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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2114937

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2114937

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2114937
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCORBIER-LABASSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 9 juillet 2021, le président du tribunal administratif de Pau a transmis au tribunal administratif de Paris, en application des articles R. 312-12 et R. 351-3 du code de justice administrative, la requête, enregistrée le 25 juin 2021, présentée pour M. A B et la Commune de Lescar.

Par cette requête et un mémoire, enregistré le 8 août 2022, M. B, représenté par Me Corbier-Labasse, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 avril 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a retiré la décision tacite née le 5 mars 2021 portant autorisation de son détachement ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'a reçu aucune réponse directe de son administration plus de deux mois après sa demande de détachement, ce qui a donné naissance à une décision tacite d'acceptation le 5 mars 2021 ;

- l'administration ne pouvait légalement procéder au retrait de la décision par laquelle a été autorisé son détachement ;

- la procédure contradictoire n'a pas été respectée dès lors qu'il n'a pas été en mesure de faire valoir ses observations ;

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de l'article 6 du décret du 23 décembre 2004.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 décembre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- une décision tacite d'acceptation n'a pas pu naître dès lors que M. B n'a pas transmis sa demande de détachement aux services compétents ;

- la décision contestée n'était pas soumise au respect d'une procédure contradictoire préalable dès lors qu'elle relève des relations entre l'administration et un de ses agents ;

- à supposer qu'une décision tacite d'acceptation ait pu naître, celle-ci était en tout état de cause irrégulière au regard des textes applicables soumettant les gardiens de la paix recrutés par la voie d'un concours à affectation Ile-de-France à demeurer servir l'Etat pour une durée minimale de huit ans en région Ile-de-France.

Par ordonnance du 1er août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 31 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- le décret n° 2004-1439 du 23 décembre 2004 portant statut particulier du corps d'encadrement et d'application de la police nationale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rebellato,

- les conclusions de Mme Nikolic, rapporteure publique,

- et les observations de Me Corbier-Labasse, représentant M. B et la commune de Lescar.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, nommé gardien de la paix stagiaire le 9 novembre 2015, suite à sa réussite au concours et affecté en Ile-de-France, a sollicité le 24 décembre 2020, son détachement auprès de la mairie de Lescar en qualité de policier municipal. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 27 avril 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a retiré la décision tacite d'acceptation de sa demande de détachement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'existence d'une décision tacite d'acceptation :

2. Aux termes de l'article 14 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Hormis les cas où le détachement et la mise en disponibilité sont de droit, une administration ne peut s'opposer à la demande de l'un de ses fonctionnaires tendant, avec l'accord du service, de l'administration ou de l'organisme public ou privé d'accueil, à être placé dans l'une de ces positions statutaires ou à être intégré directement dans une autre administration qu'en raison des nécessités du service ou, le cas échéant, d'un avis rendu par la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Elle peut exiger de lui qu'il respecte un délai maximal de préavis de trois mois. Son silence gardé pendant deux mois à compter de la réception de la demande du fonctionnaire vaut acceptation de cette demande ".

3. Par un rapport du 24 décembre 2020, reçu le 4 janvier 2021, M. B a adressé à sa hiérarchie une demande de détachement. Du silence gardé par l'administration pendant deux mois à compter de la réception de la demande de détachement de M. B, est née, le 5 mars 2021, une décision valant acceptation.

En ce qui concerne la légalité de la décision litigieuse :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : [] 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; [] " Aux termes de l'article L. 121-1 : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. " Et aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " [] les dispositions de l'article L. 121-1, en tant qu'elles concernent les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ne sont pas applicables aux relations entre l'administration et ses agents. "

