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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2117477

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2117477

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2117477
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6e Section - 3e Chambre
Avocat requérantPOULLIEUX-DELCOUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et des mémoires, enregistrés les 16 août 2021, 26 novembre 2021 et 22 mars 2022, sous le n°2117477, M. B A, représenté par Me Delcour, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 juin 2021 par laquelle le ministre de l'Europe et des affaires étrangères a rejeté son recours hiérarchique contre la décision du 21 octobre 2020 du consul général de France à Annaba et Constantine, ensemble les décisions consulaires des 18 septembre et 21 octobre 2020 lui refusant la délivrance des copies d'extrait d'acte et lui retirant ses titres de voyage et carte nationale d'identité ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'Europe et des affaires étrangères de lui délivrer les copies d'acte de naissance sollicitées, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions de retrait des titres et de refus de délivrance des copies d'acte de naissance, ainsi que la décision confirmative du ministre, sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il dispose de son acte de naissance et son père d'un livret de famille français ;

- elles sont illégales dès lors qu'il est impossible à l'administration de procéder au retrait des actes créateurs de droits réguliers ;

- le ministre n'était pas en situation de compétence liée ;

- la décision de radiation sur la liste électorale consulaire n'a pas été prise aux termes d'une procédure contradictoire et notifiée régulièrement.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 octobre 2021, 14 février 2022 et 31 mars 2022, le ministre de l'Europe et des affaires étrangères conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

II. Par une requête et des mémoires, enregistrés les 16 août 2021, 26 novembre 2021 et 22 mars 2022, sous le n°2117478, Mme D A, représentée par Me Delcour, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 juin 2021 par laquelle le ministre de l'Europe et des affaires étrangères a rejeté son recours hiérarchique contre la décision du 21 octobre 2020 du consul général de France à Annaba et Constantine, ensemble les décisions consulaires des 18 septembre et 21 octobre 2020, lui refusant la délivrance des copies d'extrait d'acte et retirant des titres de voyage et sa carte nationale d'identité ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'Europe et des affaires étrangères de lui délivrer les copies d'acte de naissance sollicitées, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions de retrait des titres et de refus de délivrance des copies d'acte de naissance, ainsi que la décision confirmative du ministre, sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle dispose de son acte de naissance et son père d'un livret de famille français ;

- elles sont illégales dès lors qu'il est impossible à l'administration de procéder au retrait des actes créateurs de droits réguliers ;

- le ministre n'était pas en situation de compétence liée ;

- la décision de radiation sur la liste électorale consulaire n'a pas été prise aux termes d'une procédure contradictoire et notifiée régulièrement.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 octobre 2021, 14 février 2022 et 31 mars 2022, le ministre de l'Europe et des affaires étrangères conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code civil,

- le décret n°2005-1726 du 30 décembre 2005,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Doan,

- les conclusions de M. Cicmen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D A et M. B A, nés respectivement les 26 mai 1994 et 11 novembre 1997 en Algérie, étaient chacun titulaires d'un passeport et d'une carte nationale d'identité, délivrés le 13 décembre 2019 par le consulat général de France à Annaba et Constantine. Le 5 septembre 2019, ils ont fait l'objet de refus de délivrance de certificats de nationalité française par le tribunal d'instance de Paris. Le 8 janvier 2020, le consulat général de France à Annaba et Constantine leur a également refusé la délivrance d'un certificat de nationalité française. Le 18 septembre 2020, il leur a refusé la délivrance de copies intégrales de leurs actes de naissance. Le 21 octobre 2020, il les a convoqués pour restituer leurs passeports et cartes nationales d'identité. Un procès-verbal de carence a été dressé le 24 avril 2021. Le 14 mai 2021, M. et Mme A ont exercé un recours hiérarchique contre la décision de retrait de ces titres, qui a été rejeté par un courrier du 22 juin 2021 du ministre de l'Europe et des affaires étrangères. Par les présentes requêtes, M. et Mme A sollicitent l'annulation des décisions des 18 septembre 2020, 21 octobre 2020 et 22 juin 2021.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées n°2117477 et n°2117478, présentées par M. et Mme A, ont le même objet et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, d'une part, les courriers de convocation pour restitution des titres du 21 octobre 2020 indiquent que, par courrier du 5 septembre 2019, le tribunal d'instance de Paris a informé le consulat du refus de la délivrance d'un certificat de nationalité française, et que M. et Mme A s'étaient vus notifier le refus de la délivrance de certificats de nationalité française, pour le motif qu'ils ne pouvaient plus se prévaloir de la nationalité française. D'autre part, la décision du 22 juin 2021 s'appuie également sur la décision du 5 septembre 2019 du tribunal d'instance de Paris et elle vise le décret du 30 décembre 2005 relatif aux passeports et le décret du 22 octobre 1955 modifié instituant la carte nationale d'identité. Ces décisions comportent ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et sont, par suite, suffisamment motivées.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 29 du code civil : " La juridiction civile de droit commun est seule compétente pour connaitre des contestations sur la nationalité française ou étrangère des personnes physiques ". Aux termes de l'article 31-3 de ce code : " Lorsque le directeur des services de greffe judiciaires du tribunal judiciaire refuse de délivrer un certificat de nationalité, l'intéressé peut saisir le tribunal judiciaire qui décide s'il y a lieu de procéder à cette délivrance ".

