lundi 26 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2116660 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | ADDEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 30 juillet, 23 août 2021, et 13 avril 2022, le syndicat des copropriétaires du 53 avenue de Saxe-11 place de Breteuil et Mme F B, représentés par Me Férignac, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 janvier 2020 par lequel la maire de Paris a délivré à la SCI Helmut un permis modificatif n° 075 107 15 V0032 M01 portant modification des espaces en toiture, modification de l'emprise du restaurant au R+7, suppression des chambres duplex et extension de B R+3, suppression partielle du sous-sol 2 et création d'un sous-sol 3, réaménagement des locaux techniques et cuisines au 1er sous-sol, modifications des circulations verticales, modifications partielles en façade côté cour avec création d'un mur végétal, modification des garde-corps et du dessin des portes d'accès en façade côté avenue de Saxe (surface de plancher créée : 5218 m² - surface de plancher supprimée : 2284 m²), d'un projet, autorisé par un arrêté en date du 16 août 2016, de restructuration d'un bâtiment de 4 et 5 étages avec changement de destination de bureaux en hébergement hôtelier et surélévation des bâtiments existants, situé 55-57 avenue de Saxe dans le VIIe arrondissement de Paris ;
2°) de mettre à la charge de la ville de Paris une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable et n'est pas tardive ;
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- l'avis de l'architecte des bâtiments de France est irrégulier, dès lors qu'il a été rendu uniquement au titre du site inscrit, et non au titre de la législation concernant les monuments historiques, alors que le projet se situe dans le champ de visibilité de plusieurs monuments historiques, et dès lors qu'il a été pris au regard d'un dossier incomplet ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions des articles R. 421-27 et R. 431-21 du code de l'urbanisme relatives au permis de démolir ;
- le dossier de permis de construire modificatif est incomplet, dès lors que le document d'insertion graphique prévu par le c) de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme est insuffisant, que, en méconnaissance du a) de l'article R. 431-10 du même code, le dossier ne comporte pas de plan de la façade mitoyenne au 53, avenue de Saxe, que, en méconnaissance de l'article R. 451-2 du même code, il ne comporte pas de plan de masse des constructions à démolir, et que, en méconnaissance de l'article R. 431-32 du code de l'urbanisme, il ne comporte pas de documents relatifs à l'institution des servitudes nécessaires à la réalisation du projet ;
- il méconnaît les dispositions de l'article UG.7.1 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris en aggravant la non-conformité de la construction existante aux règles de prospect ;
- il méconnaît les dispositions de l'article UG.10 du règlement du plan local d'urbanisme, dès lors que le projet excède la hauteur du gabarit enveloppe applicable, que les installations sur le toit aggravent la non-conformité de l'existant à ces règles, et que l'aspect des édicules et installations techniques n'est pas satisfaisant au regard des dispositions de l'article UG.11 du même règlement ;
- il méconnaît les dispositions de l'article UG.11 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris, dès lors que l'édicule technique et les garde-corps en verre extra-blanc portent atteinte à l'intérêt des lieux avoisinants, que le projet ne précise pas l'emplacement des antennes Orange devant être implantées sur le toit, et que, en raison du caractère incomplet du dossier, la ville de Paris a commis une erreur d'appréciation en ce qui concerne la conformité du projet au regard de l'article UG.11 précité.
Par un mémoire, enregistré le 11 février 2022, la SCI Helmut, représentée par Me Cayla-Destrem, conclut au rejet de la requête, et à ce que soit mise solidairement à la charge des requérants la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est tardive ;
- les moyens invoqués par les requérants ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mai 2022, la ville de Paris conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est tardive ;
- les moyens invoqués par les requérants ne sont pas fondés.
Un courrier a été adressé le 14 février 2022 aux parties en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, les informant de la période à laquelle il est envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et précisant la date à partir de laquelle l'instruction pourra être close dans les conditions prévues par les derniers alinéas des articles R. 613-1 et R. 613-2 du code de justice administrative.
Par ordonnance du 1er juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au même jour.
Par un courrier du 6 septembre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que le tribunal est susceptible de surseoir à statuer sur le fondement de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme, en vue d'une régularisation de l'avis de l'architecte des bâtiments de France qui ne s'est pas prononcé au titre de la législation sur les monuments historiques.
Par un mémoire, enregistré le 8 septembre 2022, la ville de Paris a présenté des observations en réponse à ce moyen d'ordre public.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le règlement du plan local d'urbanisme de la ville de Paris ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les conclusions de Mme Alidière, rapporteure publique,
- et les observations de Me Baillet, représentant le syndicat des copropriétaires du 53, avenue de Saxe - 11, place de Breteuil et Mme B, de Mme E, représentant la ville de Paris et de Me Cayla-Destrem, représentant la société Helmut.
