vendredi 9 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2118330 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | NAVY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 août 2021 et le 24 janvier 2022, Mme J et M. D A, agissant au nom et pour le compte de leur enfant mineure, Mme H, représentés par Me Navy, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 1er juillet 2021 par laquelle la vice-consule près l'ambassade de France au Bénin a rejeté la demande de délivrance de passeport au profit de leur enfant, H ;
2°) d'enjoindre à l'administration de lui délivrer le titre de voyage demandé sans délai, sous astreinte de 155 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 décembre 2021, le ministre de l'Europe et des affaires étrangères conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par les parents de l'enfant H ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée au préfet de police, qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant du 20 novembre 1989,
- le code civil,
- le décret n° 2005-1726 du 30 décembre 2005 relatif aux passeports,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. I,
- et les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme J a demandé, le 10 juin 2021, la délivrance d'un passeport pour sa fille H, née le 14 novembre 2015 à Paris. Par une décision du 1er juillet 2021, la vice-consule près l'ambassade de France au Bénin a rejeté cette demande. Par la présente requête, Mme C et M. A, parents de l'enfant Imtinane, demandent l'annulation de cette décision.
2. En premier lieu, la décision contestée du 1er juillet 2021 a été signée par Mme E F, cheffe de la section consulaire, disposant à cet effet d'une délégation de signature de l'ambassadeur de France au Bénin en vertu d'une décision du 25 novembre 2020 dont il n'est pas contesté qu'elle a été publiée par voie d'affichage dans un lieu accessible au public à l'intérieur des locaux du poste consulaire. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entachée la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
4. En l'espèce, la décision contestée comporte l'exposé des considérations de fait sur lesquelles s'est fondée la vice-consule, à savoir qu'il ressortait de l'enquête administrative diligentée par la préfecture du Nord que la reconnaissance de l'enfant Imtinane par M. D A avait pour seule finalité de lui conférer la nationalité française. Compte tenu du motif retenu, tenant à ce que la personne à l'origine de la demande en cause s'était prévalue d'un état civil frauduleux, cette décision est suffisamment motivée en droit en ce qu'elle qualifie de fraude le comportement de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 18 du code civil : " Est français l'enfant dont l'un des parents au moins est français. " Aux termes de l'article 4 du décret du 30 décembre 2005 :" Le passeport est délivré, sans condition d'âge, à tout Français qui en fait la demande ". Aux termes de l'article 29 du code civil : " La juridiction civile de droit commun est seule compétente pour connaître des contestations sur la nationalité française ou étrangère des personnes physiques. ". Aux termes de l'article 30 du même code : " La charge de la preuve, en matière de nationalité française, incombe à celui dont la nationalité est en cause. / Toutefois, cette charge incombe à celui qui conteste la qualité de Français à un individu titulaire d'un certificat de nationalité française délivré conformément aux articles 31 et suivants. ".
6. Pour l'application des dispositions précitées, il appartient aux autorités administratives de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que les pièces produites à l'appui d'une demande de passeport ou d'une carte nationale d'identité sont de nature à établir l'identité et la nationalité du demandeur. Seul un doute suffisant sur l'identité ou la nationalité de l'intéressé peut justifier le refus de délivrance de passeport ou de carte nationale d'identité. Dans ce cadre, si la reconnaissance d'un enfant est opposable aux tiers, en tant qu'elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu'elle permet l'acquisition par l'enfant de la nationalité française, et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'une action en contestation de filiation n'a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet, s'il est établi, lors de l'examen d'une demande de titre, qu'une reconnaissance de paternité a été souscrite frauduleusement, de faire échec à cette fraude et de refuser, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la délivrance du ou des titres sollicités.
