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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2117611

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2117611

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2117611
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3e Section - 3e Chambre
Avocat requérantPLACE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 août 2021, M. B A, représenté par Me Place, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 juillet 2021 par lequel le préfet de police a refusé de lui accorder le regroupement familial au bénéfice de son épouse ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de délivrer à Mme A un titre de séjour " vie privée et familiale " ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que l'arrêté attaqué :

- est insuffisamment motivé ;

- est illégal en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet ;

- est entaché d'une erreur de droit ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par une ordonnance du 27 septembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au

18 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C ;

- les conclusions de M. Dubois, rapporteur public ;

- et les observations de Me Girod, substituant Me Place, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant coréen, né le 1er janvier 1978 à Séoul, a demandé le regroupement familial au bénéfice de son épouse. Par un arrêté du 13 juillet 2021, le préfet de police a rejeté sa demande. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment le chapitre IV relatif au regroupement familial du livre IV intitulé " séjour en France ", qui rassemble les dispositions relatives au regroupement familial dont il est fait application, ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8. Il précise que l'épouse de Mme A est déjà présente en France, et qu'après étude du dossier, il n'apparaît pas que celle-ci se trouve dans une situation exceptionnelle justifiant qu'il soit dérogé à la règle de droit du regroupement familial qui est l'introduction. Il comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui le fondent. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police ne se serait pas livré à un examen approfondi de la situation de M. et Mme A au regard du regroupement familial.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; () ". L'article L. 434-6 du même code dispose : " Peut être exclu du regroupement familial : () 3° Un membre de la famille résidant en France. " Selon l'article R. 434-6 du même code : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 434-7, le bénéfice du regroupement familial peut être accordé au conjoint et, le cas échéant, aux enfants de moins de dix-huit ans de l'étranger, qui résident en France, sans recours à la procédure d'introduction. / Pour l'application du premier alinéa est entendu comme conjoint l'étranger résidant régulièrement en France sous couvert d'une carte de séjour temporaire d'une durée de validité d'au moins un an ou d'une carte de séjour pluriannuelle qui contracte mariage avec le demandeur résidant régulièrement en France dans les conditions prévues aux articles R. 434-1 et R. 434-2. " Il se déduit des termes mêmes de l'article R. 434-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que cette disposition ne s'applique que si le mariage a été contracté alors que les époux résidaient régulièrement en France.

5. Ainsi qu'il a été dit au point 2 ci-dessus, il ressort des motifs mêmes de la décision contestée que, pour rejeter la demande de regroupement familial dont il était saisi, le préfet de police s'est fondé sur la circonstance que l'épouse de M. A séjournait en France sans établir se trouver dans une situation exceptionnelle permettant de déroger au principe selon lequel les bénéficiaires de la demande de regroupement familial doivent résider hors de France. Il ressort, en effet, des pièces du dossier que Mme A, titulaire d'un titre de séjour étudiant valable jusqu'au 22 janvier 2022, est entrée en France le 17 septembre 2014, postérieurement à son mariage avec M. A, qui a eu lieu le 16 septembre 2014 en Corée. Elle ne se trouvait pas en situation régulière sur le territoire français au moment de son mariage, son premier titre de séjour étudiant lui ayant été délivré le 22 janvier 2019. Il s'ensuit que le préfet de police n'a pas entaché la décision en litige d'une erreur de droit. La seule circonstance que le texte applicable au moment de la demande du requérant ait été l'article R. 411-6 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoit d'ailleurs la même condition quant à la présence régulière sur le territoire français du conjoint au profit duquel est demandé le regroupement familial, est à cet égard sans incidence.

6. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision contestée, Mme A était titulaire d'un titre de séjour étudiant valable jusqu'au 22 janvier 2022. La décision contestée n'a ni pour objet, ni pour effet de remettre en cause son droit au séjour, ni de la contraindre à quitter le territoire français. Ainsi, elle ne fait pas obstacle à la poursuite de la vie privée et familiale en France du requérant et de son épouse. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que cette décision porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. et Mme A et de l'erreur manifeste d'appréciation que le préfet de police aurait commise doivent être écartés.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié M.B A et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 15 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Hermann Jager, présidente ;

- Mme Beugelmans-Lagane, première conseillère ;

- et Mme Renvoise, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.

La rapporteure,

N. C

La présidente,

V. HERMANN JAGER

Le greffier,

Y. FADEL

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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