mardi 29 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2118733 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET MORDANT, FILIOR, SERRE (ASSOCIATION) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 septembre 2021, la mutuelle Mieux-Être, représentée par Me Serre, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 juillet 2021 par laquelle la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a rejeté son recours hiérarchique contre la décision du 18 décembre 2020 par laquelle l'inspectrice du travail a refusé d'autoriser le licenciement de M. A ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La mutuelle Mieux-Être soutient que :
- la décision de la ministre du travail est insuffisamment motivée ;
- les faits reprochés à M. A s'inscrivent dans le cadre de sa vie professionnelle et sont par nature, sanctionnables ;
- ils sont constitutifs d'un manquement aux obligations contractuelles de discrétion et de confidentialité pesant sur M. A
- en outre, ces propos s'inscrivent dans un comportement d'insubordination réitéré de la part de M. A.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2021, la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et produit le rapport établi par la contre-enquêtrice de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) d'Ile-de-France dans le cadre du recours hiérarchique.
La requête a été communiquée à M. A le 9 septembre 2021 qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par une ordonnance du 3 décembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au
19 janvier 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de M. Dubois, rapporteur public.
Par une ordonnance du 3 décembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 janvier 2022.
Un mémoire en désistement présenté par la mutuelle requérante a été enregistré le
15 novembre 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction.
Considérant ce qui suit :
1. La mutuelle Mieux-Être a, le 23 octobre 2020, saisi l'inspection du travail d'une demande d'autorisation de licenciement pour motif disciplinaire de M. A, salarié de l'entreprise depuis avril 2018, occupant les fonctions de conseiller en courtage, et exerçant, en outre, le mandat de membre titulaire du comité social et économique. Par une décision du
18 décembre 2020, l'inspectrice du travail a refusé le licenciement du salarié. Par un courrier du 15 février 2021, la mutuelle Mieux-Être a formé devant la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion un recours hiérarchique contre cette décision. La ministre a confirmé, par sa décision du 5 juillet 2021, la décision de l'inspectrice de travail et rejeté le recours de la mutuelle requérante. Si, par la présente requête, la mutuelle Mieux-Être demande l'annulation de la décision de la ministre du travail, ses conclusions doivent être regardées comme dirigées également contre la décision initiale de l'inspectrice du travail du 18 décembre 2020, confirmée par la ministre.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
2. Aux termes de l'article R. 2422-1 du code du travail : " Le ministre chargé du travail peut annuler ou réformer la décision de l'inspecteur du travail sur le recours de l'employeur, du salarié ou du syndicat que ce salarié représente ou auquel il a donné mandat à cet effet. () ".
3. Lorsque le ministre rejette le recours hiérarchique qui lui est présenté contre la décision de l'inspecteur du travail statuant sur la demande d'autorisation de licenciement formée par l'employeur, sa décision ne se substitue pas à celle de l'inspecteur. Par suite, s'il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre ces deux décisions, d'annuler, le cas échéant, celle du ministre par voie de conséquence de l'annulation de celle de l'inspecteur, des moyens critiquant les vices propres dont serait entachée la décision du ministre ne peuvent être utilement invoqués, au soutien des conclusions dirigées contre cette décision.
4. Il s'ensuit que le moyen soulevé par la mutuelle Mieux-Être, tiré de ce que la décision de la ministre serait entachée d'un défaut de motivation doit, en tout état de cause, être écarté comme inopérant. Au demeurant, la décision de la ministre du travail du 5 juillet 2021 vise les articles applicables du code du travail, notamment ses articles L. 2411-5 et suivants. Il ressort des pièces du dossier que la ministre a porté son examen, successivement, sur la matérialité des faits reprochés à M. A, sur leur caractère fautif, sur leur caractère de gravité. À chacune de ces étapes de son examen, elle a exposé les motifs de fait qu'elle a pris en considération et a explicité son appréciation. Ainsi, la décision comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde permettant à la mutuelle requérante de comprendre, à sa seule lecture, les raisons pour lesquelles la ministre du travail a confirmé la décision de l'inspectrice du travail et refusé d'autoriser le licenciement de M. A. Dans ces conditions, la mutuelle Mieux-Être ne peut utilement soutenir que la décision prise par la ministre du travail serait entachée d'une insuffisance de motivation.
En ce qui concerne la légalité interne :
5. En vertu des dispositions du code du travail, en particulier des celles des 1° et 2° de l'article L. 2411-1 et des articles L. 2411-3 et L. 2411-5, le licenciement des salariés légalement investis de fonctions représentatives, notamment les délégués syndicaux et les membres élus du comité social et économique, qui bénéficient d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, ne peut intervenir que sur autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque leur licenciement est envisagé, celui-ci ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou avec leur appartenance syndicale.
