mardi 5 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2115626 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | SEMAK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 juillet 2021 et le 17 juin 2022, Mme A C, représentée par Me Semak, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 18 décembre 2020 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a notifié la suspension de ses conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile à titre rétroactif pour la période du 18 décembre 2020 au 30 avril 2021, dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 2 400 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Mme C soutient que :
-la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen et de motivation ;
-elle n'a reçu aucune proposition d'hébergement ;
-il n'est pas établi que l'Office français de l'immigration et de l'intégration aurait recueilli ses observations et respecté les délais impartis avant de prendre la décision attaquée ;
-la décision méconnaît l'article 20 de la directive 2013/33/UE et les dispositions relatives au droit aux conditions matérielles d'accueil ;
-elle n'a pas bénéficié d'un entretien de vulnérabilité en méconnaissance de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'un défaut de base légale dès lors que le 1° de l'article R. 744-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ajoute à la loi et est entaché d'illégalité ;
-son droit à l'information a été méconnu.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juin 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun moyen n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
-le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme B.
Une note en délibéré a été présentée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration a été enregistrée le 22 juin 2022.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante sri-lankaise née le 23 février 1989 à Chavakachcheri, est entrée en France en 2017 avec son époux et ses deux enfants mineurs. Elle a été placée en procédure Dublin et a obtenu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Sa demande d'asile a été enregistrée en procédure normale en octobre 2019. Par une décision du 18 décembre 2020, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a notifié à l'intéressée une décision de suspension de ses conditions matérielles d'accueil. Mme C demande l'annulation de cette décision.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme C de prononcer l'admission provisoire de l'intéressée au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments caractérisant la situation personnelle de la requérante, vise les textes dont elle fait application et mentionne les faits qui en constituent le fondement. Elle indique, en particulier, que l'OFII a notifié à Mme C, par un courrier du 5 novembre 2020, son intention de suspendre les conditions matérielles d'accueil dont elle bénéficiait au motif qu'elle a refusé une proposition d'hébergement le 2 novembre 2020, qu'elle a disposé de quinze jours pour faire valoir ses observations et que l'évaluation de sa situation personnelle et familiale ne fait pas apparaître de facteur particulier de vulnérabilité ni de besoins particuliers en matière d'accueil. Dans ces conditions, la décision attaquée est suffisamment motivée.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des motifs de la décision attaquée ou des autres pièces du dossier que la directrice territoriale de l'OFII n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation Mme C avant de prendre la décision litigieuse. Le moyen ne peut donc qu'être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction résultant de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile alors applicable : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, définies à l'article L. 348-1 du code de l'action sociale et des familles et à l'article L. 744-1 du présent code, est subordonné à l'acceptation par le demandeur d'asile de l'hébergement proposé, déterminé en tenant compte de ses besoins, de sa situation au regard de l'évaluation prévue à l'article L. 744-6 et des capacités d'hébergement disponibles. / Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, des conséquences de l'acceptation ou du refus de l'hébergement proposé. () ". En outre, aux termes de l'article L. 744-8 du même code dans sa rédaction résultant de la même loi : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; () La décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. / La décision est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites dans les délais impartis. () ". Enfin, aux termes de l'article R. 744-35 dudit code dans sa version encore applicable : " Le versement de l'allocation peut être suspendu lorsqu'un bénéficiaire : / 1° A refusé une proposition d'hébergement dans un lieu mentionné à l'article L. 744-3 ; () ". Si les termes de ces articles ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur ensemble qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives à la suspension et au rétablissement de conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.
6. D'une part, il ressort des termes de la décision attaquée que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil acceptées par Mme C le 21 décembre 2017 au motif que cette dernière avait refusé une proposition d'hébergement en application du 1° de l'article R. 744-35 précité. Si la requérante soutient que cet article ajoute à la loi dès lors que l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prévoit pas que les conditions matérielles d'accueil puissent être suspendues dans l'hypothèse d'un refus de proposition d'hébergement, l'article L. 744-7 dans sa version applicable indiquait que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil était subordonné à l'acceptation par le demandeur d'asile de l'hébergement proposé. Par suite, les moyens tirés du défaut de base légale et de l'erreur de droit doivent être écartés.
