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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2118053

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2118053

jeudi 4 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2118053
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre
Avocat requérantDE SA PALLIX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 août 2021 et des mémoires complémentaires, enregistrés le 26 août 2021, le 26 octobre 2021, le 3 décembre 2021 et le 23 juin 2022 ainsi que des pièces complémentaires, enregistrées le 5 septembre 2021 et le 27 octobre 2021,

M. A E, représenté par Me de Sa-Pallix, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'écarter des débats les pièces intitulées " PV d'interpellation ", " PV d'audition ", " Fiche pénale et casier judiciaire " et " rapport d'identification dactyloscopique " jointes au mémoire en défense ;

2°) d'annuler les décisions en date du 17 août 2021 par lesquelles le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit et a prononcé à son encontre une décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et, dans l'attente, lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, dans un délai d'un mois, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la notification des décisions attaquées :

- ces décisions ont été notifiées en détention, sans qu'il puisse en conserver copie et sans que le préfet de police réponde à la demande de communication présentée par son conseil ; introduite dans le délai de recours, sa requête est recevable.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est irrégulière au regard des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des articles R. 611-1 et R. 611-2 du même code et de l'arrêté du 27 décembre 2016, faute que son état de santé ait été pris en compte et que l'autorité médicale ait été saisie ;

- elle a été prise en violation des dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ainsi que le décret n°87-249 du 8 avril 1987 ; les pièces utilisées par le préfet de police, qu'il s'est procurées dans des conditions qu'il ne justifie pas, doivent en conséquence être écartées ;

- elle est issue d'une procédure viciée, contraire aux dispositions de l'article L. 142-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et du droit d'être entendu ;

- elle a été prise en méconnaissance du champ d'application de la loi dès lors que la décision litigieuse est fondée sur les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et non sur celles qui lui étaient applicables du 9° de l'article L. 611-3 du même code dès lors qu'il réside habituellement en France et que son état de santé nécessite une prise en charge sur le territoire français ou est, à tout le moins, entachée d'une erreur de droit ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'autorité de la chose jugée attachée aux jugements du tribunal administratif de Paris du 16 mai 2019, du 20 décembre 2019 et du

7 mai 2021 admettant la gravité de son état de santé et l'impossibilité de soins dans le pays d'origine ainsi qu'à la décision du tribunal judiciaire de Paris du 23 février 2021 ordonnant par décision distincte son hospitalisation d'office complète et le déclarant pénalement irresponsable ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale du fait de la méconnaissance des jugements du tribunal administratif de Paris du 16 mai 2019, du 20 décembre 2019 et du

7 mai 2021 et de l'ordonnance du tribunal judiciaire de Paris du 23 février 2021 ; le préfet de police se devait de respecter ces décisions de justice et ne pouvait, notamment, l'obliger à quitter le territoire français alors qu'il était hospitalisé d'office ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle a été prise en violation des dispositions combinées de l'article L. 612-2 et de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, qu'il détient un droit au séjour, que le préfet ne produit pas la décision lui refusant la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, et qu'il présente des garanties de représentation en ce qu'il n'a pas explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à une obligation de quitter le territoire français, qu'il est titulaire de documents de voyage et a un domicile;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (devenu l'article L. 721-4 du même code) ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de celle lui refusant un délai de départ volontaire;

- elle viole les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faute qu'aient été énoncés dans les motifs tous les critères prévus par la loi, ainsi que de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 juin 2022 et un mémoire complémentaire enregistré le 22 juin 2022, ainsi que des pièces complémentaires, enregistrées les 25 et 27 octobre 2021 et le16 juin 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

A l'issue de l'audience du 8 décembre 2021, dans un souci de bonne administration de la justice, l'affaire a été renvoyée en vue d'un supplément d'instruction.

Par une ordonnance du 17 juin 2022, l'instruction a été rouverte en dernier lieu et la clôture a été fixée au 24 juin 2022 à 12 heures.

