait chercher à induire en erreur l'administration en lui laissant penser que le projet portait sur l'ensemble de la surface du local qui, du reste, ne correspond pas au 152m2 déclarés par erreur, mais à 195m2 calculée selon la loi Carrez. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'avis du préfet de police a été émis sur la base d'un plan erronée et que l'arrêté dont il demande le retrait a été obtenu par fraude. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 24 mars 2004 délivrant le permis de construire à l'association IECD a été obtenu par fraude et que c'est à tort que, par la décision du 30 mars 2021, la maire de Paris a refusé faire droit à sa demande de retrait de cet arrêté.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision du 30 avril 2021 par laquelle la maire de Paris a refusé de retirer l'arrêté du 24 mars 2004 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacles à ce que soit mise à la charge de la Ville de Paris, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que réclame M. A au titre des frais liés au litige. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du requérant une somme de 1 500 euros à verser à l'association Institut européen de coopération et de développement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versera une somme de 1 500 euros à l'association Institut européen de coopération et de développement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M C A, à l'association Institut européen de coopération et de développement et à la Ville de Paris.

Délibéré après l'audience du 13 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Simonnot, président,

Mme Voillemot, première conseillère,

M. Grandillon, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2023.

Le rapporteur,

J. GRANDILLON

Le président,

J-F. SIMONNOT

La greffière,

S. RAHMOUNI

La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne, ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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