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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2116864

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2116864

mardi 28 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2116864
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET GINESTIE MAGELLAN PALEY-VINCENT (SELAS)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 5 août 2021 et le 18 novembre 2021, Mme C B, représentée par Me Cotza, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 juin 2021 par laquelle ministère du travail a autorisé son licenciement ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les faits qui lui sont reprochés ne sont pas d'une gravité suffisante justifiant son licenciement ;

- la mesure de licenciement est disproportionnée ;

- la mesure de licenciement est en lien avec son mandat de représentant du personnel ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 septembre 2021, la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 19 octobre 2021 et le 13 décembre 2021, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, la société Etablissements Cambour conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 19 novembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Castéra,

- et les conclusions de Mme Ménéménis, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société Etablissements Cambour, a, le 31 juillet 2020, saisi l'inspecteur du travail d'une demande d'autorisation de licenciement pour motif disciplinaire de Mme B, engagée depuis le 20 septembre 2004, occupant depuis le 13 mai 2016, les fonctions d'assistante de direction. Mme B a été élue membre titulaire du comité social et économique le 20 juin 2018 et bénéficiait depuis cette date, du statut de salariée protégée en vertu de l'article L. 2411-5 du code du travail. Le 3 novembre 2020, l'inspecteur du travail a refusé d'autoriser le licenciement de Mme B. La société Etablissements Cambour a formé un recours hiérarchique et par une décision du 23 juin 2021, la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a annulé la décision de l'inspecteur de travail et autorisé le licenciement de Mme B. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cette dernière décision.

2. En vertu des dispositions du code du travail, les salariés légalement investis de fonctions représentatives qui bénéficient, dans l'intérêt des travailleurs qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle, ne peuvent être licenciés qu'avec l'autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque le licenciement d'un de ces salariés est envisagé, il ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par l'intéressé ou avec son appartenance syndicale.

3. Dans le cas où la demande est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail saisi et, le cas échéant, au ministre compétent, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables à son contrat de travail et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi. Le juge de l'excès de pouvoir contrôle si les faits reprochés à un salarié protégé, dans l'exercice de son activité professionnelle, sont d'une gravité suffisante pour justifier la décision de l'inspecteur du travail et, le cas échéant, du ministre compétent autorisant son licenciement compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme B, a, entre le 24 août 2016 et le 13 mai 2019, acquis gracieusement, grâce aux points de fidélité acquis par son entreprise auprès de la société de fournitures de bureau Bruneau, une valise, un défroisseur à main Philips, une radio de salle de bain Philips, deux tablettes tactiles de marque Asus, un nettoyeur haute pression Karcher, une montre connectée Apple watch, deux places de cinéma, 48 chèques d'une valeur unitaire de 10 euros et une ménagère de 24 pièces Guy Degrenne et un téléphone de marque Apple. La ministre du travail a considéré que ces fautes étaient suffisamment graves pour justifier un licenciement. Si la société Etablissements Cambour fait valoir qu'elle a découvert, le 16 octobre 2020, que Mme B aurait effectué en réalité plus de 57 commandes à son profit personnel en utilisant les points de fidélité acquis par son entreprise, les faits antérieurs au 24 août 2016 n'ayant pas été indiqués à Mme B lors de l'entretien préalable au licenciement envisagé, ils ne peuvent être retenus pour apprécier la légalité de la décision de la ministre du travail qui d'ailleurs, n'a pas retenu ces faits.

5. En premier lieu, Mme B soutient qu'en l'absence de toute règle préexistante concernant l'usage de points fidélité, il ne peut lui être reproché d'avoir manqué à son obligation de loyauté. Toutefois, le fait d'utiliser des points de fidélité acquis par son entreprise pour bénéficier de produits à son profit personnel et les faire livrer à son domicile, sans en informer son employeur, et ce pendant plusieurs années, constitue une méconnaissance de son obligation de loyauté, sans que l'interdiction d'y procéder soit nécessairement écrite.

6. En deuxième lieu, la société Cambour fait valoir qu'elle a subi un préjudice dès lors qu'elle n'a pas pu bénéficier de ces points de fidélité durant cette période afin de réduire le montant total des commandes de fournitures de bureaux, ni bénéficier de ces points de fidélité en les convertissant en cadeaux au bénéfice de la société. Toutefois, si la valeur marchande des produits acquis par Mme B peut être évaluée à environ 3 000 euros, la société Cambour n'apporte pas d'éléments permettant de chiffrer le préjudice financier qu'elle invoque.

7. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient Mme B, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet de son licenciement ait un lien avec ses fonctions représentatives au sein du comité social et économique.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme B doit être regardée comme ayant méconnu son obligation de loyauté d'une manière suffisamment grave pour justifier son licenciement et ce, quand bien même le préjudice financier invoqué par la société Etablissements Cambour est pour une part, relativement faible et pour l'autre part, non établi. La circonstance que Mme B justifie d'une ancienneté importante au sein de la société et est exempte de tout autre antécédent disciplinaire, n'est pas de nature à atténuer de manière suffisante la gravité des fautes commises. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la ministre du travail a commis une erreur d'appréciation en considérant que les fautes commises étaient d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision de la ministre du travail en date du 23 juin 2021. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la société Etablissements Cambour au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la société Etablissements Cambour présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.

Délibéré après l'audience du 14 février 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Giraudon, présidente,

- Mme Marcus, première conseillère,

- Mme Castéra, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2023.

La rapporteure,

A. Castéra

La présidente,

M.-C. GiraudonLe greffier,

Y. Fadel

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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