Un mémoire présenté par le préfet de police a été produit le 4 juillet 2022 et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- le code de procédure pénale,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le décret n°87-249 du 8 avril 1987,

- l'arrêté du 27 décembre 2016, relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- et les observations de Me de Sa-Pallix, représentant M. E.

Considérant ce qui suit :

1. M. A E, ressortissant camerounais né le 23 août 1991, entré en France pour la première fois en 2013 et, en dernier lieu, en 2019, selon ses déclarations, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 17 août 2021, notifié le 24 août 2021, par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux différentes décisions :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-00539 du 9 juin 2021 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de police a donné délégation à M. C B, attaché d'administration de l'Etat, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entaché l'arrêté attaqué manque en fait et doit, dès lors, doit être écarté.

3. En second lieu, la circonstance que la notification des décisions attaquées, effectuée alors que le requérant était en détention, serait irrégulière, est sans incidence sur la légalité de ces décisions. Ce moyen ne peut, par suite, qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, la décision attaquée comporte la mention des considérations de fait et de droit sur lesquelles elle est fondée. Elle vise, notamment, le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ainsi, et alors que le préfet de police n'était pas tenu de faire état de tous les éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des termes de la décision attaquée, que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant avant de prononcer à son encontre cette décision, contrairement à ce que soutient l'intéressé. Par conséquent, ce moyen doit être écarté.

6 En troisième lieu, si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, ce dernier peut néanmoins utilement invoquer le principe général du droit de l'Union, relatif au respect des droits de la défense, qui implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition par les services de police en date du 4 mai 2021, que le requérant a été informé de ce qu'il pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et a été entendu sur sa situation. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant a sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il a été empêché de s'exprimer avant que soit pris l'arrêté attaqué. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 17-1 de la loi du 21 janvier 1995 d'orientation et de programmation relative à la sécurité : " Il est procédé à la consultation prévue à l'article L. 234-1 du code de la sécurité intérieure pour l'instruction des demandes () de délivrance et de renouvellement des titres relatifs à l'entrée et au séjour des étrangers () ". L'article R. 79 du code de procédure pénale: dispose que : " Outre le cas prévu aux 1°, 2° et 4° de l'article 776, le bulletin n° 2 du casier judiciaire est délivré : 1° Aux administrations publiques de l'Etat chargées de la police des étrangers. ". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale : " I. Dans le cadre des enquêtes prévues à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995, () les données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes, à l'exception des cas où sont intervenues des mesures ou décisions de classement sans suite, de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenues définitives, ainsi que des données relatives aux victimes, peuvent être consultées, sans autorisation du ministère public, par : () 5° Les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'Etat ". Enfin, l'article 8 du décret n°87-249 du 8 avril 1987 relatif au fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) précise que les agents désignés peuvent accéder au fichier : " 3° Pour procéder aux opérations d'identification à la demande des officiers de police judiciaire de la police nationale ou de la gendarmerie nationale en vertu des dispositions des articles L. 611-1-1, L. 611-3 et L. 611-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ".

