jeudi 27 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2114346 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | HUON |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 6 juillet 2021, sous le numéro 2114346,
M. A B, représenté par Me Huon, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 6 mai 2021 par laquelle le ministre des armées a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé le 19 mars 2020 devant la commission de recours des militaires (CRM) à l'encontre de la décision du 15 janvier 2020 par laquelle le ministre des armées a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie ;
2°) d'annuler la décision du 15 janvier 2020 par laquelle le ministre des armées l'a placé en congé de longue maladie pour une troisième période de six mois, avec solde réduite de moitié, du 10 décembre 2019 au 9 juin 2020 inclus ;
3°) d'enjoindre au ministre des armées de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie et de lui verser une solde à taux plein, sans réduction ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros à verser à Me Huon au titre des frais de justice.
Il soutient que ses blessures à la cheville droite et à l'épaule droite, qui sont imputables au service dès lors qu'elles sont survenues dans le cadre de ses fonctions, ont entraîné une pathologie imputable au service.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 août 2022, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- à titre principal, les conclusions de M. B à l'encontre de la décision du
15 janvier 2020 sont irrecevables dès lors que la décision du 6 mai 2021, prise après avis de la CRM, s'est substituée à cette décision ;
- à titre subsidiaire, le moyen invoqué par M. B n'est pas fondé.
Par une ordonnance du 24 août 2022, la clôture d'instruction a été fixée au
26 septembre 2022.
II. Par une requête enregistrée le 4 avril 2022, sous le numéro 2207847,
M. A B, représenté par Me Huon, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 11 février 2022 par laquelle le ministre des armées a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé le 12 juillet 2021 devant la commission de recours des militaires à l'encontre de la décision du 30 juin 2021 par laquelle le ministre des armées l'a placé en congé de longue maladie non imputable au service pour une période de six mois, du 10 juin 2021 au 9 décembre 2021 inclus ;
2°) d'annuler la décision du 30 juin 2021 par laquelle le ministre des armées l'a placé en congé de longue maladie non imputable au service pour une période de six mois, du
10 juin 2021 au 9 décembre 2021 inclus ;
3°) d'enjoindre au ministre des armées de reconnaître l'imputabilité au service des accidents précités et de lui verser une solde à taux plein, sans réduction ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 à verser à Me Huon au titre des frais de justice.
Il soutient que ses blessures à la cheville droite et à l'épaule droite qui sont imputables au service dès lors qu'elles sont survenues dans le cadre de ses fonctions ont entrainé une pathologie imputable au service.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 août 2022, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- à titre principal, les conclusions de M. B à l'encontre de la décision du
30 juin 2021 sont irrecevables dès lors que la décision du 11 février 2022, prise après avis de la CRM, s'est substituée à cette décision ;
- à titre subsidiaire, le moyen invoqué par M. B n'est pas fondé.
Par une ordonnance du 24 août 2022, la clôture d'instruction a été fixée au
26 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la défense ;
- l'arrêté du 14 février 2020 relatif à la commission d'étude complémentaire du lien au service ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rebellato, rapporteur,
- et les conclusions de Mme Nikolic, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, sapeur-pompier, exerçant au sein de la brigade de sapeurs-pompiers de Paris depuis le 13 mai 2002, a été victime de quatre accidents de service, lorsqu'il était en position au sein de l'unité élémentaire spécialisée de Kourou en Guyane dans le cadre d'un stage d'entraînement en forêt équatoriale. Deux à la cheville droite survenus les
