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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2115737

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2115737

vendredi 6 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2115737
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6e Section - 1re Chambre
Avocat requérantJAMAIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 juillet 2021, M. C A, représenté par Me Jamais, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 mai 2021 par lequel le préfet de police a refusé de reconnaître imputable au service le diabète de type 2 dont il souffre ;

2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de reconnaître imputable au service le diabète de type 2 dont il souffre ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de la préfecture de police une somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente,

- elle est insuffisamment motivée,

- elle est entachée d'un vice de procédure en ce qu'il n'est pas établi que la commission de réforme aurait été préalablement consultée, conformément aux dispositions de l'article 13 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 alors applicables, que l'ensemble de son dossier médical ait été transmis à cette commission et, enfin, qu'il aurait été informé de son droit à consulter son dossier et à se faire entendre ou à faire entendre toute personne de son choix par cette dernière,

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet de police s'est senti à tort lié par l'avis de la commission de réforme et du médecin expert,

- elle est entachée d'une erreur de fait quant à son absence d'exposition au produit " System Ultra ",

- elle est entachée d'une seconde erreur de fait quant à son absence d'incapacité permanente,

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'aucune disposition légale ou réglementaire n'impose l'existence d'une incapacité permanente pour qu'une pathologie soit reconnue imputable au service,

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation,

- elle est entachée d'un détournement de procédure.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juin 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il doit être regardé comme soutenant que :

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés,

- sa décision était en toute hypothèse justifiée par l'absence de lien direct, unique et certain entre le diabète de type 2 dont est atteint M. A et les produits chimiques auxquels il a été exposé dans le cadre de ses fonctions.

Par un courrier en date du 14 octobre 2022, le tribunal a informé les parties, qu'en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de de la méconnaissance du champ d'application de la loi, en raison de l'application par la décision litigieuse des dispositions de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires à un fonctionnaire dont la pathologie a été diagnostiquée et les droits en matière d'imputabilité au service constitués avant l'entrée en vigueur le 12 avril 2019 du décret n° 2019-301 du 10 avril 2019, et de ce que le tribunal était susceptible de substituer d'office aux dispositions précitées celles du 2° de l'article 57 de de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 alors applicables, combinées à celles de l'article 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions civiles et militaires de retraite,

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires,

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale,

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires,

- le décret n° 94-415 du 24 mai 1994 portant dispositions statutaires relatives aux personnels des administrations parisiennes,

- le décret n° 2019-301 du 10 avril 2019 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique territoriale

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, adjoint administratif territorial en fonction à la préfecture de police, affecté au moment des faits à un service d'archives, souffre notamment d'un diabète de type 2 et d'une hypersensibilité chimique multiple (MCS). Il ressort des pièces du dossier que le diagnostic de son diabète a été posé en 2007. Il a été admis, par arrêté du 12 avril 2016, à faire valoir ses droits à la retraite pour invalidité à compter du 26 avril 2016.

2. Par une décision du 20 août 2015, le préfet de police, en qualité de chef de l'administration parisienne, a refusé de reconnaître ces pathologies comme imputables au service. Par un jugement n°1517317 du 6 janvier 2017, le tribunal a annulé cette décision pour méconnaissance des dispositions du 2° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée, dans sa rédaction applicable à l'espèce, et a enjoint au préfet de police de réexaminer la situation de M. A. Par décision du 6 avril 2017, le préfet de police a reconnu l'imputabilité au service de l'hypersensibilité multiple aux produits chimiques (MCS) dont est atteint M. A mais a refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de son diabète de type 2. Par un jugement avant dire droit n° 1621906-1709246 en date du 19 avril 2018, le tribunal a ordonné une expertise médicale sur les causes de cette pathologie. Le médecin généraliste expert désigné a déposé son rapport au greffe du tribunal le 29 décembre 2018. Par un jugement au fond

n° 1621906-1709246 en date du 25 juillet 2019, le tribunal a, notamment, annulé la décision prise par le préfet de police le 6 avril 2017 en tant qu'elle ne reconnaissait pas imputable au service le diabète de type 2 dont était atteint M. A pour défaut de motivation. Il a également enjoint au préfet de police de réexaminer une nouvelle fois sa situation. En exécution de ce jugement, le préfet de police a pris un nouvel arrêté le 25 mai 2021 par lequel il a refusé de reconnaître imputable au service le diabète de type 2 dont souffre l'intéressé. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur le fondement légal applicable :

3. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

4. Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée, dans sa rédaction applicable au litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de l'accident est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales. ". L'article 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite dispose : " Le fonctionnaire civil qui se trouve dans l'incapacité permanente de continuer ses fonctions en raison d'infirmités résultant () de maladie contractées ou aggravées () en service () peut être radié des cadres par anticipation () ".