Considérant ce qui suit :
1. Le 16 août 2016, la maire de Paris a délivré à la SCI Helmut un permis de construire pour la restructuration d'un bâtiment de R+4 et 5 étages avec changement de destination de bureaux en hébergement hôtelier, transformation d'un bâtiment de 5 étages en 7 étages dans le même volume, transformation d'un bâtiment de R+5 étages en R+8 étages dans le même volume et transformation d'un bâtiment de 4 étages en 8 étages avec surélévation (surface de plancher créée : 5 431 m² - surface de plancher supprimée : 1 990 m² - hauteur du projet : 27 m - A : 1 458 m²) sur un terrain occupé par trois bâtiments situés 55, 57 et 57 bis avenue de Saxe dans le 7e arrondissement de Paris. Le 6 juin 2019, la SCI Hemlut a déposé une demande de permis de construire modificatif, pour la modification des espaces en toiture, la modification de l'emprise du restaurant au R+7, la suppression des chambres duplex et l'extension de B R+3, la suppression partielle du sous-sol 2 et la création d'un sous-sol 3, le réaménagement des locaux techniques et cuisines au 1er sous-sol, des modifications des circulations verticales, des modifications partielles en façade côté cour avec création d'un mur végétal, la modification des garde-corps et du dessin des portes d'accès en façade côté avenue de Saxe (surface de plancher créée : 5 218 m² - surface de plancher supprimée : 2 284 m²). Par un arrêté du 29 janvier 2020, la maire de Paris a délivré le permis de construire sollicité. Par la présente requête, le syndicat des copropriétaires du 53, avenue de Saxe - 11, place de Breteuil et Mme B demandent au tribunal d'annuler cet arrêté de permis de construire modificatif.
Sur la fin de non-recevoir opposée par la SCI Helmut et la ville de Paris tirée de la tardiveté de la requête :
2. Aux termes de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme : " Le délai de recours contentieux à l'encontre () d'un permis de construire () court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15 ". Aux termes de cet article R. 424-15 : " Mention du permis () doit être affichée sur le terrain, de manière visible de l'extérieur, par les soins de son bénéficiaire, dès la notification de l'arrêté () et pendant toute la durée du chantier. () / Un arrêté du ministre chargé de l'urbanisme règle le contenu et les formes de l'affichage ". Aux termes de l'article A. 424-16 du code de l'urbanisme : " Le panneau prévu à l'article A. 424-15 indique le nom, la raison sociale ou la dénomination sociale du bénéficiaire, le nom de l'architecte auteur du projet architectural, la date de délivrance, le numéro du permis, la nature du projet et la superficie du terrain ainsi que l'adresse de la mairie où le dossier peut être consulté. / Il indique également, en fonction de la nature du projet : a) Si le projet prévoit des constructions, la surface de plancher autorisée ainsi que la hauteur de la ou des constructions, exprimée en mètres par rapport au sol naturel ; () ".
3. En imposant que figurent sur le panneau d'affichage du permis de construire diverses informations sur les caractéristiques de la construction projetée, les dispositions citées au point précédent ont pour objet de permettre aux tiers, à la seule lecture de ce panneau, d'apprécier l'importance et la consistance du projet. La hauteur du bâtiment est au nombre des mentions substantielles que doit comporter cet affichage. L'affichage ne peut, en principe, être regardé comme complet et régulier si cette mention fait défaut ou si elle est affectée d'une erreur substantielle, alors qu'aucune autre indication ne permet aux tiers d'estimer cette hauteur. Le délai de recours de deux mois prévu à l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme ne commence à courir qu'à la date d'un affichage complet et régulier.
4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des attestations produites par la SCI Helmut, qu'elle a fait procéder à l'affichage du permis de construire modificatif en litige le 4 février 2020. Si ce permis a fait l'objet d'un affichage continu jusqu'au 6 avril 2020, il ressort toutefois des constatations de l'huissier faites les 4 février, 4 mars et 6 avril 2020 que la hauteur de la construction projetée n'était pas mentionnée sur ce panneau, alors que cette information était nécessaire et substantielle en vertu des dispositions de l'article A. 424-16 citées au point 2.
5. Ni la circonstance alléguée que les requérants, en leur qualité de voisins, ne pouvaient ignorer le projet, et notamment sa consistance, ni celle qu'ils auraient pu consulter les plans du projet en mairie, ni celle que la société pétitionnaire a initié, concernant le projet, un référé préventif dans le cadre duquel elle a produit de nombreux documents relatifs au projet, ne permettent de regarder les requérants comme ayant eu une connaissance du permis de construire qui aurait fait courir à leur encontre le délai de recours contentieux de deux mois prévu à l'article R. 600-2 précité et qui ferait obstacle à ce qu'ils puissent de prévaloir du caractère incomplet de l'affichage. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que l'affichage du permis de construire initial n'a pas été de nature à faire courir le délai de recours contentieux de deux mois prévu à l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme.
6. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contesté indéfiniment par les tiers un permis de construire, une décision de non-opposition à une déclaration préalable, un permis d'aménager ou un permis de démolir. Dans le cas où l'affichage du permis ou de la déclaration, par ailleurs conforme aux prescriptions de l'article R. 424-15 du code de l'urbanisme, n'a pas fait courir le délai de recours de deux mois prévu à l'article R. 600-2, faute de mentionner ce délai conformément à l'article A. 424-17, un recours contentieux doit néanmoins, pour être recevable, être présenté dans un délai raisonnable à compter du premier jour de la période continue de deux mois d'affichage sur le terrain. En règle générale et sauf circonstance particulière dont se prévaudrait le requérant, un délai excédant un an ne peut être regardé comme raisonnable.
7. Ainsi qu'il a été dit au point 4, l'affichage du permis de construire initial n'était pas conforme aux prescriptions de l'article R. 424-15 du code de l'urbanisme. Ainsi, la SCI Hermut et la ville de Paris ne sont pas fondées à soutenir que le recours contentieux formé par les requérants aurait dû, en vertu des principes énoncés au point précédent, être présenté dans un délai raisonnable.
8. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 7 que la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'incompétence de l'auteur de l'acte :
9. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu () ".
10. Par un arrêté du 17 janvier 2020, régulièrement publié au bulletin municipal officiel de la ville de Paris du 24 janvier suivant, la maire de Paris a donné à M. G C, chef de la circonscription Ouest de la direction de l'urbanisme, délégation à l'effet de signer notamment les décisions relatives aux permis de construire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
En ce qui concerne le respect des articles R. 421-27 et R. 431-21 du code de l'urbanisme :
11. Aux termes de l'article R. 421-27 du code de l'urbanisme : " Doivent être précédés d'un permis de démolir les travaux ayant pour objet de démolir ou de rendre inutilisable tout ou partie d'une construction située dans une commune ou une partie de commune où le conseil municipal a décidé d'instituer le permis de démolir. ". Aux termes de l'article R. 431-21 du même code : " " Lorsque les travaux projetés nécessitent la démolition de bâtiments soumis au régime du permis de démolir, la demande de permis de construire ou d'aménager doit : / a) Soit être accompagnée de la justification du dépôt de la demande de permis de démolir ; / b) Soit porter à la fois sur la démolition et sur la construction ou l'aménagement. "
12. Il résulte des mentions portées sur le formulaire de demande de permis de construire modificatif que la pétitionnaire a expressément déclaré, à la rubrique 9 " Destination des constructions et tableau des surfaces ", que le projet prévoyait la suppression d'une surface de 2 284 m², conformément aux plans de niveaux référencés PC 27 représentant l'existant et les éléments à détruire. La notice architecturale jointe au projet détaille également, dans sa rubrique 2.1 " aménagement du terrain, éléments modifiés ou supprimés ", les éléments devant être déposés. Ainsi, la demande de permis de construire a porté à la fois sur la démolition partielle et sur la réhabilitation des bâtiments du projet, et les documents qui y ont été joints présentaient de manière complète les deux volets de 1'opération. Le moyen sera écarté.
En ce qui concerne la régularité de l'avis de l'architecte des bâtiments de France :
13. En premier lieu, aux termes de l'article R. 425-1 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans les abords des monuments historiques, le permis de construire [] tient lieu de l'autorisation prévue à l'article L. 621-32 du code du patrimoine si l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord, le cas échéant assorti de prescriptions motivées ". Aux termes de l'article R*425-30 du même code : " Lorsque le projet est situé dans un site inscrit, la demande de permis ou la déclaration préalable tient lieu de la déclaration exigée par l'article L. 341-1 du code de l'environnement. () / La décision prise sur la demande de permis ou sur la déclaration préalable intervient après consultation de l'architecte des Bâtiments de France. " Aux termes de l'article R*423-54 du même code : " Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, l'autorité compétente recueille l'accord ou, pour les projets mentionnés à l'article L. 632-2-1 du code du patrimoine, l'avis de l'architecte des Bâtiments de France. " Aux termes de l'article L. 621-30 du code du patrimoine, " I. - Les immeubles ou ensembles d'immeubles qui forment avec un monument historique un ensemble cohérent ou qui sont susceptibles de contribuer à sa conservation ou à sa mise en valeur sont protégés au titre des abords (). / II. - La protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, situé dans un périmètre délimité par l'autorité administrative dans les conditions fixées à l'article L. 621-31 (). / En l'absence de périmètre délimité, la protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, visible du monument historique ou visible en même temps que lui et situé à moins de cinq cents mètres de celui-ci (). / Les servitudes d'utilité publique instituées en application de l'article L. 341-1 du code de l'environnement ne sont pas applicables aux immeubles protégés au titre des abords. " Aux termes de l'article L. 621-32 du même code : " Les travaux susceptibles de modifier l'aspect extérieur d'un immeuble, bâti ou non bâti, protégé au titre des abords sont soumis à une autorisation préalable. / L'autorisation peut être refusée ou assortie de prescriptions lorsque les travaux sont susceptibles de porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur d'un monument historique ou des abords. ".
14. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que ne peuvent être délivrés qu'avec l'accord de l'architecte des Bâtiments de France les permis de construire portant sur des immeubles situés, en l'absence de périmètre délimité, à moins de 500 mètres d'un édifice classé ou inscrit au titre des monuments historiques, s'ils sont visibles à l'œil nu de cet édifice ou en même temps que lui depuis un lieu normalement accessible au public, y compris lorsque ce lieu est situé en dehors du périmètre de cinq cents mètres entourant l'édifice en cause. Par ailleurs, c'est à l'architecte des bâtiments de France qu'il appartient d'apprécier, sous le contrôle du juge, si un immeuble implanté à moins de 500 mètres d'un immeuble classé est ou non situé dans le champ de visibilité de ce dernier.
15. En outre, lorsqu'il est consulté, en vertu de l'article R. 425-30 du code de l'urbanisme, sur un projet relatif à une construction qui se trouve dans un site inscrit, l'architecte des bâtiments de France n'a ni la même mission ni les mêmes pouvoirs que ceux qui lui sont attribués, par l'article R. 423-54 du même code, lorsqu'il est invité à donner son accord exprès aux projets relatifs aux constructions situées dans le champ de visibilité d'un édifice classé ou inscrit.
16. Il ressort des pièces du dossier que les immeubles constituant le projet litigieux sont visibles depuis les éléments protégés au titre des monuments historiques, notamment le Carré Necker, situés au sein de l'hôpital Necker. Il ressort des termes de l'avis de l'architecte des bâtiments de France rendu le 21 octobre 2019, que ce dernier s'est seulement prononcé au titre de la protection du site inscrit de la ville de Paris, sans prendre en compte les édifices protégés au titre de la législation sur les monuments historiques, dans le champ de visibilité desquels se trouve la construction projetée. Par suite, l'avis émis sur le fondement de l'article R. 425-30 du code de l'urbanisme, relatif au site inscrit, ne peut tenir lieu de l'accord exprès prévu par l'article R. 423-54 du même code. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que l'avis rendu sur le permis de construire modificatif par l'architecte des bâtiments de France le 21 octobre 2019 est irrégulier.
17. En second lieu, aux termes de l'article R. 621-96 du code du patrimoine : " L'autorisation prévue à l'article L. 621-32 pour les travaux situés aux abords de monuments historiques non soumis à autorisation au titre du code de l'environnement ou du code de l'urbanisme est régie par la présente sous-section ". Aux termes de l'article R. 621-96-3 du code du patrimoine : " Le dossier joint à la demande d'autorisation comprend / a) Une notice de présentation des travaux envisagés indiquant les matériaux utilisés et les modes d'exécution des travaux / b) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune / c) Un plan de masse faisant apparaître les constructions, les clôtures, la végétation et les éléments paysagers existants et projetés lorsque les travaux portent sur l'aménagement ou la modification du terrain / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et dans le paysage lointain ".
18. Si les requérants font valoir que le dossier sur la base duquel l'architecte des bâtiments de France était incomplet dès lors que le document graphique d'insertion était insuffisant, que le dossier ne comportait pas de plan de la façade donnant sur le 53, avenue de Saxe, que les documents concernant les démolitions étaient incomplets, et que le dossier ne comportait pas l'acte relatif à l'institution d'une servitude, aucun de ces documents ne fait partie de ceux prévus par les dispositions précitées de l'article R. 621-96-3 sur la base desquels l'architecte des bâtiments de France doit se prononcer. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
En ce qui concerne la complétude du dossier de permis de construire :
19. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
S'agissant du respect de l'article L. 431-10 du code de l'urbanisme :
20. Aux termes de l'article L. 431-2 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural définit, par des plans et documents écrits, l'implantation des bâtiments, leur composition, leur organisation et l'expression de leur volume ainsi que le choix des matériaux et des couleurs. / Il précise, par des documents graphiques ou photographiques, l'insertion dans l'environnement et l'impact visuel des bâtiments ainsi que le traitement de leurs accès et de leurs abords. ". Aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " Le projet architectural comprend également : / a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; () / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; () ".
21. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le dossier de demande de permis de construire comporte deux documents graphiques d'insertion paysagère, faisant apparaître les édicules techniques sur la toiture, s'agissant de la façade du projet donnant sur l'avenue de Saxe. Il ne résulte pas des dispositions de l'article R. 431-10 qu'une vue de la toiture soit obligatoire, alors en tout état de cause que le dossier comporte un plan de la toiture. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du c) de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme doit être écarté.
22. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le projet comporte une façade sur rue, donnant sur l'avenue de Saxe, une façade sur cour, donnant sur le 24, rue du général Bertrand, et une façade donnant sur le 53, avenue de Saxe. Il est constant que le dossier de permis modificatif ne comporte pas de plan de cette façade donnant sur le 53, avenue de Saxe, alors que le projet prévoit la suppression de l'extension existante au R+7, file 1, pour laisser place à la terrasse du restaurant. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le dossier de permis de construire modificatif comporte une notice architecturale, qui indique que " le restaurant s'ouvre largement par un ensemble de menuiseries aluminium gris et vitrage clair sur une terrasse en terre cuite. Une pergola constituée d'une structure bois et méthacrylate vient compléter l'ensemble ", un plan de masse montrant la terrasse créée ainsi que l'emprise de la pergola, un plan de coupe parallèle à l'avenue de Saxe et un plan du niveau R+7, qui montrent l'organisation de ce niveau, un photomontage du projet réalisé depuis la place Breteuil, d'où une partie de la façade est visible, et une notice paysagère faisant apparaître, outre des précisions sur les matériaux utilisés, la forme de la pergola ainsi qu'une vue partielle de la façade donnant sur le 53, avenue de Saxe. Ces documents ont permis au service instructeur de porter une appréciation sur la conformité du projet à la règlementation applicable. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du a) de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme doit être écarté.
S'agissant du respect de l'article R. 451-2 du code de l'urbanisme :
23. Aux termes de l'article R. 451-2 du code de l'urbanisme : " Art. R. 451-2 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la demande comprend : / () b) Un plan de masse des constructions à démolir ou, s'il y a lieu, à conserver ; / c) Un document photographique faisant apparaître le ou les bâtiments dont la démolition est envisagée et leur insertion dans les lieux environnants. "
24. S'il est constant que le dossier de permis modificatif ne comprend pas de plan de masse des démolitions, il comporte un plan de toiture PTO n° 0.10, un plan de façade sur avenue de Saxe n°0.14, deux plans du R+7 présentant l'existant (n° P07 1.10) et le projet (N° P07 1a.13), ainsi qu'un plan de coupe n° CAA' 0.11 qui présentent l'état existant et les démolitions envisagées au niveau R+7. En outre la partie de ce niveau devant être démolie apparaît sur les photographies du document d'insertion PC6. Par suite, ce moyen sera écarté.
S'agissant du respect de l'article R. 431-32 du code de l'urbanisme :
25. Aux termes de l'article R. 431-32 du code de l'urbanisme : " Lorsque l'édification des constructions est subordonnée, pour l'application des dispositions relatives à l'urbanisme, à l'institution sur des terrains voisins d'une servitude dite de cours communes, la demande est accompagnée des contrats ou décisions judiciaires relatifs à l'institution de ces servitudes. "
26. Il ressort des pièces du dossier que le projet en litige prévoit la suppression, côté cour, entre les files 9 et 10, d'une façade en verre blanc sans vues, située en limite séparative avec la parcelle voisine BI59, et son remplacement par une façade maçonnée comportant treize baies desservant des chambres et un " office bar ". Par un acte notarié du 8 juillet 2019, la société civile centrale Monceau, propriétaire de la parcelle BI59, et la société pétitionnaire ont institué, au profit de cette dernière, une servitude non altius tolendi de 54 m² à la cote 36.50 NVP au droit de cette limite séparative. Il ressort des pièces du dossier, et n'est pas contesté en défense, que l'édification de la façade sur cour entre les files 9 et 10 nécessitait, pour l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives prévues notamment à l'article UG.7 du règlement du plan local d'urbanisme de la ville de Paris, l'instauration d'une servitude non altius tolendi grevant la parcelle BI59. Si la constitution de cette servitude est antérieure à l'édiction de la décision attaquée, il ne ressort pas des pièces du dossier, et n'est au demeurant pas soutenu en défense, qu'elle aurait été jointe au dossier de demande de permis de construire modificatif. Une telle omission est de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que, faute d'être accompagné de l'acte notarié relatif à l'institution de cette servitude, le dossier de permis de construire modificatif était incomplet.
