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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2115581

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2115581

mardi 27 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2115581
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2e Section - 1re Chambre
Avocat requérantORHANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 21 juillet 2021, le 29 juillet 2021 et le 5 septembre 2022, M. C A, représenté par Me Louise Orhant, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 25 mai 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFFI) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'ordonner au directeur de l'OFFI de le rétablir ainsi que sa fille au bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile à titre rétroactif depuis le refus, et ce dans un délai de trois jours à compter de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 à verser à Me Orhant, son avocate, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, ou, en cas de refus du bénéfice de l'aide juridictionnelle, de lui verser directement cette somme en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la légalité externe :

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

- elle a été prise sans entretien préalable de vulnérabilité en méconnaissance de l'article L.522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- M. A n'a pas été à même de faire valoir ses observations en méconnaissance de l'article D.551-18 de ce code ;

- que la décision ne mentionnait pas la nécessité d'un recours préalable ;

Sur la légalité interne

- elle est entachée d'une erreur de droit pour méconnaissance de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable à compter du 1er mai 2021 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Par une décision en date du 21 octobre 2021, le président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal de grande instance de Paris a accordé l'aide juridictionnelle totale au requérant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 août 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il demande une substitution de base légale et soutient que la requête est irrecevable pour défaut de recours administratif préalable et enfin, qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par une ordonnance en date du 19 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code d'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les conclusions de M. Mazeau, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant soudanais né le 1er janvier 1998 a obtenu le 21 mai 2021 l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure accélérée. Par une décision du 25 mai 2021 le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFFI) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, en application des dispositions des articles L.744-8 et D. 744-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif qu'il avait présenté sa demande plus de 90 jours après son entrée en France. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 21 octobre 2021. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à ce qu'il soit admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions en annulation :

S'agissant de la légalité externe :

3. En premier lieu, la décision attaquée qui précise le fondement du refus des conditions matérielles d'accueil en indiquant " sans motif légitime vous présentez votre demande d'asile plus de 90 jours après votre entrée en France " et reprend ainsi les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est suffisamment motivée sans que le requérant puisse utilement faire valoir qu'elle vise à tort l'article L.744-8 de ce code au lieu de l'article L.551-15, applicable à compter du 1er mai 2021 dès lors que ces dispositions ont fait l'objet d'une recodification à droit constant à compter du 1er mai 2021 et sont reprises à l'article L. 551-15 du code. Le moyen tiré d'une insuffisance de motivation doit donc être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ". Aux termes de l'article L. 522-2 de ce code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin ". Enfin, aux termes de l'article R. 522-1 du même code : " L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application des articles L. 522-1 à L. 522-4, à l'aide d'un questionnaire dont le contenu est fixé par arrêté des ministres chargés de l'asile et de la santé ".

5. En l'espèce, contrairement à ce que soutient M. A, il ressort des pièces du dossier et en particulier de la fiche d'évaluation de vulnérabilité produite par l'OFII et signée par le requérant le 21 mai 2021 qu'un entretien d'évaluation de sa vulnérabilité a été effectué lors de l'enregistrement de sa demande d'asile. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle prend effet à compter de sa signature. " et aux termes de l'article D. 551-18 de ce code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature ".

7. Si M. A fait valoir qu'en méconnaissance de l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'a pu faire valoir ses observations préalables, ces dispositions ne sont applicables que dans le cas d'une décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil et non, comme en l'espèce, lorsque l'OFII refuse les conditions matérielles d'accueil. Ce moyen est inopérant et doit être écarté.

S'agissant de la légalité interne :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L.744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être ()2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. ". Ces dispositions ont fait l'objet d'une recodification à droit constant à compter du 1er mai 2021 et sont reprises notamment aux articles L. 551-15, L.551-16 et D. 551-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi L.551-15 de ce code dispose que : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". le 3° de l'article L. 531-27 du même code, dans sa rédaction applicable au présent litige dispose que : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ; ".

9. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.

10. En l'espèce, l'OFII demande de substituer aux dispositions de l'article L.744-8 du code qui fondent la décision attaquée celles de l'article L.551-15 applicables à compter du 1er mai 2021. Cette substitution de base légale ne privant le requérant d'aucune garantie, il y a lieu d'y procéder. Dès lors le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L.744-8 du code dans sa nouvelle rédaction issue de l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020, entrée en vigueur le 1er mai 2021, doit être écarté.

11. En deuxième lieu, pour refuser au requérant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, l'OFII a retenu qu'il avait déposé sa demande d'asile au-delà du délai de 90 jours dès lors, qu'entré en France le 1er janvier 2021, il a déposé sa demande le 21 mai 2021. Si M. A fait valoir qu'il est entré sur le territoire national le 4 mai 2021, il ressort de ses écrits à l'OFII ainsi que lors de son entretien de vulnérabilité du 21 mai 2021 qu'il a indiqué être entré sur le territoire national le 1er janvier 2021 et n'a fait état d'une entrée au 4 mai 2021 que, postérieurement, dans son récit soumis à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, enregistré le 21 juin 2021. Dans ces conditions, alors que M. A ne donne aucun élément pour justifier de sa date d'entrée en France, il n'est pas fondé à soutenir qu'il ne relevait pas des dispositions de l'article L.551-15 du code permettant à l'OFII de lui refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

12. Enfin, si le requérant soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, il ne donne aucune précision sur sa situation et ne justifie d'aucun élément de nature à établir que cette décision entraine de graves conséquences sur sa situation personnelle. Ce moyen doit donc être également écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A est rejetée en toutes ses conclusions

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 13 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Evgénas, présidente,

Mme Laforêt, première conseillère,

Mme de Saint-Chamas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2022.

La présidente,

J. EVGENAS

L'assesseure la plus ancienne,

L. LAFORET

La greffière,

B. CHAHINE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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