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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2117225

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2117225

jeudi 12 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2117225
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 2e Chambre
Avocat requérantATGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 août 2021, Mme A C, représentée par Me Atger, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 15 juin 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de la rétablir dans ses droits au bénéfice des conditions matérielles dans un délai de 48 heures à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, d'enjoindre au directeur général de l'OFII de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que la décision attaquée :

- n'est pas suffisamment motivée ;

- a été prise sur une procédure irrégulière en l'absence d'examen préalable de vulnérabilité ;

- est entachée d'une erreur de droit et de fait dès lors, notamment, qu'elle a respecté les obligations fixées par les autorités chargées de l'asile ;

- est entachée d'inconventionnalité au regard de l'article 20 de la directive 2013/33/UE ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation, notamment médicale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de Mme Florence Nikolic, rapporteure publique,

- Mme C et le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'étaient pas présents, ni représentés.

Considérant ce qui suit :

1.Mme C, ressortissant somalienne née le 12 août 1985, a sollicité l'asile en France le 21 février 2019. Sa demande d'asile a été placée sous procédure dite " Dublin " et la requérante a fait l'objet, le 21 avril 2019, d'un arrêté de transfert vers les Pays-Bas, pays responsable de l'examen de sa demande d'asile. Le 4 mai 2021,

Mme C a demandé à l'OFII le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 15 juin 2021 l'OFII a refusé de faire droit à cette demande. La requérante demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 18 novembre 2021, Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Dès lors, il n'y a pas lieu de statuer sur ses conclusions tendant à son admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle, lesquelles sont devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, il ressort des termes de la décision litigieuse que celle-ci est motivée par la circonstance, qu'après avoir fait l'objet d'une décision de cessation de ses conditions matérielles d'accueil au motif qu'elle n'avait pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, Mme C a présenté une demande de rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil sans justifier des raisons pour lesquelles elle n'a pas respecté les obligations auxquelles elle a consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge par l'Office français de l'immigration et de l'intégration et que par ailleurs, l'évaluation de sa situation personnelle et familiale ne fait pas apparaître de facteur particulier de vulnérabilité au sens de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni de besoins particuliers en matière d'accueil. Par suite, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent et est, par suite, suffisamment motivée.

4. Mme C fait valoir, par ailleurs, que la décision attaquée aurait dû être précédée d'un entretien de vulnérabilité. Or, il ressort des pièces du dossier qu'elle a déjà bénéficié d'un tel entretien lors du premier enregistrement de sa demande d'asile en France et qu'en tout état de cause, aucune disposition n'impose la réalisation d'un nouvel entretien de vulnérabilité à l'occasion d'une demande de rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Enfin, en l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme C a pu faire valoir, dans le cadre de sa demande de rétablissement de ses droits, tous les éléments utiles sur sa situation personnelle et notamment médicale. Dès lors le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'un vice de procédure ne peut par suite qu'être écarté.

5. La directive du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale vise à harmoniser les conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile en leur garantissant un niveau de vie digne et des conditions de vie comparables dans l'ensemble des États membres de l'Union européenne. Aux termes, toutefois, de l'article 20 de cette directive : " 1. Les États membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur : a) abandonne le lieu de résidence fixé par l'autorité compétente sans en avoir informé ladite autorité ou, si une autorisation est nécessaire à cet effet, sans l'avoir obtenue ; ou b) ne respecte pas l'obligation de se présenter aux autorités, ne répond pas aux demandes d'information ou ne se rend pas aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile dans un délai raisonnable fixé par le droit national () En ce qui concerne les cas visés aux points a) et b), lorsque le demandeur est retrouvé ou se présente volontairement aux autorités compétentes, une décision dûment motivée, fondée sur les raisons de sa disparition, est prise quant au rétablissement du bénéfice de certaines ou de l'ensemble des conditions matérielles d'accueil retirées ou réduites. () 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les États membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs () "

6.Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes (). "

7. En l'espèce, pour refuser de rétablir les conditions matérielles d'accueil de Mme C, le directeur de l'OFII s'est fondé d'une part, sur la circonstance que l'intéressée ne justifiait pas avoir respecté les obligations auxquelles elle avait consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge et d'autre part, sur le fait que sa situation personnelle et familiale ne faisait apparaître aucune vulnérabilité.

8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la requérante s'est vu notifier une convocation aux fins de mise en œuvre de son transfert aux autorités néerlandaises responsables de l'examen de sa demande d'asile. Il est constant que

Mme C ne s'est pas présentée aux convocations fixées les 25 novembre et 2 décembre 2019, et qu'elle ne fait état, ni à cette date, ni à ce jour, d'un motif légitime pour justifier ses absences. Par ailleurs, si Mme C produit trois certificats médicaux de médecins généralistes rédigés en des termes très généraux faisant état d'un suivi médical régulier ainsi que des résultats d'analyse biologique attestant d'une infection par l'hépatite B, ces seuls documents ne suffisent pas à justifier d'une situation de vulnérabilité au sens des dispositions précitées. Par suite, la décision attaquée n'est entachée ni d'une erreur de droit, ni d'une erreur manifeste d'appréciation.

9.En dernier lieu, Mme C soulève l'inconventionnalité de dispositions du droit interne français au regard des objectifs et dispositions de l'article 20, paragraphe 5, de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013, tels qu'interprétés par la Cour de justice de l'Union européenne, au motif qu'elles ne garantiraient pas un niveau de vie digne à tous les demandeurs d'asile et en toutes circonstances. Toutefois, la suspension des conditions matérielles d'accueil en vertu des dispositions nationales applicables n'interdit ni même n'empêche au demandeur d'asile d'en solliciter le rétablissement en faisant valoir tout élément relatif à sa situation personnelle, l'OFII étant alors tenu de les prendre en compte. Il ne résulte en outre d'aucune disposition que la suspension des conditions matérielles d'accueil ferait en toutes circonstances obstacle à l'accès aux autres dispositifs prévus par le droit interne répondant aux prescriptions de l'article 20, paragraphe 5, de la directive du

26 juin 2013 précitée, si l'étranger considéré en remplit par ailleurs les conditions, et notamment à l'application des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'action sociale et des familles relatives à l'aide médicale de l'État ou de l'article L. 345-2-2 du même code relatives à l'hébergement d'urgence. Dès lors, l'exception d'inconventionnalité soulevée par la requérante n'est pas de nature à entacher d'illégalité la décision de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil prise à son encontre. Le moyen doit donc être écarté.

10. Par suite, la requête de Mme C doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions présentées par

Mme C tendant à ce qu'elle soit admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 15 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gros, président,

M. Feghouli, premier conseiller,

M. Hélard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 janvier 2023.

Le rapporteur, Le président,

M. BD

La greffière,

S. PORRINAS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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