En ce qui concerne le respect du règlement du plan local d'urbanisme :
S'agissant du respect de l'article UG.7 du règlement du plan local d'urbanisme :
27. D'une part, aux termes des dispositions de l'article UG. 7 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris, relatives à l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives : " Les travaux projetés sur une construction existante non conforme aux dispositions du présent article sont soumis aux conditions énoncées au § VI des dispositions générales ci-avant. () / 1° Façade ou partie de façade comportant des baies constituant l'éclairement premier de pièces principales : / Lorsqu'une façade ou une partie de façade à édifier en vis-à-vis d'une limite séparative comprise ou non dans la bande E comporte une ou plusieurs baies constituant l'éclairement premier de pièces principales, elle doit respecter, au droit de cette limite, un prospect minimal de 6 mètres (). 3° Façade ou partie de façade ne comportant pas de baie constituant une vue : Lorsqu'une façade ou une partie de façade à édifier ne comporte pas de baie constituant une vue, elle peut être implantée en limite séparative. " Aux termes du 1° de l'article VI des dispositions générales du même règlement : " Lorsqu'une construction existante n'est pas conforme aux dispositions applicables dans la zone où elle se situe, l'autorisation d'exécuter des travaux ne peut être accordée que pour des travaux qui n'aggravent pas la non-conformité de la construction avec ces dispositions ou sont sans effet à leur égard. () ".
28. La circonstance qu'une construction existante n'est pas conforme à une ou plusieurs dispositions d'un plan local d'urbanisme régulièrement approuvé ne s'oppose pas, en l'absence de dispositions de ce plan spécialement applicables à la modification des immeubles existants, à la délivrance ultérieure d'un permis de construire s'il s'agit de travaux qui, ou bien doivent rendre l'immeuble plus conforme aux dispositions réglementaires méconnues, ou bien sont étrangers à ces dispositions. En outre, il résulte des dispositions précitées, ainsi que de la figure 4 inscrite au règlement du plan local d'urbanisme, que seules les parties de façades comportant des baies doivent, pour leur implantation, respecter les distances ainsi définies, calculées entre la baie et le point le plus proche de la façade en vis-à-vis.
29. D'autre part, aux termes de l'article L. 471-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'en application des dispositions d'urbanisme la délivrance du permis de construire est subordonnée, en ce qui concerne les distances qui doivent séparer les constructions, à la création, sur un terrain voisin, de servitudes de ne pas bâtir ou de ne pas dépasser une certaine hauteur en construisant, ces servitudes, dites "de cours communes", peuvent, à défaut d'accord amiable entre les propriétaires intéressés, être imposées par la voie judiciaire dans des conditions définies par décret. / Les mêmes servitudes peuvent être instituées en l'absence de document d'urbanisme ou de mention explicite dans le document d'urbanisme applicable. "
30. Par ces dispositions, le législateur a entendu que l'institution d'une servitude de cour commune puisse, même en l'absence de mention explicite dans le plan local d'urbanisme d'une commune, permettre de garantir le respect des règles de prospect posées par ce plan et relatives à l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives.
31. Il ressort des pièces du dossier que la façade sur cour du bâtiment n° 57, avenue de Saxe, numérotée façade numéro 3 dans le dossier de permis de construire modificatif litigieux, est implantée en limite séparative avec la parcelle voisine BI59. Par acte notarié du 8 juillet 2019, une servitude non altius tolendi a été instituée au profit du terrain d'assiette du projet, ainsi qu'il a été dit au point 26. Dans ces conditions, la règle de prospect doit être analysée, s'agissant de la façade litigieuse, par rapport à la limite opposée de l'espace grevé par cette servitude. Il ressort des pièces du dossier que, si une partie de la façade numéro 3 se situe à une distance de 3,79 mètres du bâtiment existant, large de 3,20 mètres, implanté sur la parcelle voisine BI59, cette partie de façade, d'une largeur de 3,27 mètres, ne comporte aucune baie. Elle respecte ainsi les dispositions du 3° de l'article UG.7.1 précité. La partie restante de la façade n° 3, qui comporte des baies, se situe à 6 mètres de la limite de la servitude réputée constituer la limite séparative. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le projet litigieux méconnaît les dispositions de l'article UG.7 du règlement du plan local d'urbanisme. Le moyen sera écarté.
