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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2115691

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2115691

vendredi 21 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2115691
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 1re Chambre
Avocat requérantDUMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 19 juillet 2021 sous le numéro 2115691, M. C B, représenté par Me Dumont, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a refusé sa demande de monétisation des heures supplémentaires pour un montant de 59 142 euros ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de " reconnaître le bon du paiement des heures supplémentaires " ;

3°) de mettre à la charge du ministre de l'intérieur une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- la décision attaquée n'est pas motivée ;

- elle est fondée sur une note de service non publiée ;

- elle est entachée d'erreur de droit.

Par une ordonnance du 23 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixé au 13 février 2023.

Le ministre de l'intérieur a produit un mémoire le 4 avril 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction, et qui n'a pas été communiqué.

II. Par une requête enregistrée le 6 septembre 2021 sous le numéro 2118898, M. C B, représenté par Me Dumont, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 août 2021 par laquelle le chef du service de la protection de la police nationale a refusé de signer sa demande de monétisation de ses heures supplémentaires ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de payer ses heures supplémentaires pour un montant de 59 142 euros et de " reconnaître le bon du paiement des heures supplémentaires " ;

3°) de mettre à la charge du ministre de l'intérieur une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

M. B soutient que :

- la décision attaquée n'est pas motivée ;

- elle est fondée sur une note de service non publiée ;

- elle est entachée d'erreur de droit.

Par une ordonnance du 23 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixé au 13 février 2023.

Le ministre de l'intérieur a produit un mémoire le 4 avril 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 95-654 du 9 mai 1995 fixant les dispositions communes applicables aux fonctionnaires actifs des services de la police nationale ;

- le décret n° 2000-194 du 3 mars 2000 fixant les conditions d'attribution d'une indemnité pour services supplémentaires aux fonctionnaires actifs de la police nationale ;

- l'arrêté du 23 avril 2002 relatif aux indemnités horaires pour travaux supplémentaires servies à certaines catégories de personnel du ministère de l'intérieur ;

- l'arrêté du 6 juin 2006 portant règlement général d'emploi de la police nationale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Thulard, rapporteur public,

- et les observations de Me Dumont, représentant M. B.

Des notes en délibéré présentées pour M. B par Me Dumont pour les requêtes n°s 2115691 et 2118898 ont été enregistrées le 11 avril 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, brigadier de police détaché depuis le 1er juin 2019 auprès du Parlement européen, a demandé le 17 mars 2021 à bénéficier de la campagne de monétisation des heures supplémentaires au titre de 2021. L'absence de réponse a fait naître un rejet implicite de sa demande, auquel s'est substitué un rejet explicite du 13 août 2021, son chef de service lui ayant indiqué qu'il ne pouvait signer sa demande au motif que M. B se trouvait en détachement. M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2115691 et n° 2118898 sont dirigées contre la même décision et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par une seule décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation du rejet implicite opposé à la demande de M. B :

3. Si le silence gardé par l'administration sur une demande fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite, se substitue à la première décision. En conséquence, les conclusions aux fins d'annulation de cette décision implicite doivent être regardées comme dirigées contre la décision expresse de rejet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes du second alinéa de l'article 22 du décret du 9 mai 1995 fixant les dispositions communes applicables aux fonctionnaires actifs des services de la police nationale : " Les services accomplis au-delà de la durée hebdomadaire normale du travail sont compensés par des repos égaux ou équivalents qui doivent être accordés dans les plus courts délais compatibles avec les besoins du service, ou dans des conditions définies par décret, par un régime indemnitaire adapté ". Aux termes de l'article 1er du décret du 3 mars 2000 fixant les conditions d'attribution d'une indemnité pour services supplémentaires aux fonctionnaires actifs de la police nationale : " Les fonctionnaires actifs de la police nationale, à l'exclusion des fonctionnaires du corps de conception et de direction et du corps de commandement, peuvent, lorsqu'ils sont amenés à effectuer des services supplémentaires non susceptibles de donner lieu à récupération, bénéficier d'une indemnité pour services supplémentaires ". L'article 3 de ce décret précise les modalités de calcul de cette indemnité. Enfin, aux termes de l'article 113-34 de l'arrêté du 6 juin 2006 portant règlement général d'emploi de la police nationale : " Les services supplémentaires (permanences, astreintes, rappels au service, dépassements horaires de la journée de travail ou de la vacation) effectués au-delà de la durée réglementaire de travail ouvrent droit : / 1. Après prise en compte temps pour temps, à des repos égaux ou équivalents dans des conditions précisées par l'instruction générale relative à l'organisation du travail dans la police nationale. / () / 2. Ou à une indemnisation forfaitaire dans des conditions fixées par décret. / Le paiement, en application des dispositions du décret n° 2000-194 du 3 mars 2000 modifié, d'indemnités pour services supplémentaires effectués sur une période donnée, exclut toute compensation horaire au titre de cette même période. / () ". Il résulte de ces dispositions que les fonctionnaires actifs de la police nationale appartenant au corps d'encadrement et d'application peuvent prétendre, lorsque les services supplémentaires qu'ils ont effectués ne sont pas susceptibles de donner lieu à récupération sous forme de repos égaux ou équivalents, au versement d'une indemnité calculée selon les modalités prévues par le décret du 3 mars 2000. L'impossibilité de récupérer de tels services supplémentaires peut être la conséquence d'une décision de l'administration, prise pour les besoins du service, ou résulter de la situation du fonctionnaire concerné, notamment de son état de santé.