5. Aux termes de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, créé par l'article 10 de l'ordonnance n° 2017-53 du 19 janvier 2017, en vigueur depuis le 21 janvier 2017, et désormais codifié à l'article L. 822-20 du code général de la fonction publique : " I. Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. () / IV. -Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. () / Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat ".

6. Aux termes de l'article 15 du décret n° 2019-301 du 10 avril 2019 susvisé : " Le fonctionnaire en congé à la suite d'un accident ou d'une maladie imputable au service continue de bénéficier de ce congé jusqu'à son terme. Toute prolongation de ce congé postérieure à l'entrée en vigueur du présent décret est accordée dans les conditions prévues au chapitre Ier. / Les conditions de forme et de délais prévues aux articles 37-2 à 37-7 du décret du 30 juillet 1987 précité ne sont pas applicables aux fonctionnaires ayant déposé une déclaration d'accident ou de maladie professionnelle avant l'entrée en vigueur du présent décret. / Les délais mentionnés à l'article 37-3 du même décret courent à compter du premier jour du deuxième mois suivant la publication du présent décret lorsqu'un accident ou une maladie n'a pas fait l'objet d'une déclaration avant cette date. ".

7. L'application des dispositions de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017 étant manifestement impossible en l'absence d'un texte réglementaire fixant notamment les conditions de procédure applicables à l'octroi du nouveau congé pour invalidité temporaire imputable au service, ces dispositions ne sont donc entrées en vigueur, en tant qu'elles s'appliquent à la fonction publique territoriale, qu'à la date d'entrée en vigueur, le 12 avril 2019, du décret n° 2019-301 du 10 avril 2019 par lequel le pouvoir réglementaire a pris les dispositions réglementaires nécessaires pour cette fonction publique et dont l'intervention était, au demeurant, prévue, sous forme de décret en Conseil d'Etat, par le VI de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 résultant de l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017. Il en résulte que les dispositions de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 dans leur rédaction antérieure à celle résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017, combinées à celles de l'article 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, sont demeurées applicables jusqu'à l'entrée en vigueur du décret du 10 avril 2019.

8. En outre, dès lors que les droits des agents en matière d'accident de service et de maladie professionnelle sont réputés constitués à la date à laquelle l'accident est intervenu ou la maladie a été diagnostiquée, la situation de M. A, dont le diabète de type 2 a été diagnostiqué avant le 12 avril 2019 et dont la demande de reconnaissance d'imputabilité au service a été présentée avant cette date, était exclusivement régie par les conditions de forme et de fond prévues avant l'entrée en vigueur des dispositions législatives et réglementaires relatives au nouveau congé pour invalidité temporaire imputable au service.

9. En l'espèce, il ressort des motifs de la décision attaquée que le préfet de police s'est fondé sur l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 résultant de l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017 pour refuser de reconnaître l'imputabilité au service du diabète de type 2 dont souffre M. A. Il résulte de ce qui vient d'être dit aux points 4 à 8 que la décision attaquée ne pouvait trouver son fondement dans ces dispositions. Toutefois, le pouvoir d'appréciation dont dispose l'autorité administrative en vertu des dispositions de l'article 57 de la loi du

26 janvier 1984 alors applicables est le même que celui dont l'investissent les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983. Les garanties dont sont assortis ces textes sont similaires dès lors notamment que tous deux prévoient l'intervention préalable pour avis de la commission de réforme compétente, dans les formes et selon les formalités requises par le décret du 14 mars 1986 susvisé. Dans ces conditions, et ainsi qu'en ont été informées les parties, il y a lieu de substituer ces dispositions à la base légale retenue par le préfet de police.

Sur les conclusions de la requête :

10. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme E D, chef du bureau de la gestion des carrières des personnels administratifs, des contractuels et des auxiliaires, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet consentie par l'arrêté n° 2021-00298 du 12 avril 2021, accordant délégation de la signature préfectorale au sein de la direction des ressources humaines, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquent en fait.

11. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet de police pour refuser de reconnaître imputable au service le diabète de type 2 dont souffre M. A et est ainsi suffisamment motivée.

12. En troisième lieu, si M. A fait tout d'abord valoir que la décision attaquée serait entachée d'un vice de procédure en ce qu'elle n'aurait pas été prise à la vue d'un avis préalable de la commission de réforme, ce moyen manque en fait, ladite commission s'étant réunie le 30 mars 2021 pour examiner son dossier.

13. Par ailleurs, aux termes de l'article 19 du décret du 14 mars 1986 susvisé : " La commission de réforme doit être saisie de tous témoignages, rapports et constatations propres à éclairer son avis. ".