9. Il ressort des pièces du dossier que, pour caractériser la menace à l'ordre public que représentent les agissements de M. E, le préfet de police s'est fondé sur des éléments tirés du Bulletin n°2 du casier judiciaire du requérant et d'une fiche pénale établie par l'administration pénitentiaire concernant l'intéressé, alors en détention, ainsi que du Fichier automatisé des empreintes digitales (FAED). Il n'apparaît pas, contrairement à ce que soutient le requérant, que le préfet de police aurait recueilli d'autres informations à l'issue d'une consultation du fichier des antécédents judiciaires (TAJ.) ou du fichier de gestion de l'éloignement (GESTEL), mentionné à l'article R.142-28 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, d'une part, le préfet de police n'a pas méconnu, en utilisant des renseignements issus du casier judiciaire de l'intéressé et de la fiche pénale ci-dessus mentionnée, les dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, qui encadrent la consultation du fichier des antécédents judiciaires (TAJ), pas plus que celles du décret du 8 avril 1987, relatif à la consultation du Fichier automatisé des empreintes digitales, (FAED, qui n'étaient pas applicables s'agissant de ces documents. D'autre part, dès lors que le 3° de l'article 8 du décret du 8 avril 1987 prévoit la possibilité pour les fonctionnaires individuellement désignés et habilités d'avoir accès au traitement automatisé des empreintes digitales et palmaires (FAED) au cours de l'enquête conduite par l'administration dans le cadre de ses pouvoirs de police, la circonstance que l'agent ayant procédé à cette consultation n'aurait pas été individuellement désigné et régulièrement habilité à cette fin, si elle est susceptible de donner lieu aux procédures de contrôle de l'accès à ces traitements, n'est pas, par elle-même, et à la supposer établie, de nature à entacher d'irrégularité la décision du préfet de police.

10. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué aurait été pris au terme d'une procédure irrégulière du fait de l'utilisation par le préfet de police des documents ci-dessus mentionnés. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 142-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En vue de l'identification d'un étranger qui n'a pas justifié des pièces ou documents mentionnés à l'article L. 812-1 ou qui n'a pas présenté à l'autorité administrative compétente les documents de voyage permettant l'exécution d'une décision de refus d'entrée en France, d'une interdiction administrative du territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une mesure de reconduite à la frontière, d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français ou d'une peine d'interdiction du territoire français ou qui, à défaut de ceux-ci, n'a pas communiqué les renseignements permettant cette exécution, les données des traitements automatisés des empreintes digitales mis en œuvre par le ministère de l'intérieur peuvent être consultées par les agents expressément habilités des services de ce ministère dans les conditions prévues par le règlement (UE) 2016/679 du 27 avril 2016 relatif à la protection des personnes physiques à l'égard des traitements des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données et par la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés.".

12. En l'espèce, si le requérant soutient que le préfet de police n'a pas respecté les obligations résultant pour lui des dispositions précitées de l'article L. 142-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce moyen ne peut qu'être écarté, pour les motifs énoncés aux points 9 et 10 ci-dessus.

13. En sixième lieu, aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé : " L'étranger qui dépose une demande de délivrance ou de renouvellement d'un document de séjour pour raison de santé est tenu, pour l'application des articles R. 313-22 et R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de faire établir un certificat médical relatif à son état de santé par le médecin qui le suit habituellement ou par un médecin praticien hospitalier. / A cet effet, le préfet du lieu où l'étranger a sa résidence habituelle lui remet un dossier comprenant une notice explicative l'informant de la procédure à suivre et un certificat médical vierge, dont le modèle type figure à l'annexe A du présent arrêté ". Et aux termes de l'article 9 du même arrêté : " L'étranger qui, dans le cadre de la procédure prévue aux titres I et II du livre V du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sollicite le bénéfice des protections prévues au 10° de l'article L. 511-4 () est tenu de faire établir le certificat médical mentionné au deuxième alinéa de l'article 1er. () ".

14. Il résulte de ces dispositions que le préfet, lorsqu'il envisage de prononcer une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un ressortissant étranger, doit s'assurer que la situation de l'intéressé n'entre dans aucun des cas prévus à l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En particulier, lorsque des éléments sérieux relatifs à l'état de santé de l'intéressé ont été portés à sa connaissance, il appartient au préfet de les examiner en vue de mettre en œuvre la procédure prévue pour faire constater cet état de santé, notamment en délivrant à l'intéressé le dossier contenant une notice explicative et le certificat médical vierge devant être transmis au collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII).