S'agissant du respect de l'article UG.10 du règlement du plan local d'urbanisme :
32. Aux termes de l'article UG.10 " Hauteur maximale des constructions " du règlement du plan local d'urbanisme de la ville de Paris : " () Les travaux projetés sur une construction existante non conforme aux dispositions du présent article sont soumis aux conditions énoncées au § VI des dispositions générales ci-avant. " Aux termes de l'article UG.10.1 " plafonnement des hauteurs " : " 4° Travaux sur les constructions existantes : / Certains éléments de construction à caractère technique (machineries d'ascenseurs, chaufferies, conduits de cheminées, armoires relais d'installations d'émission ou de diffusion, antennes), ainsi que les édicules d'accès et les dispositifs de sécurité nécessaires, peuvent être admis en dépassement localisé de la hauteur atteinte par les constructions, ainsi que de la cote résultant de l'application du présent article UG.10, à condition : / - que ces éléments, édicules ou dispositifs ne soient pas constitutifs de surface hors œuvre nette supplémentaire au-dessus de la cote résultant de l'application du présent article UG. 10, / que leur aspect architectural soit satisfaisant au regard des dispositions de l'article UG. 11 ci-après. / Les dispositifs destinés à économiser de l'énergie ou à produire de l'énergie renouvelable dans les constructions, tels que panneaux solaires thermiques ou photovoltaïques, éoliennes, toitures végétalisées, rehaussement de couverture pour l'isolation thermique, peuvent faire l'objet d'un dépassement de hauteur dans le respect des dispositions de l'article UG.11 relatives à l'aspect des constructions. / Il en est de même des équipements et des serres de production agricole installés sur les toitures. " Aux termes du paragraphe VI des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme : " Lorsqu'une construction existante n'est pas conforme aux dispositions applicables dans la zone où elle se situe, l'autorisation d'exécuter des travaux ne peut être accordée que pour des travaux qui n'aggravent pas la non-conformité de la construction avec ces dispositions ou sont sans effet à leur égard. / Toutefois, peuvent être autorisés, pour tout type de constructions :/ • des travaux visant exclusivement à assurer la mise aux normes des constructions en matière d'accessibilité, d'hygiène, d'isolation phonique ou thermique ou de sécurité, qu'ils soient ou non conformes aux articles 6, 7, 8, 9, 10, UG.11.2, UGSU.11.2, UG.11.3, UGSU.11.3, 12, 13 ; () ".
33. Il résulte de ces dispositions combinées que si les travaux sur une construction existante ne respectant pas les règles de hauteur ne peuvent en principe être autorisés que s'ils n'aggravent pas la non-conformité de la construction au regard de ces règles, le règlement du plan local d'urbanisme de Paris prévoit une règle spéciale pour certains éléments de construction à caractère technique, dont les antennes, qui peuvent être implantés sur les constructions existantes en dépassement localisé de la hauteur autorisée et de la hauteur plafond applicable au terrain, à condition toutefois qu'ils ne créent pas de surface hors œuvre nette et que leur aspect soit satisfaisant. Cette règle spéciale s'applique alors même que la construction existante dépasse elle-même la hauteur plafond autorisée.
34. En outre, aux termes de l'article UG. 10.2.2 " Gabarit-enveloppe au droit des voies ou espaces bordés par un filet de couleur aux documents graphiques du règlement (trait continu, trait pointillé, hachure, tireté court, tireté long, tireté mixte) " : " Le gabarit-enveloppe se compose successivement : / a - d'une verticale de hauteur H définie ci-après selon la couleur du filet : / () - filet noir : H = 20,00 m. / () b - d'un couronnement défini ci-après selon la nature du filet, limité par une horizontale située à une hauteur h au-dessus du sommet de la verticale : / - couronnement défini en fonction de la largeur de la voie, conforme aux dispositions de l'article UG.10.2.1, § 1° b, 2° b, 3° b et c ou 4° b : trait continu. () " Aux termes du 4° de l'article UG.10.2.1, relatif au gabarit-enveloppe au droit des voies de largeur égale ou supérieure à 20 mètres non bordées de filets aux documents graphiques du règlement, le couronnement est constitué " d'un quart de cercle de 6 mètres de rayon, tangent à la verticale en son sommet et limité par une horizontale située à 6 mètres au-dessus de la verticale. "
35. Il ressort des pièces du dossier que l'avenue de Saxe, en bordure de laquelle se trouve le projet, est bordée d'un filet continu de couleur noire et présente une largeur supérieure à 20 mètres, si bien que, conformément aux dispositions de l'article UG 10.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris citées au point précédent, la hauteur de construction maximale autorisée est de 20 mètres auxquels s'ajoute un couronnement de 6 mètres, soit un total de 26 mètres de hauteur. Le plateau de nivellement de l'îlot au droit du terrain du projet s'élevant à la cote +36,00 NVP, le projet doit présenter une cote maximale de +62,00 NVP. Il ressort des pièces du dossier que le plancher de la toiture terrasse de la construction existante culmine à la cote +65,27 NVP, à une hauteur dépassant la hauteur maximale autorisée, et que le plancher de la toiture terrasse du projet culmine à +65,68 NVP, en aggravation de ce dépassement. Toutefois, la société pétitionnaire fait valoir que cette aggravation est liée à des travaux visant à assurer la mise aux normes des bâtiments en matière d'isolation thermique, d'étanchéité et de sécurité. En outre, il ressort des pièces du dossier que, si le projet prévoit la création d'un édicule technique ainsi que des installations de froid " dry orange " dépassant la cote maximale existante, ces éléments ne créent pas de surface plancher supplémentaire et présentent un aspect architectural satisfaisant, dès lors qu'ils seront placés en retrait de la voie afin de limiter leur visibilité et que l'édicule technique sera recouvert d'un parement de briques, similaire à celui du bâtiment qu'il surmonte, et d'une couverture en zinc, en accord avec les constructions environnantes. Enfin, si les requérants font valoir que la hauteur des plafonds de la salle du restaurant, du patio, de la pergola et du VIP lounge est supérieure à la hauteur maximale définie par le gabarit-enveloppe, cette hauteur est inférieure à la cote maximale existante. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le projet méconnaît les dispositions de l'article UG.10 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris.