14. Alors que M. A n'indique pas précisément les " témoignages, rapports et constations " qui n'auraient pas été transmis à la commission de réforme avant sa réunion le

30 mars 2021, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces dispositions auraient été en l'espèce méconnues.

15. Enfin, aux termes du sixième alinéa de l'article 19 du même décret : " Le fonctionnaire est invité à prendre connaissance, personnellement ou par l'intermédiaire de son représentant, de la partie administrative de son dossier. Un délai minimum de huit jours doit séparer la date à laquelle cette consultation est possible de la date de la réunion de la commission de réforme ; il peut présenter des observations écrites et fournir des certificats médicaux. () Le secrétariat de la commission de réforme informe le fonctionnaire :/ - de la date à laquelle la commission de réforme examinera son dossier ; / - de ses droits concernant la communication de son dossier et la possibilité de se faire entendre par la commission de réforme, de même que de faire entendre le médecin et la personne de son choix. ".

16. En l'espèce, le préfet de police a convoqué M. A devant la commission de réforme du 30 mars 2021 par un courrier daté du 11 mars 2021, qui a été réceptionné par l'intéressé le 16 mars suivant. Ce courrier lui rappelait expressément ses droits à consulter son dossier médical, ainsi qu'à être présent à la commission et à faire entendre par celle-ci toute personne de son choix.

17. Il résulte de ce qui vient d'être dit aux points 12 à 16 que le moyen tiré par M. A de vices de procédure entachant la décision contestée du 25 mai 2021 manque en fait dans l'ensemble de ses branches et doit donc être écarté.

18. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, au regard notamment de la motivation de l'arrêté du 25 mai 2021, que le préfet de police se serait à tort senti lié par l'avis de la commission de réforme pour refuser de reconnaître imputable au service le diabète de type 2 dont souffre M. A.

19. En cinquième lieu, par sa décision attaquée, prise alors sur le fondement de

l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précité, le préfet de police avait refusé de faire droit à la demande de M. A de reconnaissance d'imputabilité au service de son diabète de type 2 pour un motif tiré de ce qu'il ne présentait pas d'incapacité permanente en lien avec cette pathologie d'un taux supérieur au taux minimum fixé par décret. Si le requérant fait valoir que cette décision serait entachée d'une erreur de droit et d'une erreur de fait en ce qu'elle imposerait à tort un caractère permanent à l'incapacité causée par le service pour reconnaître une pathologie imputable à ce dernier, d'une part, en ce qu'elle retiendrait à tort qu'il ne présenterait pas une telle incapacité permanente, d'autre part, de tels moyens sont inopérants compte tenu de la substitution de base légale opérée conformément au point 9 du présent jugement.

20. En sixième lieu, pour refuser le 25 mai 2021 de reconnaître imputable au service au service le diabète de type 2 dont souffre M. A, le préfet de police doit être regardé comme faisant valoir de que les conditions légales de reconnaissance d'une telle imputabilité n'étaient pas réunies en l'absence de lien entre le service et la pathologie en litige.

21. Pour ce faire, le préfet de police fait tout d'abord valoir, en se prévalant d'un rapport médical du 15 décembre 2020, que le diabète de type 2 dont souffre M. A ne serait pas en lien direct avec le service dès lors qu'il n'est pas établi qu'il aurait été exposé à des produits organochlorés. Toutefois, cette exposition du requérant à de tels produits a été constamment réaffirmée par l'intéressé. Elle ressort par ailleurs clairement d'une attestation de l'agent d'entretien qui était en charge du nettoyage des locaux où travaillait M. A et qui a indiqué dès le 16 avril 2013 qu'elle avait utilisé pendant plusieurs années des produits organochlorés, notamment le détergent " System Ultra ". Elle résulte également de l'attestation établie par un professeur de cancérologie le 9 octobre 2013, laquelle fait référence sur ce point à une " fiche de visite " " de la médecine de travail " en date du 13 mars 2013. Pour sa part, le préfet de police n'a produit ni cette fiche ni des éléments comptables permettant d'établir l'absence d'achats sur la période en cause de produits ménagers organochlorés et plus spécifiquement du détergent " System Ultra ". Enfin, il a lui-même reconnu imputable au service par une décision du 6 avril 2017 l'hypersensibilité chimique multiple (MCS) dont souffre le requérant. Dans ces conditions, il ressort des pièces du dossier que M. A a bien été exposé à des produits organochlorés à l'occasion de ses fonctions.

22. Toutefois, le préfet de police fait également valoir un motif plus général tendant à ce qu'à supposer même une telle exposition établie, le diabète de type 2 dont souffre M. A n'en demeurerait pas moins non imputable au service en l'absence de lien direct, certain et unique entre cette pathologie et le service.

