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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2117239

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2117239

mercredi 28 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2117239
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5e Section - 3e Chambre
Avocat requérantATGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 août 2021 et le 29 août 2022, M. A B, représenté par Me Atger, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 24 juin 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté sa demande de rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de 48 heures à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision du 24 juin 2021 est insuffisamment motivée ;

- il n'a pas bénéficié d'un entretien de vulnérabilité ;

- cette décision est entachée d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il lui a été impossible de se rendre à l'aéroport avec son fils le 19 décembre 2019 en raison d'un mouvement de grève qui affectait les services de transport en commun ;

- l'avion qu'il devait prendre était à destination des Pays-Bas et non à destination de la Suède, pays vers lequel il devait être transféré ;

- sa demande de protection internationale est enregistrée en procédure normale ;

- cette décision méconnaît les articles L. 551-8 et L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors que l'Office n'a pas tenu compte de ce qu'il était accompagné de son fils mineur ;

- cette décision est contraire à la directive 2013/33/UE en ce qu'elle le prive de toute possibilité de subvenir à leurs besoins élémentaires.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 août 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une décision du 18 novembre 2021, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par le bureau de l'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le

26 janvier 1990 ;

- la directive 2013/33/UE ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Sueur, greffière :

- le rapport de M. C,

- et les conclusions de M. Lamy, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant afghan, né le 1er janvier 1978, a sollicité la reconnaissance de la qualité de réfugié en France ou le bénéfice de la protection subsidiaire, a accepté, le 7 août 2019, l'offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil proposée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration et s'est vu délivrer, avec son fils né le 24 septembre 2019, une attestation de demande d'asile en procédure dite " Dublin ". Par un arrêté du

14 septembre 2019, le préfet de police a décidé le transfert de M. B aux autorités suédoises, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Après avoir été déclaré en fuite par le préfet de police le 17 décembre 2019, l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a, par une décision du 27 février 2020, suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le 27 mai 2021, M. B et son fils ont été mis en possession d'une attestation de première demande d'asile en procédure normale. Par une décision du 24 juin 2021 dont il demande l'annulation, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté sa demande tendant à ce qu'il lui rétablisse le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l'introduction de sa requête, M. B, par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 18 novembre 2021, a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur ses conclusions tendant à son admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle, lesquelles sont devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, d'une part, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application. D'autre part, et contrairement à ce que soutient M. B, la décision attaquée n'est pas fondée sur le motif tiré de ce qu'il n'avait pas respecté les obligations de se présenter aux autorités, lequel constitue le fondement de la décision portant suspension de ses conditions matérielles d'accueil du 27 février 2020, mais sur le motif tiré de ce qu'il n'a pas justifié des raisons pour lesquelles il n'avait pas respecté ces obligations. Par suite, et alors que M. B ne démontre ni ne soutient avoir justifié, dans le cadre de sa demande de rétablissement, des raisons qui l'ont conduit à ne pas pouvoir se présenter aux autorités, il ne peut utilement soutenir que cette décision serait insuffisamment motivée au motif qu'il appartenait à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de se prononcer sur la légitimité de ces justifications.

4. En deuxième lieu, il ressort des termes même de la décision attaquée et de ce qui a été relevé précédemment que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu le 27 février 2020 au motif que M. B n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités. Il ressort également de cette décision que, pour rejeter la demande de M. B tendant au rétablissement des conditions matérielles d'accueil, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a relevé que les motifs qu'il évoquait ne justifiaient pas des raisons pour lesquelles il n'avait pas respecté ses obligations. Par suite, M. B, à qui il appartenait de justifier de ces raisons dans sa demande de rétablissement, ne peut, pour contester cette décision dans le cadre de la présente instance, utilement se prévaloir de la circonstance qu'il n'a pas pu se rendre à l'aéroport à cause d'un mouvement de grève qui affectait les services de transport en commun et que l'avion sur lequel il devait embarquer devait se rendre aux Pays-Bas et non en Suède.

5. En troisième lieu, si les dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile font obligation à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de procéder, à la suite d'un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil, elles n'imposent pas la tenue d'un nouvel entretien préalablement à la décision portant suspension du bénéfice de ces conditions matérielles d'accueil ou à la décision statuant sur une demande de rétablissement de ce bénéfice. Ainsi, M. B ne saurait utilement soutenir avoir été privé d'un nouvel entretien avant l'intervention de la décision portant refus de rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil.

6. En quatrième lieu, dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

7. S'il ressort des pièces du dossier que, le 27 mai 2021, les services de la préfecture de police de Paris ont délivré à M. B une attestation de première demande d'asile en procédure normale, il résulte de ce qui a été relevé précédemment que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'était pas tenu de faire droit à sa demande de rétablissement. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise en violation des articles L. 551-8 et L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur depuis le 1er mai 2021, doit être écarté.

8. En cinquième lieu, la seule circonstance que M. B est accompagné de son enfant mineur né en 2019 ne suffit pas à démontrer, malgré la précarité de leur situation, et en l'absence de toute indication sur leurs conditions de vie en France, que l'Office français de l'immigration et de l'intégration aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en relevant que l'évaluation de sa situation personnelle et familiale n'avait fait apparaître aucun facteur particulier de vulnérabilité ou aurait méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

9. En dernier lieu, M. B ne peut utilement soutenir que la décision attaquée méconnaît les articles 17 et 20 de la directive du 26 juin 2013 dès lors que celle-ci a été entièrement transposée en droit interne.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions présentées par M. B tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 13 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Ladreyt, président,

M. Gandolfi, premier conseiller,

Mme Leravat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2022.

Le rapporteur,

G. CLe président,

J-P. Ladreyt

La greffière,

L. Sueur

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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