7. Il ressort des pièces du dossier qu'un certificat de nationalité française a été établi par le greffier en chef du tribunal d'instance de Paris au profit de l'enfant Imtinane, le 22 février 2016, au vu de la nationalité française du père de l'enfant, M. A. Toutefois, il ressort de l'avis d'information adressé le 22 mars 2018 par le préfet du Nord au procureur de la République de Lille au titre de l'article 40 du code de procédure pénale, que la mère de l'enfant a fait l'objet d'un refus de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " assorti d'une obligation de quitter le territoire français le 19 septembre 2017 par le préfet du Val-d'Oise au motif qu'il n'était pas établi qu'elle avait vécu ni avant ni après la naissance de l'enfant avec le père déclarant et que ce dernier ne maintenait aucun liens affectifs avec l'enfant et ne participait pas à son éducation. Par ailleurs, le préfet du Nord a refusé le 21 mars 2018 de délivrer une carte d'identité française à l'enfant Imtinane en raison d'une reconnaissance de paternité apparaissant comme frauduleuse et, par un courrier du 22 mai 2018, il a demandé à M. A de restituer le passeport de l'enfant Imtinane délivré le 5 août 2018. Ces décisions, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles aient été contestées par les requérants, s'appuyaient sur les conclusions d'une enquête administrative conduite par les services de la police aux frontières indiquant que la mère de l'enfant était entrée en France enceinte de 5 mois le 29 juillet 2015 en possession d'un visa touriste et avait déclaré une adresse à Rosny-Sous-Bois sans mentionner M. A, qui réside à Lille, comme personne invitante, que l'absence de délivrance de passeport français à M. A rendait improbable son déplacement au Bénin pour la conception de l'enfant, que le certificat de nationalité française avait été sollicité très tôt dans la vie de l'enfant, qu'aucune de vie commune n'était établie lors de la demande de carte d'identité ou du titre de séjour, que M. A n'avait déclaré dans son avis d'imposition pour l'année 2016 qu'une seule personne à charge alors même qu'il a également reconnu une autre enfant d'une compatriote, née le 3 mars 2010 et, enfin, que M. A s'était montré embarrassé lors de son audition par l'évocation d'un test de paternité, qu'il n'était pas capable de décrire les habitudes alimentaires de l'enfant ou ses habits, qu'il n'avait pas assisté aux examens gynécologiques durant la grossesse ni même à l'accouchement et qu'il ne semblait pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de l'enfant. Enfin, il ressort du procès-verbal de carence établi par les services de la préfecture du Nord le 8 juin 2018 que M. A n'a pas restitué le passeport délivré à l'enfant Imtinane en 2018. Les requérants, qui produisent uniquement pour la période antérieure à la décision attaquée des reçus de virements financiers de M. A au profit de Mme C pour un montant total d'environ 3 600 euros et effectués, à l'exception d'un unique transfert au mois de mai de l'année 2017, lors des années 2019, 2020 et 2021, soit plus de trois ans après la naissance de l'enfant, ne contestent pas utilement le faisceau d'indices produit par l'administration. Par suite, la vice-consule, cheffe de la section consulaire de l'ambassade de France au Bénin, a pu, sans erreur d'appréciation, estimer qu'il existait un doute suffisant sur la réalité de la filiation de l'enfant Imtinane, et partant sur sa nationalité française, et lui refuser, pour ce motif, la délivrance d'une carte nationale d'identité.
8. En dernier lieu, pour les mêmes raisons que celles énoncées au point précédent et en l'absence de toute autre argumentation supplémentaire au soutien de leur moyen, il ne ressort pas des pièces du dossier que la vice-consule, cheffe de la section consulaire de l'ambassade de France au Bénin, aurait méconnu les stipulations de l'article article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 20 novembre 1989.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par les requérants doivent être rejetées. Par suite, leur requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C et de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme J, à M. B A et à la ministre de l'Europe et des affaires étrangères
Délibéré après l'audience du 25 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Marino, président,
M. Thulard, premier conseiller,
M. Lautard-Mattioli, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2022.
Le rapporteur,
B. I
Le président,
Y. MarinoLe greffier,
A. Lemieux
La République mande et ordonne à la ministre de l'Europe et des affaires étrangères en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/6-1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026