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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2117073

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2117073

vendredi 2 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2117073
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 4e Chambre
Avocat requérantARVIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 août 2021 et le 30 octobre 2021, Mme A B, représentée par Me Benoît Arvis, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler le tableau d'avancement au grade de la hors-classe du corps des professeurs des écoles au titre de l'année 2020 et la décision du 21 septembre 2020 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au recteur de la région académique Ile-de-France, recteur de l'académie de Paris, de réexaminer sa demande de promotion au grade de la hors-classe à compter du 1er septembre 2020 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- sa requête est recevable dès lors qu'elle justifie de l'impossibilité de produire le tableau d'avancement attaqué et qu'elle demande, dans le délai de recours, son annulation dans son ensemble ;

- le tableau a été adopté à la suite d'une procédure irrégulière dès lors que la commission administrative paritaire n'a pas rendu d'avis préalablement à son adoption ;

- la décision du 21 septembre 2020 est entachée d'un défaut de motivation ;

- le recteur de l'académie de Paris ne justifie pas de la compétence de la personne signataire du tableau d'avancement attaqué ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur de droit et d'une violation directe de la règle de droit dès lors qu'elles se fondent sur une note de service édictant des lignes directrices ayant un caractère impératif elle-même illégale en ce qu'elle ajoute un critère d'ancienneté non prévu par la loi ;

- le recteur s'est estimé à tort lié par ce critère d'ancienneté ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses excellents états de service, tels qu'ils ressortent de ses évaluations professionnelles, dès lors que le recteur de l'académie de Paris ne démontre pas que les professeurs promus justifiaient de mérites professionnels supérieurs aux siens.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2021, le recteur de la région académique Ile-de-France, recteur de l'académie de Paris, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions tendant à l'annulation du tableau d'avancement sont irrecevables dès lors que ce tableau doit comporter un nombre maximum d'agents et présente ainsi un caractère indivisible ;

- le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision du 21 septembre 2020 est inopérant ;

- les autres moyens ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 90-680 du 1er août 1990 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Julinet, premier conseiller ;

- les conclusions de M. Degand, rapporteur public ;

- et les observations de Me Arvis, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, née en 1957, professeure des écoles de classe normale depuis le 1er septembre 1995, directrice d'école maternelle depuis le 1er septembre 2012, a demandé son inscription au tableau d'avancement au grade de la hors-classe du corps des professeurs des écoles au titre de l'année 2020. Informée qu'elle n'avait pas été inscrite au tableau, elle a formé un recours gracieux, rejeté par une décision du 21 septembre 2020. Par sa requête, elle demande l'annulation de l'arrêté du recteur de l'académie de Paris portant inscription au tableau d'avancement au grade de la hors­classe du corps des professeurs d'école au titre de l'année 2020 et de la décision du 21 septembre 2020 par laquelle le recteur d'académie a rejeté son recours gracieux.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Il résulte clairement des termes mêmes de la requête que Mme B a demandé l'annulation du tableau d'avancement au grade de la hors-classe du corps des professeurs des écoles au titre de l'année 2020 dans son ensemble. Dès lors, la fin de non-recevoir tirée du caractère indivisible de ce tableau doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article 12 alors en vigueur de la loi du 13 juillet 1983 : " Le grade est distinct de l'emploi. Le grade est le titre qui confère à son titulaire vocation à occuper l'un des emplois qui lui correspondent. Toute nomination ou toute promotion dans un grade qui n'intervient pas exclusivement en vue de pourvoir à un emploi vacant et de permettre à son bénéficiaire d'exercer les fonctions correspondantes est nulle () ". Aux termes de l'article 58 de la loi du 11 janvier 1984 alors en vigueur, dans sa rédaction alors applicable, issue de l'article 39 de la loi n° 2010-751 du 5 juillet 2010 : " L'avancement de grade a lieu de façon continue d'un grade au grade immédiatement supérieur. Il peut être dérogé à cette règle dans les cas où l'avancement est subordonné à une sélection professionnelle. / () / Sauf pour les emplois laissés à la décision du Gouvernement, l'avancement de grade a lieu, selon les proportions définies par les statuts particuliers, suivant l'une ou plusieurs des modalités ci-après : /1° Soit au choix, par voie d'inscription à un tableau annuel d'avancement, établi après avis de la commission administrative paritaire, par appréciation de la valeur professionnelle et des acquis de l'expérience professionnelle des agents. () / Les décrets portant statut particulier fixent les principes et les modalités de la sélection professionnelle, notamment les conditions de grade et d'échelon requises pour y participer. / Les promotions doivent avoir lieu dans l'ordre du tableau ou de la liste de classement. / () ".

4. Aux termes de l'article 25 du décret du 1er août 1990 relatif au statut particulier des professeurs des écoles, dans sa rédaction applicable à la date des décisions attaquées, issue de l'article 19 du décret n° 2019-1554 du 30 décembre 2019 : " Les professeurs des écoles peuvent être promus au grade de professeurs des écoles hors classe lorsqu'ils comptent, au 31 août de l'année au titre de laquelle le tableau d'avancement est établi, au moins 2 ans d'ancienneté dans le 9e échelon de la classe normale. / Le tableau d'avancement est arrêté chaque année, dans chaque département, par le recteur d'académie, après avis de la commission administrative paritaire compétente, selon des orientations définies par le ministre chargé de l'éducation nationale. / Le nombre maximum de professeurs des écoles pouvant être promus chaque année à la hors-classe est déterminé conformément aux dispositions du décret n° 2005-1090 du 1er septembre 2005 relatif à l'avancement de grade dans les corps des administrations de l'Etat. / Les promotions sont prononcées, dans l'ordre d'inscription au tableau annuel d'avancement, par le recteur d'académie. / () ".

5. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment du procès-verbal de la réunion de la commission administrative paritaire départementale unique du 25 juin 2020, que, conformément aux dispositions citées au point 3, les membres de cette commission, après avoir entendu la présentation par l'administration du projet de tableau d'avancement au grade de la hors-classe du corps des professeurs des écoles et procédé à quelques échanges sur des situations particulières, ont donné, de quelque manière que ce soit, un avis, formalisé ou non, sur l'établissement de ce tableau, ce qui a privé Mme B d'une garantie. Dès lors, le moyen tiré du vice de procédure doit être accueilli.

6. En second lieu, il résulte des dispositions citées aux points 3 et 4 que le tableau d'avancement au grade de professeurs des écoles hors classe ne peut être arrêté par le recteur d'académie, après avis de la commission administrative paritaire compétente et selon des orientations définies par le ministre chargé de l'éducation nationale, que sur le fondement de l'appréciation qu'il porte sur la valeur professionnelle et les acquis de l'expérience professionnelle des agents.

7. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de la décision du 21 septembre 2020 attaquée et du mémoire en défense que, pour arrêter le tableau d'avancement au grade de professeurs des écoles hors classe pour l'année 2020, le recteur de l'académie de Paris a pris en compte, d'une part, la valeur professionnelle et les acquis de l'expérience professionnelle des agents et, d'autre part, leur ancienneté, en application de la note de service du ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse n° 2019-187 du 30 décembre 2019 adressée aux recteurs d'académie et publiée au bulletin officiel de l'éducation nationale n° 1 du 2 janvier 2020, qui définit les orientations générales qu'ils doivent mettre en œuvre pour l'établissement des tableaux d'avancement au grade de la hors-classe du corps des professeurs des écoles au titre de l'année 2020. Il résulte des dispositions de cette note de service que, pour établir ce tableau, le recteur d'académie doit s'appuyer, d'une part, sur le nombre d'années de présence de l'agent dans la plage d'appel statutaire à la hors-classe et, d'autre part, sur la valeur professionnelle et les acquis de l'expérience professionnelle des professeurs des écoles qui remplissent la condition de compter au moins deux années d'ancienneté dans le 9ème échelon de la classe normale au 31 août de l'année 2020 au regard notamment de leur expérience et de leur investissement professionnels sur l'ensemble de leur carrière, appréciés sur le fondement de leur dossier actualisé dans le menu " CV " de l'application I-Prof et de l'appréciation portée par l'inspecteur d'académie-directeur académique des services de l'éducation nationale à l'issue du troisième rendez-vous de carrière dont ils ont dû bénéficier au cours de la deuxième année suivant leur nomination au 9ème échelon de la classe normale, à défaut pour l'élaboration du tableau d'avancement au titre de l'année 2018 ou, à défaut, de l'année 2019, pour ceux remplissant les conditions pour être promu au titre de ces années mais ne l'ayant pas été, à défaut pour l'élaboration du présent tableau, fondée sur l'avis de l'inspecteur de l'éducation nationale recueilli au travers de l'application I-prof, appréciation devant correspondre à un des quatre degrés suivant : excellent, très satisfaisant, satisfaisant et à consolider. La valorisation de ces critères se traduit par un barème national sur la base duquel doit être établi le tableau, formé par l'addition de points liés d'une part à la valeur professionnelle telle qu'appréciée par l'inspecteur d'académie-directeur académique des services de l'éducation nationale et, d'autre part, de points d'ancienneté attribués en fonction de l'ancienneté théorique dans la plage d'appel.

8. En se fondant ainsi, pour refuser d'inscrire Mme B au tableau d'avancement au grade de la hors-classe des professeurs des écoles au titre de l'année 2020, sur un barème ajoutant un critère d'ancienneté au critère de la valeur professionnelle, le recteur de l'académie de Paris a commis une erreur de droit.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du recteur de l'académie de Paris portant inscription au tableau d'avancement au grade de la hors-classe du corps des professeurs des écoles au titre de l'année 2020 et de la décision du 21 septembre 2020 par laquelle le recteur d'académie a rejeté son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé ".

11. Eu égard à ses motifs, l'annulation prononcée implique seulement que le recteur de l'académie de Paris réexamine, après consultation de la commission administrative paritaire compétente, la candidature de Mme B. Par suite, il y a lieu de lui enjoindre de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du recteur de l'académie de Paris portant inscription au tableau d'avancement au grade de la hors-classe du corps des professeurs des écoles au titre de l'année 2020 et la décision du 21 septembre 2020 par laquelle il a rejeté le recours gracieux de Mme B sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au recteur de l'académie de Paris de procéder au réexamen de la demande de Mme B tendant à son inscription au tableau d'avancement au grade de la hors­classe du corps des professeurs des écoles pour l'année 2020 dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761­1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Une copie en sera adressée au recteur de la région académique Ile-de-France, recteur de l'académie de Paris.

Délibéré après l'audience du 19 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Aubert, présidente,

M. Julinet, premier conseiller,

M. Blusseau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juin 2023.

Le rapporteur,

S. JULINET

La présidente,

S. AUBERT

La greffière,

A. LOUART

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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