5. Si M. et Mme A contestent la légalité de la décision du 5 septembre 2019 du tribunal d'instance de Paris, cette question relève, en vertu des articles précités du code civil, de la compétence exclusive de la juridiction judiciaire. Le moyen est, par suite, inopérant dans la présente instance.

6. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 18 du code civil : " Est français l'enfant dont l'un des parents au moins est français ". Aux termes de l'article 4 du décret du 30 décembre 2005 : " Le passeport est délivré, sans condition d'âge, à tout Français qui en fait la demande. () ". L'article 8 du même décret précise que : " La demande de passeport faite au nom d'un mineur est présentée par une personne exerçant l'autorité parentale. ", et aux termes de l'article 5 du même décret : " I.- En cas de première demande, le passeport est délivré sur production par le demandeur : 1° De sa carte nationale d'identité sécurisée prévue au titre II du décret n° 55-1397 du 22 octobre 1955 modifié instituant la carte nationale d'identité, valide ou périmée depuis moins de cinq ans à la date de la demande ; en pareil cas, sans préjudice, le cas échéant, de la vérification des informations produites à l'appui de la demande de cet ancien titre, le demandeur est dispensé d'avoir à justifier de son état civil et de sa nationalité française ; () / 4° Ou à défaut de produire l'un des titres mentionnés aux alinéas précédents, de son extrait d'acte de naissance de moins de trois mois, comportant l'indication de sa filiation ou, lorsque cet extrait ne peut pas être produit, de la copie intégrale de son acte de mariage. / Lorsque la nationalité française ne ressort pas des pièces mentionnées aux deux alinéas précédents, elle peut être justifiée dans les conditions prévues au II. / II.- La preuve de la nationalité française du demandeur peut être établie à partir de l'extrait d'acte de naissance mentionné au 4° du I portant en marge l'une des mentions prévues aux articles 28 et 28-1 du code civil. / Lorsque l'extrait d'acte de naissance mentionné au précédent alinéa ne suffit pas à établir la nationalité française du demandeur, le passeport est délivré sur production de l'une des pièces justificatives mentionnées aux articles 34 ou 52 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 modifié relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française. () Lorsque le demandeur ne peut produire aucune des pièces prévues aux alinéas précédents afin d'établir sa qualité de Français, celle-ci peut être établie par la production d'un certificat de nationalité française. ". Enfin, aux termes de l'article 32 du code civil : " Les Français originaires du territoire de la République française, tel qu'il était constitué à la date du 28 juillet 1960, et qui étaient domiciliés au jour de son accession à l'indépendance sur le territoire d'un État qui avait eu antérieurement le statut de territoire d'outre-mer de la République française, ont conservé la nationalité française. () ".

7. Pour l'application de ces dispositions, il appartient aux autorités administratives de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que les pièces produites à l'appui d'une demande de carte nationale d'identité ou de passeport sont de nature à établir l'identité et la nationalité du demandeur. Seul un doute suffisant sur l'identité ou la nationalité de l'intéressé peut justifier le refus de délivrance ou de renouvellement de la carte nationale d'identité et du passeport.

8. D'autre part, aux termes de l'article 31-2 du code civil : " Le certificat de nationalité indique, en se référant aux chapitres II, III, IV et VII du présent titre, la disposition légale en vertu de laquelle l'intéressé a la qualité de Français, ainsi que les documents qui ont permis de l'établir. Il fait foi jusqu'à preuve du contraire. () ". L'article 30 du même code prévoit que : " La charge de la preuve, en matière de nationalité française, incombe à celui dont la nationalité est en cause. Toutefois, cette charge incombe à celui qui conteste la qualité de Français à un individu titulaire d'un certificat de nationalité française délivré conformément aux articles 31 et suivants. ". Aux termes de l'article 30-2 du code civil : " () lorsque la nationalité française ne peut avoir sa source que dans la filiation, elle est tenue pour établie, sauf la preuve contraire si l'intéressé et celui de ses père et mère qui a été susceptible de la lui transmettre ont joui d'une

