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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2116669

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2116669

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2116669
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3e Section - 3e Chambre - R.222-13
Avocat requérantPARTOUCHE-KOHANA STÉPHANIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 août 2021, et des pièces enregistrées le 14 septembre 2022, Mme B C et M. A C agissant tant en leur nom personnel qu'en celui de leurs enfants mineurs, et E C, représentés par Me Partouche-Kohana, demandent au tribunal de condamner l'État à leur verser une somme totale de 90 000 euros à parfaire en réparation des préjudices résultant de l'absence de relogement de leur famille.

Ils soutiennent que :

- la responsabilité de l'État est engagée sur le fondement de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation faute d'offre de relogement alors que Mme C a été reconnue prioritaire par une décision de la commission de médiation ;

- Ils subissent des troubles dans leurs conditions d'existence et un préjudice moral du fait de la carence fautive de l'État à les reloger.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2022, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris a informé le tribunal de la radiation de la demande de logement social de Mme C à compter du 18 août 2021 pour cause de non-renouvellement.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 août 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la responsabilité de l'Etat :

1. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une décision d'une commission de médiation en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'État prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à compter de l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement. En outre, il y a lieu de tenir compte, pour les évaluer, de l'évolution de la composition du foyer au cours de cette période.

2. D'une part, il résulte de l'instruction que Mme C, qui a présenté une demande de logement social sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, a été reconnue prioritaire et devant être relogée en urgence par une décision du 3 novembre 2016 de la commission de médiation du département de Paris valant pour 5 personnes au motif qu'elle est dépourvue de logement, hébergée chez un particulier. Le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris n'a pas proposé à l'intéressée un relogement dans le délai de six mois imparti par le code de la construction et de l'habitation à compter de l'édiction de la décision de la commission de médiation. En outre, par jugement n° 1710668 du 16 octobre 2017, le magistrat désigné du tribunal administratif de Paris a enjoint au préfet d'assurer son relogement sous astreinte de 1000 euros par mois de retard à compter du 1er janvier 2018. Cette double carence est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'État à compter du 3 mai 2017 à l'égard de Mme C exclusivement, dès lors qu'elle est l'unique demanderesse titulaire de la décision de la commission de médiation. En revanche, il résulte des principes énoncés au point 1 que les conclusions présentées par M. C, son époux, leurs trois enfants mineurs et sa fille majeure doivent être rejetées.

3. D'autre part, le troisième alinéa de l'article L. 441-2-1 du code de la construction et de l'habitation dispose que toute demande de logement social " fait l'objet () d'un enregistrement dans le système national d'enregistrement (). Chaque demande est identifiée par un numéro unique délivré au niveau national ". Aux termes du dixième alinéa du même article : " Aucune attribution de logement ne peut être décidée, ni aucune candidature examinée par une commission d'attribution si la demande n'a pas fait l'objet d'un enregistrement assorti de la délivrance d'un numéro unique ". Enfin, l'article R. 441-2-8 du même code dispose : " Une demande ne peut faire l'objet d'une radiation du fichier d'enregistrement que pour l'un des motifs suivants () : e) Absence de renouvellement de la demande dans le délai imparti par la notification adressée au demandeur () ". Si le comportement du bénéficiaire de la décision de la commission de médiation qui serait de nature à faire obstacle à l'exécution de cette décision peut délier l'administration de l'obligation de résultat qui pèse sur elle, la seule circonstance que, postérieurement à la décision de la commission de médiation, le bénéficiaire de cette décision soit radié du fichier des demandeurs de logement social en application des dispositions précitées, n'a pas, par elle-même, pour effet de délier l'Etat de l'obligation qui pèse sur lui d'en assurer l'exécution. Il n'en va ainsi que si la radiation résulte de l'exécution même de la décision de la commission de médiation ou si les faits ayant motivé cette radiation révèlent, de la part de l'intéressé, une renonciation au bénéfice de cette décision ou un comportement faisant obstacle à son exécution par le préfet.

4. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la requérante n'a pas procédé au renouvellement de sa demande de logement social et a ainsi été radiée de la liste des demandeurs de logement social le 18 août 2021. Toutefois, cette dernière justifie avoir obtenu le renouvellement de sa demande dès le 20 décembre 2021. Dans ces conditions, la responsabilité de l'Etat n'a pas pris fin à compter du 18 août 2021.

Sur les préjudices :

5. Il résulte de l'instruction que la situation de priorité et d'urgence persiste, Mme C occupe toujours avec son époux, sa fille majeure, ses trois enfants mineurs, deux chambres d'hôtel, à des étages différents, infestées de nuisibles. Dès lors, il sera fait une juste appréciation de ses préjudices qui doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant son foyer pendant la période en cause, en mettant à la charge de l'Etat une somme de 12 750 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'État est condamné à verser à Mme C une somme de 12 750 euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au ministre délégué à la ville et au logement.

Copie en sera adressée au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

Le magistrate désignée

T. D

La greffière,

N. MENDY

La République mande et ordonne au ministre délégué à la ville et au logement en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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