15. En l'espèce, cependant, il ne ressort pas du procès-verbal de l'audition, en date du 4 mai 2021, de M. F les services de police, au cours de laquelle le requérant s'est borné à faire état des pathologies dont il est affecté, qu'il aurait porté à la connaissance du préfet de police des éléments précis quant à son état de santé, tels que des documents relatifs aux traitements en cours, ou qu'il aurait fait état de l'indisponibilité des soins dans son pays d'origine, attestée par des certificats récents. En outre, la circonstance que le préfet de police a eu connaissance, dans des instances précédentes, de l'état de santé du requérant, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision a été prise au terme d'une procédure irrégulière doit être écarté.

16. En septième lieu et d'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur depuis le 1er mai 2021 : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ". D'autre part, l'article L. 611-3 du même code dispose que ne peut faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : "() 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle prise gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

17. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, en particulier de l'arrêté attaqué ainsi que des éléments produits dans le cadre du supplément d'instruction décidé par le tribunal, que M. E, après s'être vu notifier un arrêté en date du 8 février 2021 portant refus de séjour, ne disposait pas, à la date de la décision contestée, d'un titre de séjour en cours de validité et que l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivrée le 3 juillet 2020 avait expiré. Par ailleurs le requérant, qui ne justifie pas, par des éléments précis, d'une résidence habituelle en France, ne produit, sur son état de santé récent, que des documents relatifs à son hospitalisation au début de l'année 2021, quelques cartons de rendez-vous en consultation ainsi que des ordonnances du mois d'avril 2021 du service de neuropsychiatrie du groupe hospitalier universitaire (GHU) Sainte-Anne de Paris et un certificat du même mois de cet établissement lui fixant un rendez-vous au mois de juin dans un service de stomatologie, qui, s'ils attestent d'un suivi médical en France, ne permettent d'établir ni la nécessité, à la date de la décision attaquée, d'une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour l'intéressé des conséquences d'une exceptionnelle gravité ni l'absence du traitement médical approprié au Cameroun. Il s'ensuit que le requérant, qui entre dans les prévisions des dispositions précitées du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne peut se prévaloir de celles du 9° de l'article L. 611-3 du même code, n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police a méconnu le champ d'application de la loi ou qu'il a commis une erreur de droit. Dès lors, ces moyens doivent être écartés.

18. En huitième lieu, M. E soutient que le préfet de police a méconnu l'autorité de la chose jugée s'attachant aux jugements du tribunal administratif de Paris n°1903269, n°1922011 et n°2103115, respectivement en date du 16 mai 2019, du 20 décembre 2019 et du 7 mai 2021 et au jugement rendu le 23 février 2021 par la 23ème chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris, prononçant, par ordonnance distincte, son hospitalisation complète sans son consentement. Toutefois, les jugements du tribunal administratif de Paris invoqués reposent sur des circonstances de droit et de fait différentes de celles portées devant la juridiction dans le présent litige, en raison de l'absence de la menace à l'ordre public dans les motifs des décisions attaquées, et le jugement correctionnel ci-dessus mentionné porte sur des faits ayant donné lieu le 12 janvier 2021 au déferrement de l'intéressé devant le procureur de la République, différents de ceux sur lesquels le préfet de police s'est fondé pour, en l'espèce, caractériser la menace à l'ordre public que représentent les délits commis par le requérant. Au surplus, il ne ressort pas des pièces du dossier que, à la date de la décision attaquée, l'hospitalisation ordonnée le 23 février 2021 par le juge judicaire n'avait pas cessé. Par suite, les moyens tirés de ce que le préfet de police a méconnu l'autorité de la chose jugée, donnant au requérant un droit à détenir un titre de séjour et interdisant qu'il soit obligé de quitter le territoire français alors qu'il demeurait hospitalisé d'office, doivent être écartés.

19. En neuvième lieu, si M. E soutient que le préfet de police a pris, en méconnaissant l'autorité de la chose jugée acquise par les jugements ci-dessus mentionnés, une décision dépourvue de base légale, ce moyen doit être écarté, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 18 ci-dessus.