S'agissant du respect de l'article UG.11 du règlement du plan local d'urbanisme :
36. En premier lieu, aux termes de l'article UG.11.1 du règlement du plan local d'urbanisme : " Les interventions sur les bâtiments existants comme sur les bâtiments à construire, permettant d'exprimer une création architecturale, peuvent être autorisées. L'autorisation de travaux peut être refusée ou n'être accordée que sous réserve de prescriptions si la construction, l'installation ou l'ouvrage, par sa situation, son volume, son aspect, son rythme ou sa coloration, est de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. () ". Aux termes de l'article UG.11.1.1 du même règlement, relatif aux constructions existantes : " Antennes : les antennes d'émission ou de réception (radios, télévisions, radiostéléphones) doivent être implantées en partie supérieure des bâtiments et en retrait des façades. Elles ne doivent pas, dans la mesure du possible être visibles depuis l'espace public. / Terrasses : la création de terrasses peut être refusée si celle-ci a pour conséquence de conduire à dénaturer l'aspect de la couverture. La réalisation d'édicules d'accès à des toitures-terrasses, permettant la mise en œuvre et l'entretien de leurs plantations, peut être autorisée. "
37. D'une part, les requérants font valoir que la création de la terrasse agricole, l'édicule technique et les garde-corps en verre extra-blanc délimitant la terrasse végétalisée en toiture du projet sont de nature à porter atteinte à l'intérêt des lieux avoisinants en raison des modifications de la toiture qu'ils impliquent. Toutefois, alors que l'environnement proche du terrain d'assiette ne présente pas d'homogénéité architecturale, il ressort des pièces du dossier que la création d'une terrasse végétalisée et agricole au R+8 s'insère harmonieusement dans l'environnement avoisinant. En outre, ainsi qu'il a été dit au point 35, l'édicule technique, situé en retrait sur la toiture, présente un aspect architectural satisfaisant. Enfin, si les requérants font valoir que, dans son avis rendu le 22 décembre 2015 sur le permis initial, l'architecte des bâtiments de France avait recommandé l'usage de garde-corps en serrurerie en évitant les garde-corps en verre, cette recommandation portait sur les garde-corps protégeant les baies en façade, en l'absence, dans l'état initial du projet, de terrasse végétalisée, et la pétitionnaire fait valoir en défense que le choix du matériau " verre extra-blanc " pour les garde-corps de la terrasse permet d'en limiter l'impact visuel.
38. D'autre part, les requérants font valoir que la notice architecturale indique qu'au moment du dépôt de dossier de permis de construire modificatif, l'implantation des trois antennes radio Orange était en cours d'étude technique, et que l'emplacement de ces antennes demeure donc inconnu. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le dossier de demande de permis modificatif n'incluait pas l'implantation de trois antennes sur le toit. Par suite, ce moyen est inopérant.
39. Enfin, les requérants font valoir que l'arrêté attaqué est entaché d'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article UG.11 précité, dès lors que l'incomplétude du dossier a faussé l'appréciation de la ville de Paris. Il résulte de ce qui a été dit aux points 21 et 22 que les pièces du dossier n'ont pas été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable. Par suite, le moyen sera écarté.
Sur l'application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :
40. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé. ".
41. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 29 janvier 2020 par lequel la maire de Paris a délivré à la société Helmut un permis modificatif n° 075 107 15 V0032 M01 est entaché de vices tenant, d'une part, à l'irrégularité de l'avis de l'architecte des bâtiments de France, et, d'autre part, à l'incomplétude du dossier de permis modificatif du fait de l'absence de production des documents relatifs à l'institution des servitudes nécessaires à la réalisation du projet.
42. Ces vices sont susceptibles de régularisation. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de surseoir à statuer et d'impartir à la société Helmut un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement aux fins d'obtenir sa régularisation.
43. Il y a également lieu de surseoir à statuer, dans les mêmes conditions, sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il est sursis à statuer sur les conclusions en annulation du syndicat des copropriétaires du 53, avenue de Saxe - 11, place de Breteuil et de Mme B et sur leurs conclusions présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative jusqu'à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement pour permettre à la société Helmut de notifier au tribunal un permis de construire de régularisation.
Article 2 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié au syndicat des copropriétaires du 53 avenue de Saxe-11 place de Breteuil, à Mme F B, à la SCI Helmut et à la ville de Paris.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Le Roux, présidente,
Mme Madé, première conseillère,
Mme Berland, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2022.
La rapporteure,
F. D
La présidente,
M.-O. LE ROUXLa greffière,
E. MOUCHON
La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026