jeudi 10 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2114278 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET REIBELL ASSOCIES (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 28 juin 2021 et le 23 février 2022, le ministre des armées demande au tribunal :
1°) de condamner la société TK Elevator France (ex Thyssenkrupp Ascenseurs) à lui verser la somme de 176 621, 39 euros TTC ;
2°) de mettre à la charge de la société TK Elevator France les entiers dépens.
Il soutient que :
- les désordres observés sur les câbles de traction sont de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination et la responsabilité de la société TK Elevator France est engagée au titre de la garantie décennale ;
- le préjudice tenant aux frais de remplacement des câbles endommagés s'élève à 176 621, 39 euros TTC ;
- les frais d'expertise à hauteur de 7 112 euros doivent être mis à la charge de la société TK Elevator France au titre des dépens.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 janvier 2022, la société TK Elevator France (ex Thyssenkrupp Ascenseurs), représentée par Me Reibell, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce que l'indemnisation du préjudice soit limitée à 454 135 euros. En outre, elle demande à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que le coût de remplacement des câbles a été supporté par la société Opale, en charge de la gestion de l'immeuble de la tour F, dans ces conditions, le ministère des armées ne justifie pas d'une qualité lui donnant intérêt pour agir ;
- à titre subsidiaire, les conditions d'engagement de la responsabilité décennale ne sont pas réunies ;
- à titre infiniment subsidiaire, dans l'hypothèse où le tribunal accueillerait les demandes indemnitaires du ministère, celles-ci devraient être limitées à 45 135 euros HT.
Par ordonnance du 23 février 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 18 mars 2022 à 12 heures.
Par un courrier du 12 septembre 2022, une demande de pièces complémentaires sur le fondement de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative a été adressée au ministre des armées. Les pièces demandées ont été produites par un mémoire enregistré le 16 septembre 2022.
Dans le cadre des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, un mémoire a été enregistré le 27 septembre 2022 dans lequel la société TK Elevator France maintient ses précédentes conclusions.
Dans le cadre des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, un mémoire a été enregistré le 3 octobre 2022 dans lequel le ministre maintient ses précédentes conclusions.
Vu :
- l'ordonnance du 29 janvier 2020 taxant et liquidant les frais d'expertise à hauteur de 7 112 euros TTC ;
- les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de Mme Privet, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Dans le cadre des travaux de réhabilitation de la tour F sur le site dit du " Grand Balard ", la société Thyssenkrupp Ascenseurs, devenue la société TK Elevator France, a été désignée comme attributaire du lot n° 24 du marché de travaux relatif à la réalisation d'appareils élévateurs au sein de cette tour. Par la présente requête, l'Etat demande au tribunal de mettre à la charge de cette société, au titre de la garantie décennale, la somme de 176 621, 39 euros TTC.
Sur la fin de non-recevoir :
2. Le 2 décembre 2008, l'Etat, par l'intermédiaire de l'établissement du service d'infrastructure de la défense, a signé l'acte d'engagement pour le lot n° 24 avec la société Thyssenkrupp Ascenseurs devenue la société TK Elevator France. Le 30 mai 2011, l'Etat a ensuite conclu un contrat de partenariat avec la société Opale Défense. Néanmoins, il résulte de l'instruction que seule l'exploitation et la maintenance de la Tour F, dans laquelle se situent les ascenseurs dont les câbles de traction ont été remplacés, ont été confiées à la société. De plus, l'Etat a réceptionné les travaux de rénovation lourde de la Tour F préalablement à la prise en exploitation-maintenance de la Tour F par la société Opale. Ainsi, et dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que l'Etat aurait contractuellement cédé à la société Opale, exploitant de la Tour F, le droit d'exercer l'action en garantie décennale, seul l'Etat, en sa qualité de maître de l'ouvrage de la Tour F peut engager la garantie décennale de la société TK Elevator France (ex Thyssenkrupp Ascenseurs) en sa qualité de constructeur. Par suite, la société TK Elevator France n'est en tout état de cause pas fondée à soutenir que l'Etat ne justifierait pas d'une qualité lui donnant intérêt pour agir. En outre, la question de savoir si l'Etat justifie d'un préjudice direct et certain ne constitue pas une condition de recevabilité de la requête mais uniquement une des conditions de fond relatives à l'engagement de la responsabilité du constructeur. Par suite, la requête du ministère des armées est recevable.