20. En dixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Aux termes de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de ses communications ".

21. Il ressort des pièces du dossier que M. E, entré en France en 2013, reparti ensuite dans son pays à une date indéterminée et revenu en 2019 selon ses déclarations, ne peut justifier d'une résidence ancienne et continue sur le territoire français, qu'il est célibataire, sans charge de famille en France, et qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 22 ans et où réside, selon ses propres écritures, son enfant âgé de deux mois. M. E ne peut davantage se prévaloir d'une insertion sociale. Ainsi, alors même que sa mère et des membres de sa fratrie sont présents en France et lui apportent un soutien moral et financier, M. E n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police a méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation que le préfet de police aurait commise doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de l'octroi d'un délai de départ volontaire :

22. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment aux points 4 à 21, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

23. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet de police a fait application pour refuser un délai de départ volontaire au requérant, notamment celles de l'article L. 612-2 de ce code. Elle mentionne également les motifs pour lesquels le préfet de police a estimé qu'aucun délai de départ volontaire n'était justifié. Elle comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant doit également être écarté.

24. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () ".

25. Pour refuser d'accorder à M. E un délai de départ volontaire, le préfet de police a relevé que l'intéressé avait été condamné le 24 septembre 2019 par le tribunal de grande instance de Paris à trois mois d'emprisonnement avec sursis pour vol et escroquerie, puis le 16 octobre 2019 par la même juridiction à six mois d'emprisonnement pour vol en situation de récidive et conduite d'un véhicule sans permis, ensuite, le 21 octobre 2019, par le tribunal correctionnel de Versailles, à six mois d'emprisonnement de nouveau pour vol avec récidive dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt et conduite d'un véhicule sans permis, ultérieurement, le 19 avril 2021, par le tribunal judicaire de Paris, à quatre mois d'emprisonnement pour vol par ruse dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt et, enfin, le 23 juin 2021, par la cour d'appel de Paris, à cinq mois d'emprisonnement pour vol dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt. Si, par un jugement du 23 février 2021, le tribunal judiciaire de Paris a déclaré M. E pénalement irresponsable du fait d'un trouble psychique ou neuropsychique abolissant son discernement au moment des faits pour lesquels il comparaissait comme prévenu, cette circonstance est sans incidence sur la qualification d'une menace à l'ordre public. Ainsi, et compte tenu de leur nature et de leur réitération, les faits délictueux relevés par le préfet de police, dont la matérialité n'est pas sérieusement contestée, caractérisent une menace pour l'ordre public, contrairement à ce qui est soutenu. Par conséquent et sans même qu'il soit besoin d'examiner les autres motifs retenus dans la décision attaquée, le moyen tiré de ce que le préfet de police ne pouvait faire application des dispositions précitées de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

26. En quatrième lieu, pour les motifs énoncés au point 21 ci-dessus, le moyens tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté, comme doit l'être, pour le même motif, ainsi qu'en raison de l'absence de justification de l'impossibilité dans laquelle M. E se serait trouvé de quitter le territoire du fait des restrictions imposées par la crise sanitaire, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qui aurait été commise par le préfet de police.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

27. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

28. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne de façon précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle vise, notamment, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et précise que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à cette convention en cas de retour dans son pays d'origine. Elle est donc suffisamment motivée. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée n'aurait pas fait l'objet d'un examen sérieux de la situation du requérant. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué et du défaut d'examen de la situation du requérant doivent être écartés.

29. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. ".

30. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet de police, après avoir mentionné la nationalité camerounaise de M. E, a fait application, pour prendre la décision fixant le pays de renvoi, du 1° et du 2° des dispositions précitées de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a précisé, à l'article 3 du dispositif, que l'intéressé serait reconduit à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout pays dans lequel il est légalement admissible. Ainsi, et contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de police a fixé de manière suffisamment précise le pays à destination duquel ce dernier pourrait être reconduit. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de police n'a pas fixé le pays de destination et de ce qu'il a, ainsi, violé les dispositions précitées de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.