5. La décision attaquée du ministre de l'intérieur doit être regardée comme une décision créatrice de droit dès lors qu'elle porte retrait de la décision tacite d'autorisation du détachement de M. B. Si cette décision devait être motivée en application des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, les dispositions précitées de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ne sont toutefois pas applicables aux relations entre une administration et ses agents. La décision n'avait pas, dès lors, à être soumise au respect d'une procédure contradictoire. Par suite, le moyen tiré du non-respect de la procédure contradictoire n'est pas fondé.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision ". Aux termes de l'article 14 bis de la loi du 13 juillet 1983 susvisée : " Hormis les cas où le détachement, la mise en disponibilité et le placement en position hors cadres sont de droit, une administration ne peut s'opposer à la demande de l'un de ses fonctionnaires tendant, avec l'accord du service, de l'administration ou de l'organisme public ou privé d'accueil, à être placé dans l'une de ces positions statutaires ou à être intégré directement dans une autre administration qu'en raison des nécessités de service () / Les décrets portant statuts particuliers ou fixant des dispositions statutaires communes à plusieurs corps ou cadres d'emplois peuvent () imposer une durée minimale de services effectifs dans le corps ou cadre d'emplois ou auprès de l'administration où le fonctionnaire a été affecté pour la première fois après sa nomination dans le corps ou cadre d'emplois ". Aux termes de l'article 6 du décret du 23 décembre 2004 susvisé : " II. -Les concours mentionnés au I peuvent être ouverts pour une affectation régionale en Ile-de-France. Les gardiens de la paix recrutés par un tel concours sont affectés dans cette région pendant une durée minimale de huit ans à compter de leur nomination en qualité de gardien de la paix stagiaire. "

7. D'une part, le requérant soutient que la durée minimale d'affectation fixée par l'article 6 du décret précité ne pouvait concerner univoquement un corps ou cadre d'emplois ou l'administration où le fonctionnaire a été affecté. Toutefois il ne résulte pas de l'instruction que le pouvoir règlementaire aurait commis une erreur de droit en prévoyant une durée minimale d'affectation aux gardiens de la paix recrutés par la voie d'un concours ouvert pour une affectation régionale en Ile-de-France. Par suite, l'exception d'illégalité doit être écartée.

8. D'autre part il résulte de ces dispositions que si l'administration ne peut légalement s'opposer à la demande d'un de ses fonctionnaires tendant à être placé en position de détachement auprès d'une autre administration ou d'un autre organisme pour des motifs autres que ceux tirés des nécessités de service ou d'un avis d'incompatibilité rendu par la commission de déontologie, des restrictions peuvent être apportées à ce principe par les décrets portant statuts particuliers des corps et cadres d'emplois. A cet égard, s'agissant du corps d'encadrement et d'application de la police nationale, le décret du 23 décembre 2004 portant statut particulier dudit corps, cité au point précédent, impose dans son article 6 que les gardiens de la paix recrutés par la voie d'un concours ouvert pour une affectation régionale en Ile-de-France doivent demeurer affectés dans cette région pendant une durée minimale de huit ans à compter de leur nomination en qualité de stagiaire. Contrairement à ce qu'il soutient, il ressort des pièces du dossier que l'article 6 du décret précité lui était applicable sans qu'il soit nécessaire de produire un engagement de servir signé par le requérant. Il résulte des pièces du dossier et notamment de la fiche d'engagement de M. B du 18 mars 2015, qu'il est établi que cette période d'affectation en Ile-de-France de huit ans doit, pour ce qui le concerne, prendre fin le 8 novembre 2023. Ainsi, l'administration n'a pas commis d'erreur de droit en procédant au retrait, le 27 avril 2021, de la décision tacite d'acceptation de sa demande de détachement dès lors que celle-ci est illégale et que son retrait est intervenu dans les deux mois impartis. Enfin et à supposer le moyen invoqué, il ne ressort pas des pièces du dossier que le ministre se serait estimé, à tort, en situation de compétence liée au regard du délai de huit ans. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de la décision de retrait du fait de la légalité de la décision tacite d'autorisation du détachement de M. B n'est pas fondé.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée à la Commune de Lescar.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gros, président,

M. Feghouli, premier conseiller,

M. Rebellato, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 29 juin 2023.

Le rapporteur, Le président,

J. REBELLATO L. GROS

La greffière,

S. PORRINAS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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