5. La décision attaquée est fondée sur l'application de la note de service du 15 octobre 2020 qui prévoit notamment que les " agents en disponibilité, congé parental et détachement sortant (hors ministère de l'intérieur) " sont exclus de son bénéfice. Le requérant doit être regardé comme excipant de l'illégalité de cette note.

6. L'égalité de traitement à laquelle ont droit les agents d'un même corps ne s'oppose pas à ce que l'autorité investie du pouvoir réglementaire règle de façon différente des situations différentes, en particulier en instituant des régimes indemnitaires tenant compte de fonctions, de responsabilités ou de sujétions particulières ni à ce qu'elle déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général, pourvu que dans l'un comme dans l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport avec l'objet de la norme qui l'établit.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B a demandé à bénéficier de la campagne d'indemnisation des heures supplémentaires 2021 pour les personnels de la police nationale, telle que prévue par la note de service du directeur général de la police nationale en date du 9 juillet 2021. Par un courriel du 13 août 2021, son supérieur a refusé au motif que cette note de service excluait de ce dispositif " les agents en disponibilité, congé parental et détachement sortant hors ministère de l'intérieur, car ils ne sont plus payés par le ministère de l'intérieur ". Cependant, les conditions d'exercice des fonctions étaient identiques, dès lors que la différence est fondée sur la situation des agents publics postérieurement à l'acquisition des droits conférés par les heures supplémentaires, et il ne ressort pas des pièces du dossier que la différence de traitement ainsi instituée serait en rapport avec l'objet de la norme qui établit les modalités de paiement des heures supplémentaires. La seule circonstance que des fiches de paie sont établies pour les agents en activité au sein du ministère, telle qu'elle semble ressortir de la note de service du 15 octobre 2019, n'est pas de nature à justifier ce traitement différencié. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'erreur de droit et à en obtenir, pour ce motif et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de ses requêtes, l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement implique seulement que le responsable du service de la protection de la police nationale du ministre de l'intérieur signe la demande de M. B pour qu'elle soit examinée par le ministre de l'intérieur, étant au demeurant précisé que le dispositif de monétisation dans le cadre duquel s'inscrit sa demande ne concerne que les heures supplémentaires effectuées entre le 1er janvier 2019 et le 30 juin 2021. Il appartiendra par la suite à M. B d'adresser, s'il s'y croit fondé, une demande portant sur l'indemnisation de l'ensemble des heures supplémentaires qu'il soutient avoir été dans l'incapacité de récupérer.

Sur les frais irrépétibles :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens. En revanche, le requérant ne justifie avoir engagé, dans la présente instance, aucun des frais mentionnés par l'article R. 761-1 du code de justice administrative. Dès lors, ces conclusions ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle le supérieur hiérarchique a refusé de signer la demande de monétisation des heures supplémentaires de M. B est annulée.

Article 2 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Riou, présidente,

Mme Kanté, première conseillère,

M. Coz, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 avril 2023.

Le rapporteur,

Y. A

La présidente,

C. Riou

La greffière,

L. Sueur

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2115691 - 2118898

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