jeudi 13 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2117923 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | ROUSSEL |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 23 août 2021 sous le n° 2117923, M. E B, représenté par Me Roussel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2021 par lequel le ministre de l'intérieur a prononcé son expulsion du territoire français ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à la préfecture du Haut-Rhin de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de le munir, durant cet examen, d'une autorisation provisoire de séjour.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 septembre et 12 octobre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A B ne sont pas fondés.
II. Par une requête, enregistrée le 23 août 2021 sous le n° 2117924, M. E B, représenté par Me Roussel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2021 par lequel le ministre de l'intérieur a fixé le Maroc comme pays à destination duquel il sera expulsé ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à la préfecture du Haut-Rhin de lui délivrer un titre de séjour ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à la préfecture du Haut-Rhin de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de le munir, durant cet examen, d'une autorisation provisoire de séjour.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 septembre et 12 octobre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- A titre principal, les requêtes sont identiques et seul l'arrêté d'expulsion est contesté ;
- A titre subsidiaire, le moyen tiré de l'incompétence soulevé par M. A B n'est pas fondé et le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Palla,
- et les conclusions de Mme Baratin, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D A B, ressortissant marocain né le 10 juin 1978 à Rabat (Maroc), est arrivé en France le 18 mars 1983. Il a fait l'objet d'un arrêté d'expulsion pris par le ministre de l'intérieur le 21 juin 2021 qui a également pris, le même jour, un arrêté fixant le pays à destination duquel il sera expulsé. Par les requêtes nos 2127923 et 2117924, M. A B demande l'annulation de ces arrêtés.
Sur la jonction :
2. Les requêtes nos 2127923 et 2117924 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la portée des conclusions de la requête n° 2117924 :
3. Le ministre de l'intérieur soutient que les deux requêtes présentent des conclusions aux fins d'annulation dirigées contre le seul arrêté d'expulsion. Toutefois, si les écritures sont semblables, les décisions attaquées jointes à chacun des requêtes diffèrent et est ainsi joint à la requête n° 2117924 l'arrêté fixant le pays à destination duquel M. A B sera expulsé. Par suite, par cette requête, l'intéressé doit être regardé comme demandant l'annulation de cet arrêté.
Sur le moyen commun tiré de l'incompétence :
4. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration: " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur, la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. Toutefois, les décisions fondées sur des motifs en lien avec la prévention d'actes de terrorisme sont prises dans des conditions qui préservent l'anonymat de leur signataire. Seule une ampliation de cette décision peut être notifiée à la personne concernée ou communiquée à des tiers, l'original signé, qui seul fait apparaître les nom, prénom et qualité du signataire, étant conservé par l'administration ". Aux termes de l'article de l'article L.773-9 du code de justice administrative : " Les exigences de la contradiction mentionnées à l'article L. 5 sont adaptées à celles de la protection de la sécurité des auteurs des décisions mentionnées au second alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration. Lorsque dans le cadre d'un recours contre l'une de ces décisions, le moyen tiré de la méconnaissance des formalités prescrites par le même article L. 212-1 ou de l'incompétence de l'auteur de l'acte est invoqué par le requérant ou si le juge entend relever d'office ce dernier moyen, l'original de la décision ainsi que la justification de la compétence du signataire sont communiqués par l'administration à la juridiction qui statue sans soumettre les éléments qui lui ont été communiqués au débat contradictoire ni indiquer l'identité du signataire dans sa décision ".
5. Il ressort des pièces du dossier que les copies des originaux des arrêtés en litige, communiquées au tribunal par le ministre de l'intérieur en application des dispositions précitées de l'article L.773-9 du code de justice administrative, portent la signature d'une autorité dont le nom, le prénom et la qualité sont clairement identifiés et qui disposait d'une délégation de signature régulièrement publiée au journal officiel de la République française également produite par le même ministre. En application des mêmes dispositions, les copies des arrêtés produites par le requérant dans chacune des affaires, qui ne sont pas des copies des originaux des actes, ont pu légalement ne pas comporter la mention des nom, prénom et qualité de leur auteur. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence des auteurs des décisions manquent en fait et doivent être écartés.
Sur l'arrêté d'expulsion :
6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. M. A B fait valoir qu'il est arrivé en France en 1983, qu'il a obtenu un certificat d'aptitude professionnelle de métallurgie, qu'il a occupé plusieurs emplois successifs et que sa famille, notamment ses parents, son frère et ses trois sœurs vivent en France. Il ne produit toutefois, au soutien de ses allégations, que deux certificats de scolarité attestant de son inscription à l'école de 1983 à 1990, la copie de documents d'identité de deux de ses sœurs et la copie du titre de séjour de ses parents. En outre, il est marié depuis 2016 à une ressortissante marocaine qui vit au Maroc et ne dispose pas de titre de séjour lui permettant de résider en France. M. A B, qui est défavorablement connu des services de polices depuis 1997 pour des faits d'outrage à personne dépositaire de l'autorité publique, de violences volontaires et de conduite en état d'ivresse, a fait l'objet de deux condamnations par le tribunal correctionnel de Colmar en 2019 et en 2020, pour des faits de violences et d'outrage à personne dépositaire de l'autorité publique, puis pour des faits d'apologie publique d'un acte de terrorisme. Il ressort des pièces du dossier que le comportement de l'intéressé est caractérisé par des faits répétés, de gravité croissante, de violence, de menaces et d'outrage à des fonctionnaires de police pour lesquels il ne montre ni regret ni gages de réinsertion. Par suite, le ministre de l'intérieur n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris l'arrêté d'expulsion attaqué. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit ainsi être écarté.
Sur l'arrêté fixant le Maroc comme pays de destination :
8. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dirigé contre l'arrêté fixant le Maroc comme pays de destination doit ainsi être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes nos 2117923 et 2117924 présentées par M. A B doivent être rejetées, y compris les conclusions aux fins d'injonction.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. A B sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet du Haut-Rhin.
Délibéré après l'audience du 30 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Le Roux, présidente,
M. Perrot, conseiller,
M. Palla, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.
Le rapporteur,
F. Palla
La présidente,
M-O LE ROUXLa greffière,
L. THOMAS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2117923,2117924
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026