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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2116895

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2116895

mercredi 30 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2116895
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET LHUMEAU, GIORGETTI, HENNEQUIN & ASSOCIES - LGH & ASSOCIES (SELAS)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 août 2021, M. C B, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 juillet 2021 par laquelle le préfet de police a octroyé le concours de la force publique pour procéder à son expulsion du logement situé 20 rue de la Glacière dans le 13ème arrondissement de Paris ;

2°) d'enjoindre à l'Etat de procéder à son relogement.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il s'est acquitté de ses loyers en dépit de la faiblesse de ses revenus et que Paris Habitat lui avait annoncé une solution de relogement ;

- il a été reconnu prioritaire et devant être relogé en urgence au sens du droit au logement opposable, par une décision de la commission de médiation de Paris du 22 septembre 2016 et un jugement du tribunal du 20 juin 2017.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2021, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que le moyen soulevé par M. B n'est pas fondé.

Par un mémoire, enregistré le 25 février 2022, Paris Habitat OPH, représenté par Me Hennequin (S.E.L.A.S LGH et Associés), conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;

- les conclusions tendant à ce qu'il soit ordonné le relogement du requérant sont irrecevables faute de demande préalable et compte tenu du principe de l'indépendance des législations et de l'autorité de la chose jugée attachée au jugement du 20 juin 2017 par lequel le tribunal a déjà ordonné le relogement du demandeur.

Par une ordonnance du 20 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des procédures civiles d'exécution ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les conclusions de Mme Privet, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a sollicité le transfert à son bénéfice du bail locatif du logement dont sa grand-mère, décédée au mois de septembre 2011, était locataire au 20 rue de la Glacière dans le 13ème arrondissement de Paris et qui appartenait, en dernier lieu, à Paris Habitat. Cette demande a été rejetée par Paris Habitat. Par un jugement du 16 janvier 2014, le tribunal d'instance du 13ème arrondissement a toutefois débouté Paris Habitat de sa demande d'expulsion de M. B, qui occupait le logement en cause, et ordonné le transfert du bail à son profit à compter du 2 mars 2010. Ce jugement a néanmoins été infirmé par un arrêt de la Cour d'appel de Paris du 28 janvier 2016 qui, après avoir constaté la résiliation du bail consenti à l'ancienne locataire et dit que M. B ne remplissait pas les conditions pour bénéficier de la continuation ou du transfert du bail, a autorisé Paris Habitat à faire procéder à son expulsion dans le délai de deux mois à compter du commandement d'avoir à libérer les lieux. Un commandement de quitter les lieux a été délivré à M. B le 18 mars 2016 et notifié aux services de la préfecture de police le 23 mars 2016. Le concours de la force publique a ensuite été requis le 13 juin 2017 pour procéder à l'expulsion de l'occupant. Par une décision du 15 juillet 2021, le préfet de police a octroyé le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion de M. B à compter du 1er septembre 2021. Par la présente requête, M. B a entendu demander l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires () ". Toute décision de justice ayant force exécutoire peut donner lieu à une exécution forcée, la force publique devant, si elle est requise, prêter main forte à cette exécution. Toutefois, des considérations impérieuses tenant à la sauvegarde de l'ordre public ou à la survenance de circonstances postérieures à la décision judiciaire d'expulsion - telles que l'exécution de celle-ci serait susceptible d'attenter à la dignité de la personne humaine - peuvent légalement justifier, sans qu'il soit porté atteinte au principe de la séparation des pouvoirs, le refus de prêter le concours de la force publique. En cas d'octroi de la force publique, il appartient au juge de rechercher si l'appréciation à laquelle s'est livrée l'administration sur la nature et l'ampleur des troubles à l'ordre public susceptibles d'être engendrés par sa décision ou sur les conséquences de l'expulsion des occupants compte tenu de la survenance de circonstances postérieures à la décision de justice l'ayant ordonnée, n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

3. D'une part, ni l'insuffisance des revenus de M. B ni les circonstances, à les supposer même établies, que Paris Habitat lui aurait indiqué être en mesure de lui proposer un relogement et qu'il se serait acquitté du montant de ses loyers, ne sont, en tout état de cause, de nature à caractériser une circonstance postérieure à l'arrêt précité de la Cour d'appel de Paris, faisant apparaître que l'exécution de la décision du préfet serait susceptible d'attenter à la dignité de la personne humaine au sens des règles rappelées au point 2 du présent jugement. D'autre part, la procédure visant l'octroi du concours de la force publique et celle relative à l'existence d'un droit au logement opposable constituent deux procédures distinctes tant dans leurs modalités de mise en œuvre que dans les principes qui les régissent. Il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire, ni d'aucun principe général du droit que le fait d'être reconnu prioritaire dans le cadre du droit au logement opposable ferait obstacle à ce que soit octroyé le concours de la force publique, ni que le préfet serait tenu de s'assurer du relogement effectif de l'intéressé avant d'accorder le concours de la force publique à son expulsion. Ainsi, M. B ne peut pas utilement se prévaloir de la décision du 22 septembre 2016 de la commission de médiation le reconnaissant prioritaire et devant être relogé en urgence et du jugement du tribunal du 20 juin 2017 enjoignant au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris d'assurer son relogement. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police a commis une erreur manifeste d'appréciation en accordant le concours de la force publique en vue de procéder à son expulsion.

4. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du préfet de police du 15 juillet 2021 accordant le concours de la force publique en vue de son expulsion du logement situé 20 rue de la Glacière dans le 13ème arrondissement de Paris.

Sur les conclusions aux fins de relogement :

5. D'une part, si, contrairement à ce que Paris Habitat fait valoir, les conclusions tendant à ce qu'il soit ordonné à l'Etat d'assurer le relogement du requérant conformément à la décision de la commission de médiation du 22 septembre 2016 n'ont pas à être précédées d'une demande préalable, elles ne peuvent néanmoins être portées que devant le tribunal administratif statuant dans les conditions prévues par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. D'autre part, comme Paris Habitat le fait valoir, il est constant que M. B, qui a été informé par la décision de la commission de médiation du 22 septembre 2016 de l'expiration, le 24 juillet 2017, du délai de recours de quatre mois prévu à l'article R. 778-2 du code de justice administrative pour saisir le tribunal statuant dans les conditions prévues par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, a déjà introduit une telle requête devant le tribunal, qui a statué le 20 juin 2017. Dans ces conditions, Paris Habitat est fondé à soutenir que les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à l'Etat de procéder au relogement de M. B sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de Paris Habitat présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

7. Enfin, la présente instance n'ayant pas occasionné de dépens, les conclusions présentées à ce titre par Paris Habitat ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de Paris Habitat présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des dépens sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Paris Habitat OPH.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Amat, présidente,

- Mme Armoët, première conseillère,

- Mme Nguyen, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2022.

La rapporteure,

E. A

La présidente,

N. AmatLa greffière,

P. Tardy-Panit

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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