31. En quatrième lieu, M. E n'établit pas qu'il serait personnellement et directement exposé à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

32. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment aux points 4 à 26 que M. E n'est pas fondé à exciper de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai pour demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français. Par conséquent, ce moyen doit être écarté.

33. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ". Il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour de faire état, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs, des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

34. En l'espèce, après avoir visé les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de police indique dans la décision contestée que la présence de M. E sur le territoire français est constitutive d'une menace à l'ordre public eu égard aux condamnations dont l'intéressé a fait l'objet. Il ajoute que M. E allègue être entré sur le territoire en 2019, qu'il ne peut être regardé comme se prévalant de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France, alors qu'il a déclaré être célibataire et père d'un enfant de deux mois résidant dans son pays d'origine qui n'est pas à sa charge et, enfin, que, dans les circonstances de l'espèce, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé à mener une vie privée et familiale. Par conséquent, cette décision comporte de manière suffisamment précise les motifs sur lesquels elle est fondée. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois doit être écarté.

35. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

36. Il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est pas soutenu que des circonstances humanitaires justifieraient que l'autorité administrative s'abstienne de prononcer une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de M. E. Par ailleurs, pour prendre la décision contestée, le préfet de police a relevé que la présence de l'intéressé sur le territoire national devait être regardée comme constitutive d'une menace à l'ordre public, eu égard aux condamnations dont il a fait l'objet et qu'il ne justifiait pas d'une durée de présence sur le territoire français ancienne ni d'une vie privée et familiale en France., Le requérant ne saurait utilement, s'agissant de la menace qu'il représente pour l'ordre public et pour les raisons précédemment évoquées aux points 8 à 10, mettre en doute la réalité des condamnations prononcées et la régularité des procédures suivies par le préfet de police pour en avoir connaissance. Il ne saurait davantage se prévaloir de ce que le préfet de police n'a pas examiné s'il avait fait ou non l'objet d'une obligation de quitter le territoire ni pris en compte cet élément, alors qu'en ne cochant pas sur la feuille ayant servi à sa décision la case correspondante, l'autorité administrative a nécessairement procédé à cet examen et en a tiré les conséquences. Enfin, ainsi qu'il a été dit précédemment, notamment au point 21, le requérant ne justifie pas de l'ancienneté et de l'intensité de ses liens avec la France. Par suite, et compte tenu de l'ensemble de ces éléments, le préfet de police n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prononçant à l'encontre du requérant une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de vingt-quatre mois.

37. En quatrième et dernier lieu, M. E n'établit pas l'intensité et la stabilité des liens qu'il aurait noués en France ainsi qu'il a été dit au point précédent. Dès lors, le préfet de police n'a pas, en lui interdisant de retourner sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois, porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de ce refus, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

38. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

39. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation des décisions attaquées, n'implique aucune mesure d'injonction. Par suite, ces conclusions doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à la distraction des pièces n°1, 2, 3 et 4 jointes au mémoire en défense du 16 juin 2022 :

40. Il n'appartient pas à la juridiction administrative d'ordonner, en l'absence de dispositions législatives faisant obstacle à la production de certaines pièces, que de telles pièces soient distraites du dossier de l'instance. Par conséquent, les conclusions de M. E tendant à ce que soit écartées des débats les pièces n°1, 2, 3 et 4 jointes au mémoire en défense du 16 juin 2022 ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

41. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme que M. E demande au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par conséquent, ces conclusions doivent être rejetées.

42. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. E doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 6 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Perfettini, présidente,

M. Guiader, premier conseiller,

Mme Liogier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 août 2022.

La présidente-rapporteure,

D. D

L'assesseur le plus ancien,

V. GUIADER

La greffière,

S. CAILLIEU-HELAIEM

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2118053/1-3

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