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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2118808

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2118808

mardi 23 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2118808
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4e Section - 1re Chambre
Avocat requérantSABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 26 août 2021, la présidente de la 6ème chambre du tribunal administratif de Lyon a transmis au tribunal administratif de Paris la requête présentée par M. A B.

Par cette requête et un mémoire, enregistrés les 23 juin 2021 et 26 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Sabatier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 29 juillet 2022 du ministre de l'intérieur et des outre-mer ayant retiré sa décision de rejet implicite de sa demande, reçue le 16 avril 2020, tendant à ce qu'il soit assigné à résidence et prononçant explicitement le rejet de ladite demande ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de l'assigner à résidence ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est recevable ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- la décision est entachée de vice de procédure et de défaut d'examen sérieux dès lors qu'il n'a pas été invité à produire ses observations ;

- elle méconnaît l'article L. 561-1 dès lors qu'il se trouvait dans l'impossibilité de quitter le territoire français et la date de la décision implicite de rejet doit être prise en compte pour apprécier cette impossibilité ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le ministre s'estime à tort en compétence liée.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 12 et 27 septembre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Palla,

- les conclusions de Mme Baratin, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né le 20 novembre 1963 à Mohammadia, est entré en France en 1985, selon ses déclarations. Il a fait l'objet d'une interdiction du territoire français d'une durée de trois ans, prononcée par le tribunal correctionnel de Vienne le 29 janvier 2019 et confirmée par la Cour d'appel de Grenoble le 16 octobre 2019. M. B a demandé par courrier le 6 avril 2020, reçu le 16 avril suivant, adressé au ministre de l'intérieur, à être assigné à résidence. Celui-ci a refusé d'assigner le requérant à résidence par une décision explicite du 29 juillet 2022, par laquelle il précise retirer la décision implicite de rejet née le 16 juin 2020 résultant du silence gardé sur la demande du requérant. M. B demande l'annulation de la décision du 29 juillet 2022.

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 732-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente pour assigner un étranger à résidence, en application des 7o ou 8o de l'article L. 731-3 ou de l'article L. 731-5 est le ministre de l'intérieur ". D'autre part, l'arrêté du 12 août 2013 portant organisation du secrétariat général du ministère de l'intérieur, régulièrement publié au journal officiel de la République française, prévoit que la direction des libertés publiques et des affaires juridiques comprend notamment la sous-direction des polices administratives, chargée, en particulier, en lien avec la direction générale des étrangers en France, d'élaborer et de mettre en œuvre la réglementation relative à l'éloignement et à l'interdiction du territoire des ressortissants étrangers pour des motifs d'ordre public. Enfin, par une décision du 28 juin 2021 portant délégation de signature au sein de la direction des libertés publiques et des affaires juridiques régulièrement publiée au journal officiel de la République française, une délégation de signature a été accordée par la directrice des libertés publiques et des affaires juridiques à Mme D C, cheffe du bureau du droit et des procédures d'expulsion, placée sous l'autorité du sous-directeur des polices administratives, signataire de la décision attaquée du 29 juillet 2022. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement. Elle rappelle en particulier que M. B fait l'objet d'une interdiction du territoire français de trois ans et qu'il ne fait valoir aucune impossibilité objective de pouvoir ni regagner son pays d'origine ni de se rendre dans un autre pays. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, d'une part, M. B ne peut utilement faire valoir que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure et que le ministre devait l'inviter à produire ses observations préalablement. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que le ministre de l'intérieur n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B avant de prendre la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision serait entachée d'un vice de procédure et d'un défaut d'examen de la situation personnelle du requérant doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L.731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : () 7° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une peine d'interdiction judiciaire du territoire prononcée en application du deuxième alinéa de l'article 131-30 du code pénal ; () ". L'article L. 731-3 du même code dispose quant à lui : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : () 7° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une peine d'interdiction judiciaire du territoire prononcée en application du deuxième alinéa de l'article 131-30 du code pénal ; () ".

6. En l'espèce, d'une part, si le requérant soutient qu'en avril 2020 il ne pouvait regagner l'Algérie en raison de la suspension du trafic aérien entre ce pays et la France du fait de la crise sanitaire, il n'établit ni même n'allègue qu'un tel voyage était impossible par d'autres moyens ou qu'il n'aurait pu quitter le territoire français vers un autre pays. Dès lors, en tout état de cause, le ministre de l'intérieur pouvait légalement refuser de l'assigner à résidence par sa décision implicite de rejet du 16 juin 2020. D'autre part, il ne soutient pas qu'à la date de la décision explicite de refus, le 29 juillet 2022, il se trouvait dans l'impossibilité matérielle et juridique de quitter le territoire français, ni qu'il ne pouvait le quitter immédiatement. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. En cinquième lieu, les conséquences d'un éloignement du territoire sur la vie privée et familiale de M. B résultent des décisions judiciaires d'interdiction du territoire prononcées à son encontre et non de la décision par laquelle le ministre de l'intérieur se borne à prendre les mesures qu'implique l'exécution des décisions de l'autorité judiciaire. Par suite, M. B ne peut utilement faire valoir que le ministre aurait entachée sa décision d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de celle-ci sur sa situation personnelle ni qu'elle méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En dernier lieu, il résulte notamment de ce qui a été dit aux points 4 et 6 que le ministre a examiné la situation personnelle de M. B avant de prendre la décision attaquée, en particulier au regard d'une éventuelle impossibilité matérielle de quitter le territoire français. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le ministre se serait considéré en compétence liée pour prendre la décision attaquée.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 27 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Simonnot, président,

M. Perrot, conseiller,

M. Palla, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2023.

Le rapporteur,

F. PALLA

Le président,

J.-F. SIMONNOTLa greffière,

L. THOMAS

La République mande et ordonne de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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