4 septembre et 4 décembre 2010 lors de séances de sport collectif et deux à l'épaule droite survenus les 16 novembre 2010 et 5 juin 2012 à la suite du port d'une charge lourde lors de la réfection d'un carbet situé sur les îles du Salut en Guyane. Invoquant une arthropathie acromioclaviculaire bilatérale imputable à ces accidents, il a été placé en congé de longue maladie pour une première période de six mois avec perception de l'intégralité de sa solde à compter du 10 décembre 2018. Son congé de longue maladie a été renouvelé pour une période de six mois. Par une décision du 15 janvier 2020, un troisième congé de longue maladie lui a été accordé pour une durée de six mois avec perception de la moitié de sa solde, du
10 décembre 2019 au 9 juin 2020 inclus. M. B a saisi la commission de recours des militaires (CRM) le 19 mars 2020, en contestant cette décision en tant qu'elle refuse de reconnaître l'imputabilité au service de son arthropathie acromioclaviculaire bilatérale. Le
6 novembre 2020, la commission d'étude complémentaire a émis un avis défavorable en estimant que l'affection dont il souffre doit être présumée sans lien avec le service. Par une décision du 6 mai 2021, le ministre des armées a rejeté la demande de l'intéressé. Le congé de longue maladie du requérant a de nouveau été renouvelé une quatrième fois du 10 juin 2020 au 9 décembre 2020 puis une cinquième fois du 10 juin 2021 au 9 décembre 2021 inclus par une décision du 30 juin 2021 du ministre des armées. M. B a saisi la CRM le
12 juillet 2021, en contestant cette dernière décision en tant qu'elle refuse de reconnaître l'imputabilité au service de son arthropathie acromioclaviculaire bilatérale. Par une décision du 12 février 2022, le ministre des armées a, après avoir recueilli l'avis de la CRM, rejeté la demande de l'intéressé. Par les présentes requêtes, M. B demande au tribunal d'annuler les décisions des 15 janvier 2020, 6 mai 2021, 30 juin 2021 et 12 février 2022.
Sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions des 15 janvier 2020 et
30 juin 2021 :
2. Aux termes de l'article R. 4125-1 du code de la défense : " Tout recours contentieux formé par un militaire à l'encontre d'actes relatifs à sa situation personnelle est, à l'exception de ceux concernant son recrutement ou l'exercice du pouvoir disciplinaire, précédé d'un recours administratif préalable, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. Ce recours administratif préalable est examiné par la commission des recours des militaires (). ". Aux termes de l'article R. 4125-10 du même code : " Dans un délai de quatre mois à compter de sa saisine, la commission notifie à l'intéressé la décision du ministre compétent, ou le cas échéant, des ministres conjointement compétents. La décision prise sur son recours, qui est motivée en cas de rejet, se substitue à la décision initiale. Cette notification, effectuée par lettre recommandée avec avis de réception, fait mention de la faculté d'exercer, dans le délai de recours contentieux, un recours contre cette décision devant la juridiction compétente à l'égard de l'acte initialement contesté devant la commission. L'absence de décision notifiée à l'expiration du délai de quatre mois vaut décision de rejet du recours formé devant la commission. "
3. L'institution d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître, le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale. Elle est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité. Si l'exercice d'un tel recours a pour but de permettre à l'autorité administrative, dans la limite de ses compétences, de remédier aux illégalités dont pourrait être entachée la décision initiale, sans attendre l'intervention du juge, la décision prise sur le recours n'en demeure pas moins soumise elle-même au principe de légalité.
4. Les décisions des 6 mai 2021 et 12 février 2022 par lesquelles le ministre des armées a rejeté les recours préalables obligatoires formés par M. B contre les décisions des 15 janvier 2020 et 30 janvier 2021 se sont entièrement substituées à celles-ci. Par suite, les conclusions du requérant dirigées contre les décisions des 15 janvier 2020 et 30 janvier 2021 sont irrecevables et la fin de non-recevoir opposée en ce sens par le ministre des armées doit être accueillie.
Sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions des 6 mai 2021 et
12 février 2022 :
5. Aux termes de l'article L. 4138-3 du code de la défense : " Les congés de maladie, d'une durée maximale de six mois pendant une période de douze mois consécutifs, sont attribués en cas d'affection dûment constatée mettant le militaire dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. " Aux termes de l'article L. 4138-11 du même code : " La non-activité est la position temporaire du militaire qui se trouve dans l'une des situations suivantes : () 2° En congé de longue maladie ; () " Aux termes de l'article
L. 4138-13 : " Le congé de longue maladie est attribué, après épuisement des droits de congé de maladie ou des droits du congé du blessé fixés aux articles L. 4138-3 et L. 4138-3-1, dans les cas autres que ceux prévus à l'article L. 4138-12, lorsque l'affection constatée met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions et qu'elle présente un caractère invalidant et de gravité confirmée. Lorsque l'affection survient du fait ou à l'occasion de l'exercice des fonctions ou à la suite de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, ce congé est d'une durée maximale de trois ans. Le militaire conserve, dans les conditions définies par décret en Conseil d'Etat, sa rémunération. Dans les autres cas, le militaire de carrière, ou le militaire servant en vertu d'un contrat réunissant au moins trois ans de services militaires, bénéficie de ce congé pendant une durée maximale de trois ans. L'intéressé perçoit, dans les conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, sa rémunération pendant un an, puis une rémunération réduite de moitié les deux années qui suivent. Le militaire servant en vertu d'un contrat réunissant moins de trois ans de services militaires bénéficie de ce congé, non rémunéré, pendant une durée maximale d'un an. Le militaire qui a obtenu un congé de longue maladie ne peut bénéficier d'un congé de même nature, s'il n'a pas auparavant repris l'exercice de ses fonctions pendant un an. () "
6. Aux termes de l'article R. 4138-58 du code de la défense : " Le congé de longue maladie prévu à l'article L. 4138-13 est attribué en raison d'une affection grave et invalidante autre que celles énumérées à l'article R. 4138-47. Ce congé est accordé, sur demande ou d'office, par décision du ministre de la défense, ou du ministre de l'intérieur pour les militaires de la gendarmerie nationale, sur le fondement d'un certificat d'un médecin des armées, par périodes de six mois renouvelables. Les dispositions relatives au congé de longue durée pour maladie prévues aux articles R. 4138-47 à R. 4138-57 s'appliquent également au congé de longue maladie, à l'exception du deuxième alinéa de l'article R. 4138-55. "
7. Aux termes du point I de l'arrêté du 14 février 2020 susvisé : " () Dans les cas litigieux ou particulièrement complexes, une commission, nommée " commission d'étude complémentaire du lien au service " (CECLAS), est chargée, dans les conditions fixées par le présent arrêté, de donner un avis sur l'existence d'un lien au service pour les affections considérées. " Aux termes du point IV du même arrêté : " La commission se prononce uniquement sur dossier. Elle peut faire procéder à toute mesure d'instruction, enquête ou expertise qu'elle estime nécessaire. " Enfin aux termes du VI : " La commission peut prononcer un avis de présomption de lien au service, un avis d'absence de présomption de lien au service ou demander des éléments complémentaires avant de se prononcer. "
8. En l'espèce, s'il est constant que les blessures à l'épaule et à la cheville droites du requérant sont imputables au service et constituent par suite des accidents de service, il ne ressort pas des pièces du dossier que la pathologie invoquée, une arthropathie acromioclaviculaire bilatérale, plusieurs années après lesdits accidents, soit en lien avec ces accidents. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que l'inspection du service de santé des armées et la commission d'étude complémentaire du lien au service ont, les 10 janvier et
14 février 2020, émis deux avis défavorables en estimant qu'il n'existait pas de lien potentiel entre l'affection invoquée et l'exercice de ses fonctions. Le requérant ne produit aucune pièce suffisante permettant d'établir le lien de cause à effet entre ses blessures consécutives à ses accidents de service et sa pathologie actuelle. Enfin, le ministre soutient également sans être contesté que le caractère bilatéral de l'affection invoquée contredit les allégations du requérant mentionnant des blessures uniquement sur le côté droit. Dans ces conditions, le ministre des armées n'a commis aucune erreur d'appréciation en plaçant M. B en congé de longue maladie et en regardant l'affection motivant ce congé comme étrangère à l'exercice de ses fonctions de militaire.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation des décisions attaquées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, et présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. B sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Riou, présidente,
M. Rebellato, premier conseiller,
M. Hélard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 27 avril 2023.
Le rapporteur,
J. REBELLATO
La présidente,
C. RIOU
La greffière,
S. PORRINAS
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2114346 - 2207847
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026