23. A cet égard, pour l'application des dispositions citées au point 4 du présent jugement, la reconnaissance de l'imputabilité au service d'une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale est soumise à la seule condition que ladite maladie ou son aggravation soit en lien direct et certain, mais non nécessairement exclusif, avec l'exercice de ses fonctions par le fonctionnaire territorial. Ainsi, le préfet de police, s'il ne pouvait refuser de reconnaître imputable au service le diabète de type 2 dont souffre M. A en se fondant exclusivement sur la circonstance que cette pathologie lui avait également été causée par son état de santé antérieur, notamment son important surpoids et sa tension artérielle, devait en revanche rejeter la demande de M. A s'il était établi que la pathologie en litige avait été causée exclusivement par celui-ci et était donc sans lien direct et certain avec le service.

24. Or, en ce qui concerne le lien de causalité entre le diabète de type 2 dont est atteint le requérant et le service, il résulte de l'instruction que M. A a été exposé à des produits organochlorés, à savoir le 5-chloro-2-methyl-2h isathiazol-3-one et le 2-methyl-2H isothiazol-3-one. Si M. A a produit un rapport médical établi le 9 octobre 2013 par un professeur de cancérologie, ce dernier indiquait qu'il ne pouvait apporter la preuve du caractère diabétogène de ces substances, qui n'avaient pas, contrairement à d'autres produits chimiques, fait l'objet d'études spécifiques sur ce point. Il concluait en faisant valoir que l'exposition à ces produits avait seulement " possiblement " causé le diabète dont souffre le requérant, alors qu'il indiquait que le lien entre cette exposition et sa MCS était " probable ". Par ailleurs, M. A a produit une note médicale du 7 mai 2014 établie par un médecin généraliste ne se prévalant pas d'une spécialisation dans le traitement du diabète qui indiquait uniquement que " la responsabilité des substances toxiques dans la survenue du diabète de type 2 est possible ". Pour ce faire, il se référait aux résultats d'une étude dite " ChemTrust ", qui, selon ses propres termes, se limite à " [suggérer] un lien entre contaminations chimiques par organochlorés et développement d'un diabète ". Ce médecin ne citait par ailleurs aucune étude portant spécifiquement sur les effets du 5-chloro-2-methyl-2h isathiazol-3-one et du 2-methyl-2H isothiazol-3-one sur le développement du diabète de type 2. En outre, si ces deux médecins consultés à titre privés par M. A insistaient sur l'absence d'antécédents familiaux de diabète chez ce patient, ils n'ont pas tenu compte dans leurs conclusions des autres éléments de son état de santé antérieur, notamment son important surpoids et sa tension artérielle, et n'ont pas pris position sur le fait que celui-ci aurait pu causer exclusivement le diabète dont il est atteint. De même, s'ils indiquent que cette pathologie est apparue en 2007, soit environ quatre ans après le début de son exposition à certains produits organochlorés dans le cadre du service, M. A avait alors 38 ans et le préfet de police fait valoir, en se fondant sur un article de l'INSERM, que le diabète se développe en général à compter de 40 ans si bien que la date d'apparition des symptômes ne permet pas en elle-même de déterminer leur cause directe et certaine. Enfin, dans son rapport déposé le 29 décembre 2018 au greffe du tribunal, l'expert judiciaire désigné conformément au jugement avant dire droit n° 1621906-1709246 en date du 19 avril 2018 a précisé que les travaux scientifiques évoqués par les médecins consultés à titre privé par M. A et relatifs à un possible lien entre diabète de type 2 et exposition à certains produits chimiques ne font pas l'unanimité et a conclu que " le diabète de type 2 de M. A ne trouve pas, en l'état actuel de la science, son origine directement dans une exposition aux produits organochlorés ". Dans ces conditions, il ressort des pièces du dossier que le diabète de type 2 dont souffre M. A ne lui a pas été causé directement et certainement par son exposition en service à certains produits organochlorés mais exclusivement par son état de santé antérieur.

25. Alors qu'il résulte de l'instruction que le préfet de police aurait pris la même décision de refus de reconnaissance d'imputabilité au service du diabète de type 2 de M. A s'il ne s'était fondé que sur ce motif tiré de l'absence de lien direct et certain entre cette pathologie et le service, le moyen tiré par le requérant d'une erreur d'appréciation entachant la décision contestée du 25 mai 2021 doit être écarté.

26. En septième et dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté contesté serait entaché d'un détournement de pouvoir ou de procédure.

27. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la ville de Paris.

Copie en sera envoyée pour information au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 9 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Marino, président,

M. Thulard, premier conseiller,

M. Lautard-Mattioli, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 janvier 2023.

Le rapporteur,

V. B

Le président,

Y. MarinoLe greffier,

A. Lemieux

La République mande et ordonne au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2115737/6-1

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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