Sur les conclusions indemnitaires :
3. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité à l'égard du maître d'ouvrage. La responsabilité décennale du constructeur peut être recherchée pour des dommages survenus sur des éléments d'équipement dissociables de l'ouvrage s'ils rendent celui-ci impropre à sa destination.
En ce qui concerne la mise en jeu de la garantie décennale :
4. D'une part, il résulte de l'instruction que les travaux de construction des appareils élévateurs dans la Tour F ont fait l'objet d'une réception définitive et que l'intégralité des réserves a été levée le 12 avril 2013.
5. D'autre part, dans son rapport, l'expert relève que, deux ans après leur installation, les câbles de traction des ascenseurs FNA 31, 32, 34, 36 présentaient d'importantes traces d'oxydation partielle et qu'ils ont dû être remplacés entre 2014 et 2016. En outre, l'expert relève également que les câbles des appareils FNA 38 et 40 ont également dû être remplacés pour les mêmes raisons. Il n'est pas sérieusement contesté que la corrosion des câbles de traction présentait un risque pour la sécurité des usagers. Ainsi, en raison des désordres affectant les câbles de traction, les appareils élévateurs de la Tour F ne pouvaient pas être utilisés dans des conditions de sécurité normales. De tels désordres étaient de nature à rendre impropre à sa destination la Tour F qui est un immeuble de grande hauteur. Par suite, ils entrent dans le champ de la garantie décennale.
6. Enfin, l'expert relève dans son rapport que l'oxydation des câbles de traction est imputable à la société TK Elevator France (ex Thyssenkrupp Ascenseurs), qui était en charge de la construction des appareils élévateurs. L'expert indique que l'oxydation est due au stockage inapproprié des câbles pendant les travaux et à l'exposition de ceux-ci aux intempéries. En outre, il relève que la société TK Elevator France n'a pas respecté le cahier des clauses techniques particulières qui stipulait que les matériaux utilisés devaient, soit par nature soit par traitement définitif, être protégés de la corrosion. Si la société TK Elevator France soutient que l'oxydation des câbles serait imputable à un mauvais entretien de la société Otis en charge de la maintenance des ascenseurs depuis le mois de juin 2014, elle n'établit pas que la société Otis aurait fait usage d'une huile inadaptée sur les câbles alors qu'au contraire, l'expert a relevé que la société Otis avait respecté les préconisations faites par le constructeur pour le graissage des câbles.
7. Il résulte de tout ce qui précède que l'Etat est fondé à rechercher la responsabilité décennale de la société TK Elevator France.
En ce qui concerne les préjudices :
8. L'Etat sollicite le versement d'une somme de 176 621, 39 euros TTC correspondant aux frais pris en charge par la société Opale Défense.
9. En premier lieu, il résulte de l'instruction et de ce qui a été dit aux points 2 à 7 que les frais liés aux réparations, qui entrent, au moins en partie, dans le champ de la garantie décennale, ont été supportés par la société Opale Défense. Or, seul l'Etat, en sa qualité de maître d'ouvrage, peut engager la garantie du constructeur. Dans ces conditions, dès lors que l'Etat devra rembourser à la société Opale Défense les frais de réparation entrant dans le champ de cette garantie, l'Etat justifie d'un préjudice certain et direct.
10. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que les frais de remplacement des câbles oxydés des appareils FNA 31, 32, 34, 36, 38 et 40 se sont élevés à 56 575 euros HT. En outre, du fait de leur corrosion, les câbles présentaient une mauvaise adhérence responsable de l'usure prématurée des variateurs de fréquence qui permettent de réguler la vitesse des ascenseurs. Dans ces conditions, les frais de remplacement des variateurs de fréquence des appareils FNA 38 et 40 - qui s'élèvent à 17 325,20 euros HT - sont directement imputables à la corrosion des câbles et entrent dans le champ de la garantie décennale. Il y a donc lieu de condamner la société TK Elevator France à verser à l'Etat une somme de 88 680, 24 euros TTC.