6. D'une part, dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail saisi et, le cas échéant, au ministre compétent, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi.
7. D'autre part, dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un acte ou un comportement du salarié qui, ne méconnaissant pas les obligations découlant pour lui de son contrat de travail, ne constitue pas une faute, il appartient à l'inspecteur du travail, et le cas échéant au ministre, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits en cause sont établis et de nature, compte tenu de leur répercussion sur le fonctionnement de l'entreprise, à rendre impossible le maintien du salarié dans l'entreprise, eu égard à la nature des fonctions de l'intéressé et à l'ensemble des règles applicables à son contrat de travail. Un agissement du salarié intervenu en dehors de l'exécution de son contrat de travail ne peut motiver un licenciement pour faute, sauf s'il traduit la méconnaissance par l'intéressé d'une obligation découlant de ce contrat.
8. Pour solliciter l'autorisation de licencier M. A pour motif disciplinaire, la mutuelle Mieux-Être a invoqué devant l'inspecteur du travail, dans sa demande d'autorisation de licenciement adressée le 23 octobre 2020, un manquement aux obligations
contractuelles de discrétion, de confidentialité et de loyauté pesant sur M. A, ce dernier ayant à deux reprises, les 7 mai 2020 et 29 juin 2020, dénigré la direction de la mutuelle et ses collègues sur " Facebook ".
9. En premier lieu, s'agissant du commentaire du 29 juin 2020 de
M. A sur la publication de Mme C, sa collègue, relative à un jeu de mot formulé à l'occasion du déconfinement, il ne ressort pas des pièces du dossier que la diffusion des messages en cause aurait dévoilé une information confidentielle ou aurait eu des répercussions effectives sur le fonctionnement de l'entreprise, ni même qu'elle en aurait affecté son image dès lors que le nom de l'entreprise n'était pas mentionné. De même, l'allusion, dans des messages échangés entre salariés, à des personnages de dessin animé ne permet pas l'identification d'un salarié de l'entreprise. Enfin, l'auto-dérision de M. A quant à son manque d'ardeur au travail n'est pas davantage de nature à établir un manquement à son obligation de loyauté. Dans ces conditions, M. A n'a pas eu de comportement de nature à rendre impossible son maintien au sein de la mutuelle requérante, ni méconnu une obligation découlant de son contrat de travail. La matérialité des faits n'est donc pas établie concernant ce grief.
10. En deuxième lieu, concernant le commentaire de M. A sur la vidéo publiée par Mme C, le 7 mai 2020, mentionnant des personnes qualifiées de " néfastes " et juxtaposant des initiales correspondant aux personnes concernées, cette publication, bien qu'offensante comme l'a relevé l'inspectrice du travail, ne suffit pas pour considérer que
M. A visait personnellement des salariés de la mutuelle Mieux-Être, qui n'étaient pas nommément désignés. Il n'est pas non plus établi que cette publication aurait dévoilé une information confidentielle, eu des répercussions sur le fonctionnement de l'entreprise ou qu'elle en aurait affecté son image. Pour ces motifs également, M. A ne peut être regardé comme ayant eu un comportement de nature à rendre impossible son maintien au sein de la mutuelle requérante, ni méconnu une obligation découlant de son contrat de travail.
11. Enfin, il appartient seulement au juge de l'excès de pouvoir de se prononcer sur la régularité et le bien-fondé des décisions de l'inspecteur du travail et du ministre refusant d'autoriser le licenciement d'un salarié protégé qui lui sont déférées. Il n'entre pas dans son office d'apprécier si ce licenciement est justifié au vu de l'ensemble des faits reprochés au salarié par son employeur. Par suite, le moyen tiré de ce que le licenciement de M. A serait justifié au regard d'une insubordination ainsi que de l'ensemble des manquements qui lui sont reprochés par la mutuelle Mieux-Être est inopérant à l'encontre des décisions contestées.
12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la mutuelle Mieux-Être n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 18 décembre 2020 par laquelle l'inspectrice du travail a refusé d'autoriser le licenciement pour faute disciplinaire de M. A. Doivent également rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision confirmative du ministre prise, le 5 juillet 2021, sur recours hiérarchique.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
13. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance la somme que demande la mutuelle requérante au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la mutuelle Mieux-Être est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la mutuelle Mieux-Être, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion et à M. D A.
Délibéré après l'audience du 15 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Hermann Jager, présidente,
Mme Beugelmans-Lagane, première conseillère,
Mme Renvoise, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.
La rapporteure,
T. B
La présidente
V. HERMANN JAGER
Le greffier,
Y. FADEL
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026