7. D'autre part, si Mme C soutient qu'elle n'a jamais refusé d'offre d'hébergement le 2 novembre 2020, l'OFII établit que l'intéressée a accepté, le 21 septembre 2020, d'être orientée avec sa famille vers un centre d'hébergement à Angoulême, qu'alors qu'elle était quasiment au terme de sa grossesse, il a été convenu que le départ pour Angoulême serait repoussé au 27 octobre 2020, et que la famille, convoquée à un rendez-vous le 22 octobre 2020 pour organiser ce départ ne s'y est pas présentée et qu'elle a refusé de rejoindre le centre en question en invoquant sa situation familiale et sanitaire. Dans ces conditions, l'OFII était fondé à estimer que Mme C, qui ne s'est pas présentée au centre d'hébergement d'Angoulême dans un délai de cinq jours après sa convocation alors qu'une place avait été réservée pour sa famille depuis le 21 septembre 2020 et qui n'invoque aucun motif légitime pour en justifier, a refusé un hébergement le 2 novembre 2020.
8. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 4 novembre 2020, distribué le 9 novembre suivant, l'OFII a informé Mme C de son intention de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil en raison de son refus d'une proposition d'hébergement le 2 novembre 2020 et lui a indiqué qu'elle disposait d'un délai de quinze jours pour présenter ses observations. Dans ces conditions, et alors, en outre, que la décision attaquée a été adoptée après l'expiration de ce délai, le moyen tiré du vice de procédure manque en fait et doit être écarté.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier () les personnes atteintes de maladies graves () ".
10. Il résulte des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée, que tout demandeur d'asile doit bénéficier d'un entretien personnel, destiné à évaluer sa vulnérabilité, lors de la présentation de sa première demande d'asile. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a bien bénéficié d'un tel entretien lors de sa présentation devant le guichet unique des demandeurs d'asile le 21 décembre 2017 et que la vulnérabilité de sa famille a été évaluée à 0. En revanche, les dispositions de l'article L. 744-6 n'imposent pas qu'un nouvel entretien soit mené préalablement à une décision de suspension des conditions matérielles d'accueil. Ainsi, Mme C, qui n'allègue ni avoir demandé un nouvel entretien, ni avoir fait état de circonstances nouvelles quant à sa vulnérabilité, ne peut utilement se prévaloir de l'absence d'un tel entretien avant que l'OFII ne lui suspende le bénéfice les conditions matérielles d'accueil.
11. En sixième lieu, alors qu'elle a refusé un hébergement adapté à sa famille et réservé pour elle depuis le 21 septembre 2020 et qu'elle avait été informée, lors de l'acceptation des conditions matérielles d'accueil le 21 septembre 2017, dans une langue qu'elle comprend comme cela ressort du document produit par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qu'un tel refus l'exposerait à une suspension de ses conditions matérielles d'accueil, les circonstances que Mme C invoque et notamment le fait qu'elle souffrirait d'un syndrome anxio-dépressif et son époux d'une lombalgie chronique, ne sont pas de nature à démontrer que l'OFII aurait commis une erreur d'appréciation en estimant que sa situation personnelle et familiale ne faisait pas apparaître de facteur particulier de vulnérabilité. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 20 de la directive 2013/33/UE et des dispositions relatives au droit à des conditions matérielles d'accueil doivent être écartés.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme C tendant à l'annulation de la décision de la directrice territoriale de l'OFII du 18 décembre 2020 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E
Article 1er : Mme C est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, Me Semak et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 21 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Bachoffer, président,
Mme Dousset, première conseillère,
M. Seguin, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.
La rapporteure,
A. B
Le président,
B.R. BACHOFFER
La greffière,
L. REGNIER
La République mande et ordonne au ministre l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision./1-2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026