façon constante de la possession d'état de Français. () ", et aux termes de l'article 29 du même code : " La juridiction civile de droit commun est seule compétente pour connaître des contestations sur la nationalité française ou étrangère des personnes physiques. / Les questions de nationalité sont préjudicielles devant toute autre juridiction de l'ordre administratif ou judiciaire à l'exception des juridictions répressives comportant un jury criminel. ". Il résulte des dispositions de l'article 30 du code civil que la charge de la preuve, en matière de nationalité française incombe à celui dont la nationalité est en cause sauf s'il est titulaire d'un certificat de nationalité française et que l'exception de nationalité ne constitue, en vertu des dispositions de l'article 29 du code civil, une question préjudicielle que si elle présente une difficulté sérieuse.

9. Il ressort des pièces du dossier que les services consulaires ont refusé la délivrance de copies intégrales des actes de naissance de M. et Mme A et ordonné le retrait de leurs titres d'identité après avoir constaté l'existence d'un refus de délivrance de certificat de nationalité française émis le 5 septembre 2019 par le tribunal d'instance de Paris. A la suite de cette information, les services consulaires de l'ambassade ont adressé une première convocation, le 21 octobre 2020, à M. et Mme A. En l'absence de réponse, un procès-verbal de carence de notification a été établi le 24 avril 2021.

10. M. et Mme A soutiennent qu'ils détiennent la nationalité française par filiation, en application de l'article 18 du code civil, dès lors que leur père et leur grand-père seraient détenteurs d'un certificat de nationalité française. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, par sa décision du 5 septembre 2019, le pôle de la nationalité française du tribunal d'instance de Paris leur a refusé la délivrance d'un certificat de nationalité française en raison de nombreuses incohérences dans les documents produits à l'appui de leur demande et relatifs à la nationalité française de leur père, dont la filiation avec sa mère française n'est pas légalement établie en l'absence de mariage des grands-parents maternels des requérants avant la naissance de leur père et à défaut d'acte de reconnaissance durant sa minorité. Les requérants n'apportent aucun élément permettant d'établir la filiation maternelle de leur père et, par suite, leur nationalité française par filiation paternelle. Par suite, dès lors que M. et Mme A ne peuvent se prévaloir de la précédente délivrance de titres par l'administration, le ministre de l'Europe et des affaires étrangères pouvait, sans commettre d'erreur de droit ou d'appréciation, refuser la délivrance de certificats de nationalité française et engager une procédure de restitution de leurs passeports et de leurs cartes nationales d'identité.

11. En quatrième lieu, lorsqu'elle délivre un passeport ou une carte nationale d'identité, l'administration se borne à constater, au vu des documents produits, l'état civil et la nationalité de l'intéressé. Le caractère purement recognitif d'une telle décision de délivrance d'un passeport ou d'une carte nationale d'identité a pour conséquence que l'administration peut rapporter sa décision pour illégalité, sans condition de délai et même en l'absence de fraude. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions de retrait des titres litigieux seraient illégales dès lors qu'elles retireraient des décisions créatrices de droit ne peut qu'être écarté.

12. En cinquième lieu, une décision de retrait de documents d'identité est, par elle-même, dépourvue d'effet sur la présence sur le territoire français ou sur les liens de la personne concernée avec les membres de sa famille à l'étranger, dont M. et Mme A ne justifient au demeurant pas l'existence. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. et Mme A ne possèderaient pas de nationalité leur permettant de se voir délivrer des documents de voyage. Par suite, la méconnaissance de leur liberté d'aller et de venir ou la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés

fondamentales ne peuvent être utilement invoquées à l'appui des conclusions dirigées contre les décisions attaquées.

13. En sixième lieu, à supposer que M. et Mme A doivent être regardés comme contestant leur radiation du registre des Français établis hors de France par le consulat général de France à Annaba et Constantine, cette contestation serait relative à la nationalité française, dont le contentieux relève, en vertu de l'article 29 du code civil, de la compétence exclusive de la juridiction judiciaire. Dès lors, ces conclusions devraient être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. et Mme A doivent être rejetées en toutes leurs conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. et Mme A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Mme D A et au ministre de l'Europe et des affaires étrangères.

Délibéré après l'audience du 8 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Versol, présidente,

M. Pény, premier conseiller,

M. Doan, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.

Le rapporteur,

R. Doan

La présidente,

F. Versol La greffière,

A. Cardon

La République mande et ordonne au ministre de l'Europe et des affaires étrangères en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2117477/6-3

No 2117478/6-3

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