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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2114982

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2114982

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2114982
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET MAUGER, MESBAHI ASSOCIES (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 juillet 2021, Mme B C, représentée par Me Mauger, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire n°42959 émis par la Ville de Paris en vue du recouvrement de la somme de 36 000 euros ;

2°) d'annuler la lettre de relance de la direction générale des finances publiques du 17 mai 2021 relative à cette créance ;

3°) d'annuler la décision du 19 mai 2021 par laquelle la Ville de Paris a refusé de prendre en charge le montant de ses condamnations ;

4°) de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les décisions attaquées sont entachées d'erreur de droit dès lors que le préfet de Paris lui a octroyé la protection fonctionnelle et qu'à ce titre les condamnations civiles ne pouvaient pas être mises à sa charge.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 octobre 2021, la Ville de Paris, représentée par Me Falala, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 25 octobre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 16 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le décret n°2012-246 du 7 novembre 2012 ;

- le décret n°2017-97 du 26 janvier 2017 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Mauclair, rapporteure publique,

- et les observations de Me Gorse, représentant la Ville de Paris.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C était directrice du centre d'accueil d'urgence assurant l'hébergement et l'accompagnement d'enfants mineurs en grande difficulté de Saint-Vincent de Paul, situé à Paris d'octobre 2010 à avril 2012. Durant cette période, cinq agents ont déposé plainte à son encontre pour des faits de harcèlement moral. Mme C a sollicité le département de Paris afin de bénéficier de la protection fonctionnelle et cette demande a été rejetée le 22 juin 2016, au motif que les faits reprochés avaient le caractère d'une faute personnelle détachable du service. Le 24 mars 2017, elle a formé une nouvelle demande de protection fonctionnelle auprès des services du préfet de Paris. Cette demande a été acceptée le 31 août 2017. Le tribunal de grande instance de Paris l'a condamnée le 27 avril 2017 à une peine d'emprisonnement avec sursis, à réparer le préjudice des cinq victimes au titre de l'action civile et au paiement des frais irrépétibles, pour un montant total de 31 000 euros. La cour d'appel de Paris a confirmé ce jugement et mis à sa charge les frais irrépétibles d'un montant total de 5 000 euros. Le 3 octobre 2017, Mme C a réitéré sa demande auprès du département de Paris afin que l'ensemble de ces frais d'instance et condamnations soient pris en charge, en application de la protection fonctionnelle qui lui avait été accordée par le préfet de Paris. Le département de Paris a rejeté cette demande par un courrier du 6 novembre 2017. La Ville de Paris s'étant substituée au département de Paris, elle s'est acquittée des sommes dues aux cinq victimes au titre de la protection fonctionnelle dont bénéficiaient ces dernières. Un avis des sommes à payer n°42959 émis par la Ville de Paris a été adressé à Mme C en vue du paiement de la somme de 36 000 euros. Le 23 avril 2021, Mme C a formé un recours auprès de la Ville de Paris afin de contester ce titre et demander une nouvelle fois la prise en charge financière des condamnations civiles dont elle avait fait l'objet. Par une lettre de relance du 17 mai 2021, le paiement de la somme de 36 000 euros lui a été à nouveau réclamé. Par une décision du 19 mai 2021, la Ville de Paris a confirmé le refus de protection fonctionnelle et le refus de prise en charge financière de ces condamnations civiles. Mme C demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " I.-A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire. () / III.- Lorsque le fonctionnaire fait l'objet de poursuites pénales à raison de faits qui n'ont pas le caractère d'une faute personnelle détachable de l'exercice de ses fonctions, la collectivité publique doit lui accorder sa protection. Le fonctionnaire entendu en qualité de témoin assisté pour de tels faits bénéficie de cette protection. La collectivité publique est également tenue de protéger le fonctionnaire qui, à raison de tels faits, est placé en garde à vue ou se voit proposer une mesure de composition pénale. / IV.- La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. () VI.- La collectivité publique est subrogée aux droits de la victime pour obtenir des auteurs des faits mentionnés aux IV et V la restitution des sommes versées au fonctionnaire ou aux personnes mentionnées au V. Elle dispose, en outre, aux mêmes fins, d'une action directe, qu'elle peut exercer au besoin par voie de constitution de partie civile devant la juridiction pénale. ". Aux termes de l'article 3 du décret du 26 janvier 2017 relatif aux conditions et aux limites de la prise en charge des frais exposés dans le cadre d'instances civiles ou pénales par l'agent public ou ses ayants droit : " La décision de prise en charge au titre de la protection fonctionnelle indique les faits au titre desquels la protection est accordée. Elle précise les modalités d'organisation de la protection, notamment sa durée qui peut être celle de l'instance. ".

3. Il résulte de l'instruction que la requérante a formé une demande de protection fonctionnelle auprès du préfet de Paris le 31 mars 2017 à la suite des poursuites pénales dont elle faisait l'objet, en joignant à sa demande le devis adressé par son avocat. Par une décision du 31 août 2017, le préfet de Paris lui a octroyé la protection fonctionnelle afin de préparer sa défense dans le cadre de ces poursuites pénales. Si la requérante soutient que cette protection imposait à l'administration d'acquitter à sa place l'ensemble des sommes dont elle s'est retrouvée débitrice à l'issue de cette procédure, et notamment les condamnations civiles prononcées à son encontre, il ne ressort pas des termes de la décision du 31 août 2017, qui, conformément aux dispositions précitées de l'article 3 du décret du 26 janvier 2017, fixe les modalités d'organisation de la protection accordée, que la protection fonctionnelle dont elle bénéficiait impliquait la prise en charge d'autres frais que ceux engagés afin de préparer sa défense. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de droit que la Ville de Paris, conformément aux dispositions précitées du VI de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983, a émis un titre exécutoire à son encontre afin que la requérante lui restitue les sommes qu'elle a versées aux victimes, elles-mêmes bénéficiaires de la protection fonctionnelle.

4. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité, que les conclusions à fin d'annulation du titre exécutoire n°42959 émis par la Ville de Paris, de la lettre de relance de la direction générale des finances publiques du 17 mai 2021 et de la décision 19 mai 2021 par laquelle la Ville de Paris a refusé de prendre en charge le montant des condamnations civiles doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la Ville de Paris, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la requérante au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la requérante la somme demandée par la Ville de Paris au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la Ville de Paris présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à la Ville de Paris.

Copie en sera adressée au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et du département de Paris.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Fouassier, président,

Mme Belkacem, première conseillère,

Mme Marchand, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.

La rapporteure,

A. A

Le président,

C. FOUASSIER

Le président,

C. FOUASSIER

La rapporteure,

A. A

Le président,

C. FOUASSIERLa greffière,

C. EL HOUSSINE

La République mande et ordonne au préfet d'Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°211498

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