11. En troisième lieu, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport de l'expert, que les câbles de l'ascenseur FNA 35 ne présentaient aucune trace de corrosion et qu'ils ont été remplacés en décembre 2017, soit plus de quatre ans après leur installation, en raison de leur usure. En outre, si la société produit une facture correspondant au remplacement des câbles de l'appareil FNA 33, ainsi qu'à l'installation d'un platelage dans la gaine de cet appareil et au remplacement du variateur de fréquence hors service, il ne résulte pas de l'expertise, qui ne fait pas état de cet appareil, que les câbles de celui-ci étaient corrodés. De plus, il résulte de l'instruction que la remise en état du variateur de l'ascenseur FNA 40 effectuée en octobre 2017 pour un montant de 4 102,93 euros HT était due à un problème de disjoncteur principal et non à la corrosion des câbles. Dans ces conditions, les frais correspondant au remplacement des câbles de traction et des variateurs de fréquence des appareils FNA 33 et FNA 35 et au remplacement du variateur de l'appareil FNA 40 suite au problème du disjoncteur - qui s'élèvent au total à 42 647,39 euros HT - n'entrent pas dans le champ de la garantie décennale.
12. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 11 que tous les travaux pris en charge par la société Opale n'entrent pas dans le champ de la garantie décennale. Par suite, il y a lieu de faire une juste appréciation du préjudice tenant aux frais exposé pour l'accompagnement administratif, le suivi et le pilotage des travaux de réparation en condamnant la société TK Elevator France à verser à l'Etat une somme de 12 867, 48 euros TTC.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la TK Elevator France est condamnée à verser à l'Etat une somme de 101 547, 72 euros TTC.
Sur les frais liés au litige :
14. En premier lieu, aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise () dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens ". En application du deuxième aliéna de l'article R. 621-13 du même code, applicable lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre II du livre V du même code : " Dans le cas où les frais d'expertise () sont compris dans les dépens d'une instance principale, la formation de jugement statuant sur cette instance peut décider que la charge définitive de ces frais incombe à une partie autre que celle qui a été désignée par l'ordonnance mentionnée à l'alinéa précédent ou par le jugement rendu sur un recours dirigé contre cette ordonnance ".
15. Il résulte de l'instruction que, par une ordonnance n° 1619112 du 1er février 2017, le juge des référés du tribunal administratif de Paris a désigné M. A pour qu'il procède à une expertise concernant les désordres affectant les ascenseurs de la Tour F. Par une ordonnance du 29 janvier 2020, les frais et honoraires de l'expertise, qui s'élèvent à la somme de 7 112 euros TTC, ont été mis à la charge de l'Etat. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre la charge définitive de ces frais à la charge de la société TK Elevator France (ex Thyssenkrupp Ascenseurs), partie perdante dans le cadre de la présente instance.
16. En second lieu, l'Etat n'étant pas la partie perdante, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la sa charge la somme demandée par la société TK Elevator France (ex Thyssenkrupp Ascenseurs).
D E C I D E :
Article 1er : La société TK Elevator France (ex Thyssenkrupp Ascenseurs) est condamnée à verser à l'Etat une somme de 101 547, 72 euros TTC.
Article 2 : Les frais et honoraires de l'expertise qui s'élèvent à 7 112 euros TTC sont mis à la charge définitive de la société TK Elevator France.
Article 3 : Les conclusions présentées par la société TK Elevator France sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié au ministre des armées et à la société TK Elevator France (ex Thyssenkrupp Ascenseurs).
Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Amat, présidente,
Mme Armoët, première conseillère,
Mme Nguyen, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.
La rapporteure,
E. B
La présidente,
N. AMATLa greffière,
P. TARDY-PANIT
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026