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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2114882

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2114882

lundi 31 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2114882
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4e Section - 2e Chambre - R.222-13
Avocat requérantBROCHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2021, M. B E et Mme C E née D, agissant en leur nom propre et au nom de leurs deux enfants mineurs, représentés F, demandent au tribunal :

1°) de condamner l'État à leur verser la somme de 34 000 euros en réparation des préjudices résultant de leur absence de relogement assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de réception de leur demande indemnitaire préalable ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à M. E au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la responsabilité de l'État est engagée en raison de sa carence à les reloger sur le fondement de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation ;

- ils subissent des troubles de toute nature dans leurs conditions d'existence et un préjudice moral.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2022, le préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, a informé le tribunal que M. E a été relogé le 12 juillet 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Madé en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Madé ;

- et les observations de Me Brochard représentant M. et Mme E.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une décision d'une commission de médiation en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court à compter de l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement.

2. M. E qui a présenté une demande de logement social sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, a été déclaré prioritaire et devant être relogé en urgence dans un logement répondant à ses besoins et ses capacités par une décision du 4 juillet 2019 de la commission de médiation du département de Paris au motif qu'il était dépourvu de logement et hébergé chez un tiers, cette décision valant pour trois personnes. Or, le préfet n'a pas proposé à l'intéressé un relogement dans le délai de six mois imparti par le code de la construction et de l'habitation à compter de l'édiction de la décision de la commission de médiation. Cette carence est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'État à compter du 4 janvier 2020 à l'égard de M. E. En revanche, il résulte de ce qui a été dit au point 1 que les conclusions présentées par l'épouse de l'intéressé en son nom propre et par M. et Mme E au nom de leurs enfants mineurs doivent être rejetées.

3. Il résulte de l'instruction que la situation qui a motivé la décision de la commission de médiation a perduré jusqu'au 12 juillet 2022, date à laquelle M. E a été relogé avec sa famille dans un appartement adapté à ses capacités et à ses besoins. En effet, jusqu'à cette date M. E a été hébergé chez ses parents puis a occupé un logement de type F2 d'une superficie de 40 mètres carrés avec sa famille, dont ils étaient menacés d'expulsion, le juge des référés du tribunal judiciaire de Paris ayant, par ordonnance du 3 mai 2021, ordonné leur expulsion du logement. Par ailleurs, quand bien même la seconde fille de M. E est née le 6 septembre 2020, soit postérieurement à la décision de la commission de médiation, il est constant que l'enfant vit avec le reste de la famille et fait ainsi partie du foyer de M. E. Par suite, conformément au principe dégagé au point 1 ci-dessus, la présence de l'enfant doit être prise en compte dans la détermination du préjudice subi par M. E du fait de son absence de relogement. Dans ces circonstances, compte tenu de ses conditions de logement, qui ont perduré jusqu'au 12 juillet 2022 du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes vivant au foyer pendant la période en cause, il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature subis par M. E dans ses conditions d'existence et de son préjudice moral en lui allouant une somme de 2 350 euros, tous intérêts compris à la date de la présente décision.

4. En application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 800 euros à M. E.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. E une somme de 2 350 euros, tous intérêts compris à la date de la présente décision.

Article 2 : L'Etat versera à M. E une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et Mme C E née D et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2022.

La magistrate désignée,

C. MADELa greffière,

E. MOUCHON

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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